Dimanche 23 septembre, la paroisse Saint-Arnoux pour le Gapençais fêtait sa rentrée à l’occasion de la fête de son saint patron. Le collège-lycée Saint-Joseph avait mis son parc à la disposition de la paroisse pour l’occasion. Messe, apéritif, pique-nique, présentation des acteurs de la vie paroissiale, spectacle, musique, jeux ont ponctué la journée. Ci-dessous quelques photos et l’homélie du père Jean-Michel Bardet, curé.
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Homélie

Lors de l’inauguration cet été de la place de la République au cœur de Gap, les discours et prises de paroles ont finalement convergés vers le geste symbolique de cette manifestation : la mise en eau de la nouvelle fontaine, au centre de cette place. Cet événement que je me remémorais dernièrement m’a renvoyé à des expressions que le pape Jean XXIII utilisait pour parler de la paroisse :

« Une paroisse sera, comme il se plaisait à le dire, la maison ouverte à tous et au service de tous, la fontaine du village à laquelle tout le monde vient étancher sa soif. »

« La paroisse, dira aussi Jean-Paul II, n’est pas d’ abord une structure, un territoire, un édifice, c’est la communauté des fidèles, c’est une maison de famille fraternelle et accueillante. C’est l’Église implantée au milieu des maisons des hommes. Elle vit et agit insérée profondément dans la société humaine, et intimement solidaire de ses aspirations et des drames.
Pour les hommes qui désirent vivre des rapports plus fraternels et plus humains, la vocation et la mission originelles d’une paroisse, c’est d’être dans le monde le lieu de la communion des croyants, et tout à la fois le signe et l’instrument de la vocation de tous à la communion. »

Ces quelques citations nous donnent à entendre la belle et grande responsabilité et aventure qu’il nous est donné de vivre tous ensemble.

Depuis Pâques 2011, nous sommes entrés dans une nouvelle réalité paroissiale ; cette nouvelle paroisse cherche son chemin, sa « bonne mesure », et bien des ajustements seront encore vitaux sans aucun doute.

Mais il était nécessaire de fonder une nouvelle ossature à une réalité nouvelle…

Tout dernièrement, ce 21 septembre 2012, Benoît XVI répondait ainsi au Cardinal Jean-Pierre Ricard, lors de la visite « ad limina » des évêques des provinces de l’Ouest de la France :

« Vous désirez que les regroupements paroissiaux que vous êtes amenés à mettre en place permettent une qualité des célébrations et une riche expérience communautaire, tout en appelant à une nouvelle valorisation du dimanche.
Vous l’avez relevé dans votre note sur « les laïcs en mission ecclésiale en France ». J’ai moi-même eu l’occasion de souligner à plusieurs reprises ce point essentiel pour tout baptisé.
Toutefois la solution des problèmes pastoraux diocésains qui se présentent ne saurait se limiter à des questions d’organisation, pour importantes qu’elles soient.
Le risque existe de mettre l’accent sur la recherche de l’efficacité avec une sorte de « bureaucratisation de la pastorale », en se focalisant sur les structures, sur l’organisation et les programmes, qui peuvent devenir « auto-référentiels », à usage exclusif des membres de ces structures.
Celles-ci n’auraient alors que peu d’impact sur la vie des chrétiens éloignés de la pratique régulière.
L’évangélisation demande, en revanche, de partir de la rencontre avec le Seigneur, dans un dialogue établi dans la prière, puis de se concentrer sur le témoignage à donner afin d’aider nos contemporains à reconnaître et à redécouvrir les signes de la présence de Dieu. »

Je voudrais maintenant m’attarder sur cette petite phrase du Pape :

« Un dialogue établi dans la prière, avec le Seigneur. »

Saint Jacques nous disait à l’instant dans son épître : « Vous n’obtenez rien parce que vous ne priez pas ; vous priez, mais vous ne recevez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts. »

Quelles sont donc ces richesses que nous demanderions si maladroitement au Seigneur ?

J’imagine qu’elles ne sont pas matérielles…. J’imagine davantage que notre prière est plutôt « digne » de spiritualité : je crois l’Église et les chrétiens d’aujourd’hui assez sincères et généreux dans leurs démarches et leurs demandes.

Y aurait-il cependant de fausses aspirations spirituelles, synonymes de « richesses » ?

La mise à l’épreuve du Juste, qu’évoque la première lecture, semble advenir pour vérifier les dires de celui-ci, sa « bonne foi » ; c’est le chemin qu’aura à subir le Seigneur lui-même, et il ne s’en est pas détourné !

D’une certaine façon, la société actuelle vient souvent « éprouver » la foi chrétienne, la foi de l’Église ; souvent aussi, ce sont nos propres frères qui, inconsciemment peut-être, nous provoquent à cette épreuve ; et fréquemment, nous nous évertuons à justifier notre foi de façon forte, péremptoire, sans tolérer la moindre faille dans nos certitudes implacables…

Ne serait-ce pas là le symptôme d’une certaine richesse ?

Ce n’est en tout cas pas le chemin du Christ, qui, comme ultime réponse, opposera à ses détracteurs la seule réalité de la Charité, de la Miséricorde, et cela jusque dans la plus extrême des pauvretés : celle de s’en remettre finalement à la seule richesse qui soit : la profonde confiance en un Amour et un Pardon qui nous vient d’un Autre, et qui seule possède l’attribut de la Vérité.

Sommes-nous témoins de cela, sommes-nous ainsi habités, témoins de la foi dont transpirait Jésus Christ ? Bien maladroitement sans aucun doute !

Et nos témoignages sont quelquefois proches de l’hypocrisie tant nos paroles peuvent sonner faux par rapport à nos actes. Nos incapacités récurrentes, en la communauté chrétienne, à entrer ne serait-ce qu’en dialogues loyaux avec celles et ceux qui ne conçoivent pas tout à fait de la même façon les questions qui surviennent, sont des obstacles désolants.

Cependant, le Seigneur nous a rendus capables d’une juste prière : qu’advienne son Règne, selon Sa Volonté ! Et il nous faut sans cesse redécouvrir ce chemin de l’abaissement comme seul chemin de témoignage d’un Amour véritablement gratuit, dépouillé de toutes nos suffisances ou de toutes nos élaborations trop « charnelles », ce que saint Jacques désigne par l’expression : « instinct à satisfaire ».

Nous ressemblons souvent aux disciples, cherchant à savoir qui de nous sera le plus grand ; autrement dit, qui aura raison, et « raison de son frère » !

Suffisances mortelles, instincts charnels de notre condition humaine encore trop embourbée dans cette lourde pâte de l’individualisme, de l’égoïsme, ou trop abîmée et blessée par nos itinéraires douloureux de tant d’injustice ou de manque d’amour.

Nous est alors donné, dans l’Évangile, cette image salvatrice : « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé. »

À travers la figure de l’enfant, c’est la relation du Fils tourné vers son Père qui nous est donnée comme modèle ; cette relation filiale continue et ininterrompue du Christ avec le Père, nous est désignée comme la vrai Richesse digne de nos prières.

Et seule cette relation que le Christ veut nous offrir, et dans laquelle le baptême nous introduit, seule cette relation nous fera entrer dans la relation véritablement fraternelle, vrai ferment de nos vies communautaires, de notre vie paroissiale, de la vie tout simplement.

« L’évangélisation demande de partir de la rencontre avec le Seigneur, dans un dialogue établit dans la prière, puis de se concentrer sur le témoignage à donner afin d’aider nos contemporains à reconnaître et à redécouvrir les signes de la présence de Dieu. »

En fin de compte, c’est un appel insistant à ne pas faire « semblant » d’être chrétien, à ne pas en rester à un paraître – si louable soit-il de l’extérieur – chose dont  nous n’avons que trop peu conscience, mais à entrer véritablement dans cette relation de joie, de simplicité, de confiance et d’espérance, à accueillir ce trésor que Dieu notre Père nous offre afin de demeurer comme un petit enfant, sûrs de cet Amour capable de vaincre tous les obstacles de la finitude humaine.

Sachons demander ensemble au Seigneur cette grâce pour nous-mêmes, pour tous les membres de notre paroisse, pour tous nos frères humains.

Jean-Michel Bardet, Curé

Cet article a 1 commentaire

  1. Mas

    Comme il est bon de noter ici cette homélie, si riche, qu’elle n’a sans doute pu être toute comprise en une seule écoute…en plein air !
    Riche de la beauté un peu poétique des deux premières citations qui ne peuvent que nous rendre à la fois, fiers et heureux d’être paroissiens !
    Riche de la mise en garde et des propos exigeants, réalistes, profonds que nous livre Benoit XVI !
    Riche de l’enseignement construit à partir des Textes, pas toujours facile, ni agréable à entendre mais tellement vrai !
    Riche de l’explication donnée, de la présence de l’enfant dans l’Evangile, que je n’avais pas bien comprise ; avec Jésus, tout est toujours simple, son incarnation me le rend proche. La relation Père et Fils m’est plus délicate. Ce paragraphe m’aide. Merci.
    Riche surtout de cette invitation qui nous est faite de vivre dans l’Amour de Dieu, en vrais chrétiens sincères, tolérants, joyeux, respectueux et à l’écoute les uns des autres…des chrétiens capables de donner envie !

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