Rencontre du pape avec les évêques du Sud-Est de la France : « Dieu est amour, il veut le bonheur de tous ses enfants »
Rencontre avec le Saint-Père, le 30 novembre, du troisième groupe d’évêques français présents à Rome pour leur visite quinquennale

“La grâce de Rome est vraiment celle de l’universalité, une grâce catholique !” Ainsi vient de s’adresser au Saint-Père, le Cardinal Barbarin au nom des évêques des provinces de Clermont, Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse, et de l’archevêque de Monaco, en visite ad limina.

Tandis que les évêques de France achèvent ainsi leur pèlerinage aux sources apostoliques, tous témoignent que leur ministère s’en trouve fortifié. Soulignons que plusieurs dicastères ont conforté l’épiscopat français dans la voie de la vigilance qu’il tient concernant les graves réformes sociétales en cours. Les évêques de Midi-Pyrénées, Auvergne, Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon et PACA reconnaissent que leur ministère est parfois lourd. Mais que pour le raviver, il faut avoir des cœurs de serviteurs. Rien de fécond ne se fera sans le dialogue exigeant et respectueux avec l’homme de ce temps. Tel est le “fil rouge” des échanges vécus à Rome.

Dans sa très riche réponse, le Saint-Père se fait insistant sur l’efficacité de la nouvelle évangélisation. Elle ne le sera que si les communautés s’y engagent pleinement. Pour vivre cela concrètement, le Saint Père évoque longuement la transmission aux jeunes générations. Ici l’éminente responsabilité de l’Enseignement catholique est rappelée fortement.

Les figures saintes ont façonné l’Église en France. Benoît XVI en cite quelques-unes. Nous sommes assurés qu’elles intercèdent pour l’aujourd’hui.

Ainsi s’achèvent les visites officielles. Désormais beaucoup est à recueillir. Les trois discours pontificaux sont un précieux triptyque pour poursuivre la rencontre des hommes.

Mgr Bernard PODVIN

Porte-parole des évêques de France

 

 

ADRESSE DU CARDINAL PHILIPPE BARBARIN
AU SAINT-PÈRE

Très Saint Père,

Le troisième groupe des évêques de France en visite ad limina est heureux de venir à votre rencontre. Nous savons que notre foi en sortira enrichie et fortifiée. C’est la grâce et la mission que Jésus donne à Pierre et à ses successeurs : « Moi, j’ai prié pour toi (…) Toi, affermis tes frères » (Luc 22, 32). Avec l’archevêque de Monaco, nous sommes trente-six évêques, des cinq provinces de Clermont, Marseille, Montpellier, Toulouse et Lyon. Le diocèse de Moulins, qui attend son futur pasteur, est représenté par son administrateur. Ces territoires couvrent le Sud Est de la France, « un pays que je connais bien », avez-vous dit aux frères évêques qui nous ont précédés auprès de vous.

Nous vivons intensément cette semaine romaine. Pour nous, c’est d’abord un pèlerinage sur la tombe des Apôtres, les colonnes de l’Église, au cœur de l’« Année de la Foi ». Les Messes que nous avons célébrées dans chacune des Basiliques Majeures resteront gravées dans nos mémoires. Nous sommes touchés par les rencontres en petits groupes avec vous ; vous y donnez un climat de simplicité et d’échange très fraternel. Vous voulez entendre nos questions, et nous comprenons que ce sont aussi les vôtres. Nous avons la joie de vous voir réfléchir à haute voix devant nous, avec un cœur de pasteur. C’est vraiment encourageant pour nous.

 Depuis vendredi dernier, nous trouvons aussi un grand intérêt à rencontrer vos collaborateurs, en passant dans les différents dicastères. Cela nous éclaire sur les questions que nous nous posons ou les problèmes que nous rencontrons. Ils sont mis en relation avec des situations comparables dans d’autres pays ou d’autres continents. Oui, la grâce de Rome est vraiment celle de l’universalité, une grâce « catholique » !

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Pour chacun d’entre nous, ce fut très intéressant de préparer son rapport en vue de la visite ad limina : une occasion de faire le point avec nos collaborateurs sur la vie de notre diocèse, de réfléchir avec un peu de recul à notre mission pour vous en rendre compte, et aussi de faire un utile examen de conscience…

Rencontre du groupe des évêques de la Province de Marseille avec le Saint-Père, le samedi 1er décembre. De gauche à droite, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri (Gap et Embrun), Mgr François-Xavier Loizeau (Digne), Mgr Olivier de Germay (Ajaccio), Mgr Georges Pontier (Marseille), le Saint-Père, Mgr Christophe Dufour (Aix et Arles), Mgr Jean-Pierre Cattenoz (Avignon), Mgr Dominique Rey (Fréjus-Toulon), Mgr Louis Sankalé (Nice)

Dans nos diocèses, la situation n’est pas toujours facile. La charge confiée nous paraît parfois lourde, mais en pensant à la vôtre, nous aurions honte de nous plaindre. En fait, nous savons bien ce qui nous est demandé : comme le dit saint Paul, « avoir une foi qui travaille, une charité qui se donne de la peine et une espérance qui tient bon » (1 Thes 1, 3). Nos frères qui ont participé au Synode sur la nouvelle évangélisation, le mois dernier, nous ont dit que vous aviez commenté le passage de l’Évangile où Jésus s’écrie : « Je suis venu allumer le feu sur la terre » (Luc 12, 49). Ce désir dévore son cœur, le vôtre et le nôtre. Juste avant, dans ce même chapitre de saint Luc, Jésus venait de donner un long développement sur le service. Nous comprenons donc que pour réussir à allumer ce feu, il faut d’abord avoir des cœurs de serviteurs et « garder nos reins ceints et nos lampes allumées » (v. 35).

Même si la situation est différente dans nos diocèses, il est clair que les effectifs diminuent, celui des baptisés d’abord, mais aussi le nombre des mariages, des vocations sacerdotales et religieuses. Pourtant, dans cette société égarée qui perd le sens des valeurs fondamentales et qui ne sait plus goûter le silence, un véritable réveil spirituel s’opère. Beaucoup découvrent d’une manière nouvelle le mystère de l’homme, créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Les catéchumènes réveillent nos communautés par leurs attentes et nous donnent une grande joie. Ils viennent d’horizons très divers et demandent beaucoup en frappant à la porte de l’Église. Certains d’entre nous voient que le nombre des fidèles à la Messe dominicale a cessé de baisser. Plusieurs qui s’étaient éloignés, reviennent et beaucoup veulent réapprendre à prier, chaque jour, seuls, avec d’autres ou en famille.

Il est aussi très réconfortant de voir, au cours de nos visites pastorales, le nombre de chrétiens, jeunes et adultes, qui se sentent responsables avec leurs pasteurs de la mission de l’Église. On peut dire que le Seigneur a allumé le feu dans leurs cœurs. Des initiatives d’évangélisation se multiplient ; elles passent par la musique, le sport, internet, twitter et facebook, et tous les nouveaux moyens de communication. Si les gens ne viennent plus dans nos églises, c’est à nous d’aller à leur rencontre ; c’est d’ailleurs ce que le Seigneur nous a ordonné : « Allez, enseignez toutes les nations… » (Mat 28, 19). « Nous sommes passés de la pastorale de la cloche à celle de la sonnette », m’expliquait récemment un prêtre. Aux pasteurs, il revient, comme dit saint Paul, de ne pas éteindre l’Esprit, de tout vérifier (1 Thes 5, 19-21) et de savoir encourager les uns et les autres.

Évangéliser, qu’est-ce à dire ? A la récente assemblée de Lourdes, un de nos frères évêques nous a laissé cette magnifique définition de Madeleine Delbrêl : « Évangéliser, c’est dire, à des gens qui ne le savent pas, qui est Jésus, ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, de façon que ces gens le sachent et qu’ils sachent que nous en sommes sûrs. » Tout est dit.
Ce trésor de la foi, que nous portons dans des vases d’argile (cf. 2 Cor 4, 7), nous essayons sans cesse de l’approfondir. Une grande attention est portée à la formation de nos responsables et de tous les fidèles, d’abord dans les Universités catholiques de Toulouse et de Lyon, qui ont des annexes dans plusieurs autres villes, mais aussi dans chacun de nos services diocésains qui essaient de travailler davantage ensemble et de coordonner leurs efforts par province.

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Dans nos diocèses, il y a une longue tradition d’œcuménisme et de dialogue interreligieux. Cela est dû aux lieux importants du protestantisme qui se trouvent dans notre région, à la présence d’orthodoxes (avec qui nous sommes en communion de prière aujourd’hui pour la fête de saint André, le premier appelé) et à l’installation de communautés arméniennes, après le génocide de 1915.

Les horreurs de la Shoah et l’audace de tant de chrétiens pour sauver la vie de nombreux Juifs durant la seconde guerre mondiale, ont tissé des liens très forts avec la communauté juive. Le dialogue entre nous s’enracine et se développe de manière étonnante en une belle amitié, qui nous rend vigilants à toute réapparition de l’antisémitisme.

On doit aussi noter l’importante présence des musulmans dans nos régions. Cela occupe une grande place dans l’actualité, car les questions soulevées et les difficultés rencontrées sont nombreuses. Notre dialogue est assez fraternel pour nous permettre de regarder ensemble, avec courage, les violences et les problèmes de liberté religieuse posés par les mariages mixtes ou les conversions. En même temps, un vrai dialogue s’approfondit ; nous avons le désir de mieux nous connaître entre communautés, sur le plan spirituel, mais aussi dans la réflexion théologique ou l’engagement social. Ces prochains jours, aura lieu à Lyon, le second « Forum islamo-chrétien », sur la douloureuse question des extrémismes et des intégrismes. Nous savons que vous considérez ce dialogue fraternel avec les musulmans comme l’un des défis importants de l’Eglise et du monde aujourd’hui.

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Vous nous encouragez à faire entendre notre voix « sans relâche et avec détermination » dans les débats de société qui traversent notre pays. Il est clair que le projet de loi visant à transformer le mariage est un vrai changement de civilisation. Avec les frères des autres églises chrétiennes, avec les juifs et les musulmans, avec des représentants d’autres courants de pensée, en nous fondant sur la raison et le bon sens, nous essayons d’expliquer que ce projet risque d’engendrer un grand trouble dans la société, déjà bien fragile. La prière silencieuse de nombreuses personnes accompagne cet engagement social. Nous demandons au Seigneur de nous donner le ton et les mots justes pour faire entendre la voix du bien commun.

La dernière consigne de Jésus, avant de quitter cette terre, c’est : « Vous serez mes témoins » (Act 1, 8). Ce témoignage, nous essayons de le porter dans bien des domaines de la vie sociale. La crise économique et le chômage frappent durement une grande partie de la population. Le taux de pauvreté vire au rouge depuis deux ans : recours à l’aide alimentaire, négligences sur la santé, graves problèmes de logement…. Nous lançons un message d’alerte, car les plus pauvres subissent des violences qui ne sont pas nommées comme telles. « Le plus dur, disent-ils, ce n’est pas de vivre sans rien, c’est d’être considéré pour rien. »

Nous savons votre attention aux migrants et aux réfugiés. Dans le dernier message que vous venez d’écrire pour la prochaine Journée qui leur est consacrée, vous défendez le droit de la personne à émigrer et vous ajoutez : « Avant même le droit d’émigrer, il faut réaffirmer le droit de ne pas émigrer. » Cela supposerait un vigoureux rééquilibrage de la répartition des richesses entre les peuples.

Il y a aussi un problème douloureux avec les gens du voyage et les Roms. Ils sont nombreux chez nous, souvent mal acceptés et parfois renvoyés chez eux. Nous sommes touchés par l’attention que vous leur portez. Votre appel : « Que jamais plus votre peuple ne soit objet de vexations, de refus et de mépris ! » est un grand réconfort pour eux. Vous avez repris le cri du Serviteur de Dieu, Paul VI, en 1965 : « Dans l’Église, vous n’êtes pas en marge, mais à certains égards, vous êtes au centre, vous êtes au cœur », et vous avez ajouté : « Je vous répète moi aussi avec affection : Vous êtes dans l’Église ! » Nous savons qu’un grand pèlerinage Rom se prépare pour 2015. Nous voyons nos responsables successifs agir de manière incertaine à leur égard, alors que la solution ne peut pas venir d’une seule nation. Est-il possible, Très Saint Père, que vous encouragiez les gouvernements de l’Europe à se saisir ensemble de cette question pour y apporter une réponse digne et durable ? Dans la crise que nous traversons, la parole de l’Eglise marque, elle intrigue… Elle peut bousculer les idées et faire changer les attitudes.

Je voudrais terminer, Très Saint Père, en vous disant merci pour tous les cadeaux que vous nous faites. Merci de votre enseignement toujours riche et accessible. Rien que le titre de vos principaux écrits Deus caritas est, Sacramentum caritatis, Caritas in veritate, affirme que la charité est première. Dans chacune de vos homélies, nous apprenons des choses nouvelles.

Merci pour l’année Saint Paul qui a connu un grand succès et qui a replongé tout le monde dans le livre des Actes et dans les épitres de l’Apôtre des nations.

Merci pour l’année sacerdotale. Elle nous a permis de voir des prêtres de toutes les nations, et un grand nombre de fidèles, venir en pèlerins vers le sanctuaire d’Ars. Ce fut un beau moment pour reprendre conscience de ce don inestimable. Le sacerdoce, je le vois comme un accomplissement de la promesse de Jésus : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mat 28, 20).

Maintenant, nous sommes dans l’Année de la Foi, et les initiatives se multiplient pour approfondir le Credo, mieux connaître et utiliser le Catéchisme de l’Église Catholique et renouveler en nous la grâce de la foi.

Comme nous allons commencer, dimanche, notre marche vers Noël, je voudrais, pour terminer, vous remercier de votre dernier livre L’enfance de Jésus. Voilà une bonne lecture pour le temps de l’Avent ! Plusieurs d’entre nous y sont plongés, et un frère évêque me faisait remarquer, ces jours-ci : « En lisant ce livre, en découvrant tel commentaire de l’Évangile, je me disais : Mais c’est évident, cela ! Comment se fait-il que je n’y aie pas pensé tout seul, que je ne l’aie jamais entendu dire ? »

Très Saint Père, permettez-nous de vous souhaiter un beau temps de l’Avent, une joyeuse marche vers la lumière de Noël. Comptez sur notre prière et sur celle de tous nos diocésains, éclairez-nous et bénissez-nous !

+ Cardinal Philippe BARBARIN

Archevêque de Lyon

 

 

ALLOCUTION DU PAPE BENOÎT XVI
AUX ÉVÊQUES FRANÇAIS
DES PROVINCES DE CLERMONT, LYON, MARSEILLE, MONTPELLIER, TOULOUSE
ET À L’ARCHEVÊQUE DE MONACO

 

Monsieur le Cardinal, chers frères dans l’épiscopat,

Je garde toujours vivant le souvenir de mon Voyage apostolique en France à l’occasion des célébrations marquant le cent cinquantième anniversaire des apparitions à Lourdes de l’Immaculée Conception. Vous êtes le dernier des trois groupes d’Évêques de France venus en visite ad limina. Je vous remercie, Éminence, pour vos aimables paroles. En m’adressant à vos prédécesseurs, j’ai ouvert comme un triptyque dont l’indispensable prédelle pourrait être le discours que je vous avais adressé à Lourdes en 2008. L’examen de cet ensemble indissociable vous sera certainement d’utilité, et guidera vos réflexions.

Vous êtes en charge de régions où la foi chrétienne a très tôt pris racine et porté des fruits admirables. Des régions liées à des noms illustres qui ont tant travaillé pour l’enracinement et l’épanouissement du Royaume de Dieu dans ce monde ; les martyrs tels que Pothin et Blandine, de grands théologiens comme Irénée et Vincent de Lérins, des maîtres de la spiritualité chrétienne comme Bruno, Bernard, François de Sales, et tant d’autres. L’Église en France s’inscrit dans une longue lignée de saints, de docteurs, de martyrs et de confesseurs de la foi. Vous êtes les héritiers d’une grande expérience humaine et d’une immense richesse spirituelle. Elles sont donc pour vous, sans aucun doute, source d’inspiration dans votre mission de pasteurs.

Ces origines et ce passé glorieux, toujours présents dans notre pensée et si chers à notre esprit, nous permettent de nourrir une grande espérance, à la fois solide et hardie, à l’heure de relever les défis du troisième millénaire et d’écouter les attentes des hommes de notre époque, auxquelles Dieu seul peut apporter une réponse satisfaisante. La Bonne Nouvelle que nous sommes chargés d’annoncer aux hommes de tous les temps, de toutes langues et de toutes cultures, peut se résumer en quelques mots : Dieu, créateur de l’homme, en son fils Jésus nous fait connaître son amour pour l’humanité : « Dieu est amour » (cf. 1 Jn), il veut le bonheur de ses créatures, de tous ses enfants. La constitution pastorale Gaudium et spes (cf. n. 10) a posé les questions clés de l’existence humaine, sur le sens de la vie et de la mort, du mal, de la maladie et de la souffrance, si présents dans notre monde. Elle a rappelé que, dans sa bonté paternelle, Dieu a voulu apporter des réponses à toutes ces questions et que le Christ a fondé son Église pour que tous les hommes puissent les connaître. C’est pourquoi, l’un des plus graves problèmes de notre époque est celui de l’ignorance pratique religieuse dans laquelle vivent beaucoup d’hommes et de femmes, y compris des fidèles catholiques (cf. Exhort. apost. Christifideles laici, ch. V).

C’est pour cette raison que la nouvelle évangélisation, dans laquelle l’Église s’est résolument engagée depuis le concile Vatican II et dont le Motu proprio Ubicumque et semper a tracé les principales modalités, se présente avec une urgence particulière comme l’ont souligné les Pères du Synode qui vient de s’achever. Elle demande à tous les chrétiens de « rendre compte de l’espérance qui les habite » (1 P 3, 15), consciente que l’un des obstacles les plus redoutables de notre mission pastorale est l’ignorance du contenu de la foi. Il s’agit en réalité d’une double ignorance : une méconnaissance de la personne de Jésus-Christ et une ignorance de la sublimité de ses enseignements, de leur valeur universelle et permanente dans la quête du sens de la vie et du bonheur. Cette ignorance produit en outre dans les nouvelles générations l’incapacité de comprendre l’histoire et de se sentir héritier de cette tradition qui a façonné la vie, la société, l’art et la culture européenne.

En cette Année de la foi, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a donné, dans la note du 6 janvier 2012, les indications pastorales souhaitables pour mobiliser toutes les énergies de l’Église, l’action de ses pasteurs et de ses fidèles, en vue de l’animation en profondeur de la société. C’est l’Esprit Saint qui, par « la vigueur de l’Évangile, assure la jeunesse de l’Église et la renouvelle sans cesse » (Lumen gentium, n. 4). Cette note rappelle que « chaque initiative prise pour l’Année de la foi veut favoriser la redécouverte joyeuse et le renouvellement du témoignage de la foi pour que cette Année soit une occasion privilégiée de partager ce que le chrétien a de plus cher : le Christ Jésus, Rédempteur de l’homme, Roi de l’univers, « principe et terme de la foi » (He 12, 2) ». Le Synode des Évêques proposait récemment à tous et à chacun, les moyens pour mener à bon port cette mission. L’exemple de notre divin Maître est toujours le fondement de toute notre réflexion et de notre action. Prière et action, tels sont les moyens que notre Sauveur nous demande encore et toujours d’employer.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri avec le Saint-Père, le 1er décembre

La nouvelle évangélisation sera efficace si elle engage en profondeur les communautés et les paroisses. Les signes de vitalité et l’engagement des fidèles laïcs dans la société française sont déjà une réalité encourageante. Nombreux sont dans le passé les engagements des laïcs, je pense à Pauline-Marie Jaricot, dont nous avons célébré le 150e anniversaire de la mort, et à son œuvre de la Propagation de la foi, si déterminante pour les missions catholiques au XIXe et au XXe siècles. Les laïcs, avec leurs évêques et les prêtres, sont protagonistes dans la vie de l’Église et dans sa mission d’évangélisation. Dans plusieurs de ses documents (Lumen gentium, Apostolicam actuositatem, entre autres), le Concile Vatican II a souligné la spécificité de leur mission : imprégner les réalités humaines de l’esprit de l’Évangile. Les laïcs sont le visage du monde dans l’Église et en même temps le visage de l’Église dans le monde. Je connais la valeur et la qualité de l’apostolat multiforme des laïcs, hommes et femmes. J’associe ma voix à la vôtre pour leur exprimer mes sentiments d’appréciation.

L’Église en Europe et en France ne peut rester indifférente face à la diminution des vocations et des ordinations sacerdotales, non plus que des autres genres d’appel que Dieu suscite dans l’Église. Il est urgent de mobiliser toutes les énergies disponibles, pour que les jeunes puissent écouter la voix du Seigneur. Dieu appelle qui il veut et quand il veut. Cependant, les familles chrétiennes et les communautés ferventes demeurent des terrains particulièrement favorables. Ces familles, ces communautés et ces jeunes se trouvent donc au cœur de toute initiative d’évangélisation, malgré un contexte culturel et social marqué par le relativisme et l’hédonisme.

La jeunesse étant l’espoir et l’avenir de l’Église et du monde, je ne veux pas omettre de mentionner l’importance de l’éducation catholique. Elle accomplit une tâche admirable, souvent difficile, rendue possible par le dévouement inlassable de formateurs : prêtres, personnes consacrées ou laïcs. Au-delà du savoir transmis, le témoignage de vie des formateurs doit permettre aux jeunes d’assimiler les valeurs humaines et chrétiennes afin de tendre à la recherche et à l’amour du vrai et du beau (cf. Gaudium et spes, n. 15). Continuez de les encourager et de leur ouvrir de nouvelles perspectives pour qu’ils bénéficient aussi de l’évangélisation. Les Instituts catholiques sont évidemment au premier poste du grand dialogue entre la foi et la culture. L’amour de la vérité qui y rayonne est en lui-même évangélisateur. Ce sont des lieux d’enseignement et de dialogue, et aussi des centres de recherche, qui doivent toujours être plus développés, plus ambitieux. Je connais bien la contribution que l’Église en France a apportée à la culture chrétienne. Je sais votre attention – et je vous encourage dans ce sens – à cultiver la rigueur académique et à tisser des liens plus intenses de communication et de collaboration avec des universités d’autres pays, tantôt pour les faire bénéficier de vos propres excellences, tantôt pour apprendre d’elles, afin de toujours mieux servir l’Église, la société, l’homme tout entier. Je souligne avec gratitude les initiatives prises, dans certains de vos diocèses, pour favoriser l’initiation théologique de jeunes étudiants en disciplines profanes. La théologie est une source de sagesse, de joie, d’émerveillement qui ne peut être réservée aux seuls séminaristes, prêtres et personnes consacrées. Proposée à de nombreux jeunes et adultes, elle les confortera dans leur foi, et fera d’eux, à n’en pas douter, des apôtres audacieux et convaincants. C’est donc une perspective qui pourrait être proposée largement aux Instituts supérieurs de théologie, comme expression de la dimension intrinsèquement missionnaire de la théologie, et comme service de la culture dans son sens le plus profond.

Quant aux écoles catholiques qui ont façonné la vie chrétienne et culturelle de votre pays, elles ont aujourd’hui une responsabilité historique. Lieux de transmission du savoir et de formation de la personne, d’accueil inconditionnel et d’apprentissage de la vie en commun, elles bénéficient souvent d’un prestige mérité. Trouver les chemins pour que la transmission de la foi demeure au centre de leur projet éducatif, est nécessaire. La nouvelle évangélisation passe par ces écoles et par l’œuvre multiforme de l’éducation catholique qui sous-tend de nombreuses initiatives et mouvements dont l’Église est reconnaissante. L’éducation aux valeurs chrétiennes donne les clés de la culture de votre pays. En ouvrant à l’espérance et à la liberté authentique, elle continuera de lui apporter dynamisme et créativité. L’ardeur apportée à la nouvelle évangélisation sera notre meilleure contribution à l’épanouissement de la société humaine et la meilleure réponse aux défis de toute sorte qui se posent à tous en ce début du troisième millénaire.

Chers frères dans l’épiscopat, je vous confie, ainsi que votre travail pastoral et l’ensemble des communautés dont vous avez la charge, à la sollicitude maternelle de la Vierge Marie qui vous accompagnera dans votre mission au cours des années à venir ! Et comme je l’ai affirmé avant de laisser la France en 2008 : « De Rome, je vous resterai proche et lorsque je m’arrêterai devant la réplique de la grotte de Lourdes, qui se trouve dans les jardins du Vatican depuis un peu plus d’un siècle, je penserai à vous. Que Dieu vous bénisse ! »

Pape BENOÎT XVI

 

 

Cet article a 1 commentaire

  1. Quel ressourcement magnifique pour ces hommes de Dieu dont la charge est parfois si lourde dans notre monde un peu décadent. La tombe de Pierre et son successeur ! Ce doit être un grand moment quelle chance ont-ils !!!

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