Récollection de Carême au Centre diocésain : “Sans l’évêque vous n’êtes rien, et sans vous l’évêque n’est rien”

Lundi 3 avril a eu lieu au Centre diocésain pape François à Gap une récollection de Carême pour des laïcs du diocèse.

Le père François Bedin, curé de Tallard, animait cette session. Dans l’après-midi, Mgr Jean-Michel est venu rejoindre les participants pour la messe qui avait lieu dans la chapelle de la maison Saint-Marcellin.

“Sans l’évêque vous n’êtes rien, et sans vous l’évêque n’est rien, et ensemble nous sommes l’Église”, a-t-il dit dans son homélie, remerciant chacun de ce qu’il fait pour changer en mieux le destin des personnes croisées sur leur route.

Ci-dessous son homélie.

Homélie

Daniel 13, 41c-62
Psaume 22
Jean 8, 1-11

« Voici que je vais mourir sans avoir fait tout cela », dit Suzanne. Et Daniel intervient, changeant le destin de cette femme jugée à tort.

« Voici que je vais mourir, et d’une mort atroce par rapport à la faute que j’ai commise », doit se dire aussi la femme adultère. Et Jésus passe par là. Et grâce à son intervention, il change le destin de cette femme.

Que serait-il arrivé si Daniel et Jésus n’étaient pas intervenus ? Eh bien ces femmes auraient été exécutées.

Alors et nous que faisons-nous ? Que faisons-nous, en disciples de Jésus, pour changer le destin de ceux qui nous entourent ? Passons-nous notre chemin comme si nous n’avions rien vu, rien entendu. Ou laissons-nous l’amour que Dieu a déposé en notre cœur comme le bon Samaritain, Daniel et Jésus. En n’hésitant pas, s’il le faut, à compromettre notre réputation. Jésus n’a pas hésité à compromettre la sienne en allant parler avec la Samaritaine.

Le pape François nous invite à aller vers les périphéries. Le blessé par les brigands était ce jour-là les périphéries du bon Samaritain. Suzanne était ce jour-là les périphéries pour Daniel. Marie-Madeleine et la Samaritaine étaient ce jour-là les périphéries pour Jésus.

On voit Daniel et Jésus intervenir. Mais il y a des moments où l’on change le destin de quelqu’un en n’intervenant pas. Il y a quelques mois par exemple, un ancien ministre de François Mitterrand a raconté que celui-ci avait choisi de ne pas témoigner à un procès alors qu’il savait quelque chose que peut-être personne d’autre ne savait.

Cela se passait en 1951. Le député-maire d’Orléans est tué par sa femme. Crime passionnel. La femme est acquittée. « J’aurais pu aller témoigner au procès, confiera Mitterrand 40 ans bien plus tard à un proche, car je savais qu’il y avait eu préméditation. Mais je me suis dit que cela n’aurait rien changé. Et j’ai décidé de ne pas le faire. »

Oui, intervenir n’aurait rien changé à ce qui était arrivé. Mais cela n’aurait-il rien changé au verdict ? Mitterrand le pense. Mais qui sait ?

Vous voyez. Ce que nous disons ou taisons, ce que nous faisons ou omettons de faire, tout cela peut influencer sur la vie de ceux qui nous entourent. Nos vies prennent différentes directions en fonction de nos choix, c’est vrai, mais aussi en fonction des personnes croisées, des conseils qu’elles nous donnent, des décisions qu’elles prennent à notre égard.

Alors pour Suzanne on se dit : heureusement que Daniel était là ! Pour la femme adultère on se dit : heureusement que Jésus est passé par là ! Pour l’épouse de ce député on peut se dire : heureusement pour elle que Mitterrand n’a pas témoigné au procès !

Mais combien de situations où l’on se dit qu’il n’y avait pas de Daniel, pas de Jésus, personne dans les environs pour inverser le cours des choses… Personne n’a empêché la langue de vipère de se taire, et la rumeur s’est répandue comme un feu de forêt. Tous les voisins ont fait la sourde oreille lorsqu’ils entendaient, et l’on découvre bien trop tard que c’est l’enfant qui était régulièrement battu. Personne n’a dit ce soir-là au jeune homme de ne pas boire, de ne pas conduire sa voiture, et il s’est tué avec ses copains sur la route. Personne n’a remarqué que l’état de santé du SDF au bas de l’immeuble s’est dégradé, et on l’a trouvé mort au petit matin.

On pourrait comme ça énumérer tant de situations où nous nous comportons comme ceux qui ont été sur la route avant le bon Samaritain.

Oui combien de situations sans Daniel, sans Jésus à l’horizon. Et il faut le dire aussi, combien de situations où nous n’arrivons pas à améliorer les choses malgré tous nos efforts. Combien de situations où nous nous trompons alors que nous pensons bien faire. Ce n’était pas le bon moment, pas ce qu’il fallait dire, pas ce qu’il fallait faire.

Alors que nous dit Dieu aujourd’hui ? Il nous dit : « Soyez des Jésus, des Daniel, des bons Samaritains ». Il nous dit d’agir auprès de nos frères et sœurs comme eux. Mais il nous demande d’agir en nous mettant avant dans les meilleures dispositions possibles. Daniel a agi comme il fallait car il était à l’écoute de ce que le Seigneur pouvait lui demander de dire et de faire. Si nous sommes attentifs comme Daniel aux appels du Seigneur dans la prière, nous saurons mieux quoi dire et quoi faire pour intervenir auprès de tel ou tel, pour le sauver, l’accompagner vers la vie. Alors notre parole sera juste et sera suivie d’effets. Alors les talents que le Seigneur a mis dans nos cœurs, dans nos mains, dans notre intelligence, seront utilisés au mieux.

Cette célébration me donne l’occasion d’exprimer ma gratitude à vous, personnel du diocèse, et aux chrétiens responsables, pour tout ce que vous faites auprès de nos contemporains. Vous êtes vraiment disciples de Jésus en étant pour eux des Daniel, des bâtons qui guident, qui rassurent, qui sauvent, qui relèvent.

Vous êtes le bâton sur lequel le futur évêque pourra s’appuyer comme je l’ai fait moi-même, bâton bien plus précieux que sa crosse dans sa mission pour le diocèse. Mais n’oubliez pas une chose essentielle : sans l’évêque vous n’êtes rien, et sans vous l’évêque n’est rien, et ensemble nous sommes l’Église.

Que peut nous dire d’autre le Seigneur aujourd’hui ? Il nous dit d’avoir confiance même si nous ne comprenons pas ce qui nous arrive parfois dans la vie. On ne comprend pas forcément, on ne comprendra peut-être jamais (ou qu’une fois au Ciel). Mais ayons confiance. Le Seigneur nous dit que même si nous traversons les ravins de la mort, il est avec nous. Son bâton est là pour nous guider et nous rassurer. Dieu nous dit d’avoir confiance en lui, en son amour, en sa présence à nos côtés. Alors ayons confiance dans le Seigneur malgré nos épreuves. Comme le proclame avec force et joie le peuple à la fin dans l’histoire de Suzanne : « Dieu sauve ceux qui espèrent en lui. » Alors mettons en lui notre espérance.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

 

La publication a un commentaire

  1. grimaldi marie josé

    Une bien belle homélie, Monseigneur et un salutaire enseignement ! Merci

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