« Alors, et maintenant, qu’allons-nous faire ?  » demande Jean-Michel di Falco Léandri alors que s’ouvre l’Année sainte
  • 15 décembre 2015

Le dimanche 13, après une procession dans le centre-ville de Gap, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a ouvert la porte sainte de la cathédrale dans la joie, la liesse, les applaudissements. Diverses vidéos et le texte de l’homélie :

Homélie

Nous avons franchi la porte sainte de l’année de la miséricorde. Mais pour quoi faire ? Que devons-nous faire ? Les plus anciens d’entre nous se souviennent sans doute de cette chanson de Gilbert Bécaud : « Et maintenant que vais-je faire / De tout ce temps que sera ma vie ?  »

Vous vous souvenez de cette chanson ? Levez la main ceux qui se souviennent… Ce ne sont pas les plus jeunes, mais quand même… Eh oui, « Que devons-nous faire ? » demandent les foules qui viennent se faire baptiser par Jean. « Que devons-nous faire ? » pour nous sentir mieux, pour vivre mieux, pour bannir nos peurs et nos angoisses, pour être dans la paix, et voire même dans la joie !

« Que devons-nous faire ? »… pour notre vie, pour notre pays, pour notre planète, pour notre diocèse, pour notre Église ?

Alors, que répondre ?

Jean le Baptiste nous donne quelques pistes.

À aucun de ceux qui viennent le voir, Jean dit qu’à lui tout seul il va sauver le monde. Ce qu’il propose est très concret, adapté aux conditions de vie de chacun. Rien de trop difficile ni d’extravagant. Au collecteur d’impôt ? Simplement de n’exiger rien de plus que ce qui est fixé. Au militaire ? Simplement de ne pas piller, de ne pas violer, de se contenter de sa solde. À celui qui a deux vêtements ? Simplement de partager.

Alors vous voyez, Jean ne vient pas tout bouleverser, promouvoir un nouveau régime fiscal, demander la disparition des forces armées, exiger de ceux qui possèdent quelque chose de s’en dépouiller intégralement. Non, il invite simplement chacun, là où il est, à faire ce qu’il a à faire, être juste, honnête, consciencieux, soucieux des autres.

Nous fuyons ce que Dieu attend de nous si nous nous ne nous préoccupons que de culte, d’encens, de dévotions, d’indulgences, et que sais-je encore ? Nous aurons beau passer et repasser par la porte sainte, nous courons le risque de passer à côté de cette Année sainte si nous ne l’abordons que sous angle dévotionnel sans actes concrets dans notre vie.

À ceux qui viennent voir Jean et qui lui demandent « que devons-nous faire ? », Jean ne donne pas comme réponse : « Allez à Jérusalem. Passez la porte de la ville sainte. Trempez vos doigts dans l’huile du Temple. Faites des prostrations ! Faites ceci ou cela» Non !… Jean renvoie chacun à son quotidien, en lui demandant de bien l’accomplir, et de bien le vivre.

Mais ne vous trompez pas ! Je ne suis pas en train de dire que les dévotions ne sont pas bonnes, ni qu’elles ne sont pas nécessaires. Mais je dis qu’elles ne sont que des moyens, pas une fin en soi. Quelque chose doit changer dans le quotidien de celui ou de celle qui les pratique. Quelque chose de très concret, de très incarné. Sinon ces dévotions ne servent à rien et ne sont que des comportements stériles, un peu comme ceux des pharisiens sur les places publiques.

Le pape François est comme Jean le Baptiste, il prépare les chemins du Seigneur comme Jean les préparait en son temps. Dans sa dernière encyclique il invite tout simplement « à un retour à la simplicité », à une « sobriété heureuse », pour trouver la paix et la joie.

Lorsqu’il a décidé de cette année de la miséricorde, le pape n’en a pas parlé en disant qu’il fallait réfléchir sur la miséricorde, et faire des discours sur la miséricorde. Il a dit qu’il fallait en faire l’expérience, en vivre, et la pratiquer et notamment dans la demande de pardon et dans l’accueil du pardon.

Le pape ne se contente pas d’évoquer de grands principes moraux abstraits. Il donne l’exemple.

Il appelle au téléphone un jeune en fauteuil roulant, une mamie de cent deux ans qui lui a tricoté une écharpe, un couple qui fête ses quarante ans de mariage.

Depuis le début de son pontificat, le pape François multiplie les discours en faveur des femmes et de leur place dans la société comme dans l’Église.

Il surprend le monde en disant cette phrase si simple et si évangélique : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? »

Au terme du synode sur la famille, le pape n’exclut pas la possibilité d’ouvrir, au cas par cas, l’accès à l’Eucharistie pour les divorcés-remariés.

Au début de ce mois de décembre, il n’a pas été question de tapis rouge ni de robes longues au Vatican pour l’avant-première du film Appelez-moi François. Le pape a préféré y inviter des pauvres, des sans-domicile, des réfugiés.

Il reçoit un jour des travailleurs ruraux du Mexique, du Mozambique, de Palestine, des mal-logés français, des Kurdes syriens, des ouvriers métallos des États-Unis, des syndicalistes brésiliens, des petits paysans turcs ou coréens, des habitants de bidonvilles indiens, des Indignés espagnols, des travailleurs du recyclage sud-africains. Et à ce groupe, il dit, je le cite : « Notre rencontre ne répond pas à une idéologie. Vous ne travaillez pas avec les idées, vous travaillez avec des réalités […]. Vous avez les pieds dans la boue et les mains dans la chair. Vous sentez l’odeur des quartiers, du peuple, de la lutte ! Nous voulons que l’on écoute votre voix qui, en général, est peu entendue. Sans doute parce qu’elle gêne, sans doute parce que votre cri dérange, sans doute parce que l’on a peur du changement que vous exigez. Mais sans votre présence, sans aller réellement dans les périphéries, les bonnes intentions et les projets que nous écoutons souvent dans les conférences internationales restent limitées au domaine des idées. » [28 octobre 2014] Fin de citation

Lorsqu’on se lève le matin et qu’on se demande ce qu’on doit faire pour la journée, on regarde son agenda. Lorsque Noël approche et que l’on se prépare à accueillir la famille, on fait la liste des choses à faire, des cadeaux à acheter. Eh bien le pape a préparé pour nous la liste des choses à entreprendre en cette année sainte. Quatorze points en tout sur cette liste qu’il a lui-même établie, et qui s’appellent les œuvres de miséricorde. Quatorze actions bien concrètes réparties en deux catégories. Les voici :

« [1] Donner à manger aux affamés, [2] donner à boire à ceux qui ont soif, [3] vêtir ceux qui sont nus, [4] accueillir les étrangers, [5] assister les malades, [6] visiter les prisonniers, [7] ensevelir les morts. [Ce sont là ce qu’on appelle les œuvres de miséricorde corporelles. Et voici les sept autres de la seconde série, qui bien qu’appelées œuvres de miséricorde spirituelles, n’en sont pas moins bien concrètes :] [1] Conseiller ceux qui sont dans le doute, [2] enseigner les ignorants, [3] avertir les pécheurs, [4] consoler les affligés, [5] pardonner les offenses, [6] supporter patiemment les défauts des autres, [7] prier Dieu pour les vivants et pour les morts. »

Eh bien si on relit les unes et les autres, et si nous les confrontons aux programmes politiques qui sont proposés au moment où nous allons voter, il ne sera pas difficile de voir celles qui sont les plus proches de notre foi chrétienne, et celles qui s’en éloignent.

Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas eu le temps de les retenir ou de les noter. Grâce au coup de crayon et au pinceau de Monsieur Pierre Olinger, les sept œuvres de miséricorde corporelles sont représentées sur l’abri de la porte sainte de la cathédrale, que vous pourrez voir tout à l’heure. Quant à l’ensemble des quatorze, comme Benoîte Rencurel les a pratiquées, une exposition les présente au sanctuaire Notre-Dame du Laus, et vous pourrez aussi les découvrir dans un petit livre sur Benoîte que les Éditions Parole et Silence m’ont demandé d’écrire.

Quand nous nous demandons quoi faire, piochons dans cette liste.

Quand nous nous demandons quelles réformes mettre en place pour la France ou pour l’Église, n’oublions pas la réponse que fit mère Teresa à la question « que faut-il changer ? ». Mère Térésa répondit : « Ce qu’il faut changer ? C’est vous et moi ! »

Voilà. Rien de compliqué vraiment, pour vivre cette Année sainte. Choisissons juste une action parmi la liste des quatorze que le pape nous a présentées, et nous nous trouverons changés. Pensons aux réponses de Jean le Baptise et de mère Teresa et nous changerons. Le monde autour de nous changera alors. Ce ne sera pas l’effet de dévotions faites à la va-vite, de processions dans les rues, de signatures apposées au bas de pétitions, ce sera l’effet d’une vie chrétienne rayonnante. « Frères [et sœur], soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. » [2e lecture]

Alors, et maintenant, qu’allons-nous faire ?

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 3 commentaires

  1. Beau programme à mettre en oeuvre pour cette année Sainte qu’il faut pour nous chrétiens essayer de concrétiser.
    Très belle célébration pour l’ouverture de la porte sainte de la cathédrale.
    “Même pas peur !!! ” Pour cet adorable petit enfant qui n’est absolument pas impressionné de se retrouver dans les bras de Monseigneur di Falco en ce lieu.
    Merci encore pour tous ces moments de partage.

  2. MONSEIGNEUR,la procession dans les rues de Gap,l’ouverture de la Porte Sainte de votre Cathédrale et cette messe le 13 décembre,grandiose!! magnifique! inégalable!.Depuis hier mon passe-temps favori,regarder les vidéos,homélies sur Newsletter.Merci pour tout ce partage. Je suis subjuguée,MONSEIGNEUR,une messe dans la liesse,des fidèles priant avec ferveur et à votre initiative se donnant la main pour le Notre Père.Prendre le petit garçon dans vos bras et sur vos genoux,inoubliable pour lui et l’assemblée! Un geste paternel.L’Année de la Miséricorde dans votre diocèse ,exemplaire,dans une atmosphère conviviale et spirituelle! J’ai relevé les 14 œuvres de la miséricorde présentées par Notre Cher Pape et j’aimerais me procurer le petit livre sur Benoîte avec vos écrits.Contrariée de ne pas être des vôtres,mais vous entendre et voir cette assistance pieuse et comblée,me renforce dans ma foi! Vous êtes unique MONSEIGNEUR,et vos homélies surnaturelles,de la grâce de Dieu! Bonne fin de semaine au Laus.

  3. belle cérémonie ! Soyons joyeux !

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