Retour sur les obsèques de Mgr Georges Lagrange

Les obsèques de Mgr Georges Lagrange ont eu lieu ce lundi 15 décembre 2014 dans son village natal de Châtillon-sur-Chalaronne dans l’Ain. Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, son successeur sur le siège de Gap, présidait la concélébration avec Mgr Pascal Roland, évêque de Belley-Ars, et une vingtaine de prêtres.

Une messe sera célébrée en ce mardi 16 décembre à 18h30 en l’église Saint-André-des-Cordeliers à Gap.

Ci-dessous des photos de la célébration, des messages de condoléances et l’homélie du père Michel-Jean Pillet, prêtre du diocèse de Belley-Ars et membre de la Fraternité Lumen Gentium.

Quelques-uns des prêtres du diocèse présents aux obsèques. Ici peu avant le début de la célébration, de droite à gauche, Mgr René Combal, qui fut vicaire général de Mgr Lagrange, le père Jean-Michel Bardet et le père Sébastien Dubois, qui furent ordonnés prêtres par Mgr Lagrange

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et Mgr Pascal Roland, évêque de Belley-Ars, accueillent la famille. Entre autre, avec sa canne, Maurice Lagrange, frère de Mgr Georges Lagrange

Accueil du corps

Le père Michel-Jean Pillet, prêtre du diocèse de Belley-Ars et membre de la Fraternité Lumen Gentium, au cours de son homélie. Sur le cercueil de Mgr Georges Lagrange sont posées l’aube, l’étole, l’évangile

Dernier adieu

Maurice Lagrange, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, Mgr Pascal Roland

 

Messages

Message du Cardinal Secrétaire d’État de la part du Saint-Père

Apprenant avec tristesse le rappel à Dieu de Mgr Georges Lagrange, évêque émérite de Gap, le Saint-Père tient à vous exprimer ses vives condoléances, ainsi qu’à la famille du défunt, et à la communauté diocésaine dont il a été le pasteur pendant quinze ans. Animé d’un souci particulier pour le monde rural, il fut aussi prêtre fidei donum en Afrique. Le Saint-Père le confie à la miséricorde du Seigneur pour qu’il l’accueille dans sa demeure de paix et de lumière. En gage de réconfort, Sa Sainteté vous envoie de grand cœur, ainsi qu’à tous les diocésains de Gap, à la famille du défunt, aux personnes qui participent à la liturgie des obsèques, une particulière Bénédiction apostolique.

Cardinal Pietro Parolin
Secrétaire d’État de Sa Sainteté


Message de l’administrateur diocésain de Digne

L’Administrateur diocésain, les prêtres, les diacres et les fidèles laïcs, assurent Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et tout le diocèse de Gap et d’Embrun, de leur profonde communion dans la Foi et l’Espérance au moment où Mgr Georges Lagrange vient de fermer les yeux sur cette terre. Que le Seigneur l’accueille dans la lumière qui s’est levée sur le monde dans la nuit de Noël et de Pâques ; lumière dont Mgr Lagrange a été témoin par sa vie et son ministère.
Avec l’assurance de leur prière et de leurs sentiments fraternels.

Père Christophe Disdier-Chave
Administrateur diocésain de Digne


 

Homélie

du père Michel-Jean Pillet

Révérends Pères Évêques,
Chère Famille,
Chers confrères, prêtres et diacres des diocèses de Gap, de Dakar, de Belley-Ars,
Chers amis,

« Je Te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre… »
En relisant les nombreux écrits et prédications de Mgr Georges Lagrange, on peut être frappé de la dimension trinitaire et aussi eucharistique qui affleure régulièrement dans son enseignement. Il vaut la peine de parcourir le livre qu’il publia en 2001, dans l’élan du grand jubilé : « Gloire au Père par le Fils dans l’Esprit Saint », avec en sous-titre : « La vie chrétienne : vie trinitaire et eucharistique ». Ce livre est comme une petite somme, le fruit de ses inlassables recherches et questionnements, fruit aussi de sa contemplation et de sa prière, une synthèse qui montre, dit-il, « la grande cohérence de tous les éléments de la foi et de la vie chrétiennes, autour de deux réalités centrales : le Dieu unique en trois Personnes, et l’Eucharistie, célébration trinitaire ».

Le Père Lagrange (comme on continue souvent de l’appeler familièrement ici dans le diocèse) a été un battant et un combattant, ce qui l’a amené parfois hors des sentiers battus. Il nous a raconté un jour comment, jeune étudiant au Collège Saint Pierre de Bourg-en-Bresse, et supportant mal l’internat, il avait fugué pour rejoindre à pied Châtillon, avant d’être ramené manu militari par son père à l’institution. Grand érudit, très autodidacte (ce qui explique sans doute cet épisode de la fugue), il s’est formé sur le terrain, aussi bien dans le ministère paroissial que dans l’action catholique rurale, d’abord dans le diocèse, et puis comme aumônier national en Algérie et comme aumônier national adjoint à Paris.

C’est là qu’il va vivre de près la crise profonde de mai 68, une crise qui rejaillit également dans l’Église, dans ces années d’après-Concile, à travers de nombreuses remises en questions. Face à ce flou doctrinal et pastoral, Georges Lagrange réagit et approfondit. Il comprend qu’il y a un corpus de la foi qui ne peut être bradé et sans lequel l’évangélisation tourne à l’agitation. Lui, l’intellectuel, mais très attaché à son terroir – d’où notre célébration, ici, à Châtillon –, très engagé dans le monde rural, proche aussi durant des années du monde scolaire, il gardera toujours un grand souci des petits [« Père, Tu l’as révélé aux tout-petits… »] : ce peuple des fidèles, ce christianisme populaire que nos cogitations et programmations pastorales, dans les années 70, ont parfois risqué d’oublier voire de mépriser.

Avec quelques amis prêtres, curés et théologiens de Paris et de la province, il fonde l’association sacerdotale Lumen Gentium, dans un souci de fraternité et de communion doctrinale, pour approfondir la lettre et l’esprit du Concile Vatican II, – on dirait aujourd’hui – dans une herméneutique de continuité et non pas de rupture. Permettez-moi de le dire : je fais partie de ces prêtres qui ont beaucoup reçu du Père Lagrange. Alors qu’il était curé de campagne, qu’il lisait et travaillait beaucoup, il nous faisait des topos très construits et éclairants, avec aussi son humour décapant. Il nous a communiqué sa passion pour la vérité et son grand amour de l’Église. Pas de communion dans l’Église sans le service exigeant de la charité ; pas de communion dans l’Église sans le service exigeant de la vérité. Ce sera sa devise épiscopale : « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32). Il nous citait la parole du saint évêque François de Sales : « Une vérité qui n’est pas charitable provient d’une charité qui n’est pas véritable ». L’existence ici à Châtillon d’une chapelle qui ne vit pas la communion avec le Pape et avec l’Église était pour lui une grande souffrance, et aussi le symptôme des divisions et des profondes blessures dans l’Église.

La formation spirituelle des jeunes lui tenait également à cœur et l’a conduit jusqu’à Dakar pour travailler au service de la catéchèse, auprès de son ami le cardinal Thiandoum.

Mgr Georges Lagrange a été durant quinze ans l’évêque du diocèse de Gap. Dans ses enseignements comme dans son action pastorale, il était plutôt carré, comme l’était sa corpulence. Il n’était pas l’homme des demi-mesures, il ne supportait pas les atermoiements, les faux-semblants, les compromissions. Il mettait en garde contre tous les extrémismes, les sectarismes, qu’ils soient intégristes ou progressistes, et qui ont en commun de s’ériger en nouveau magistère et de ne pas construire l’unité. Placé comme évêque aux avant-postes du combat pour la vérité – il en reçut quelques coups –, il restait simple et bon, accueillant et disponible, aimant et faisant aimer la Liturgie, très attaché aussi au sanctuaire de Notre-Dame du Laus.

Il avait gardé l’esprit militant de l’action catholique et il encourageait prêtres et laïcs à travailler à la nouvelle évangélisation. Il n’avait de cesse de communiquer à ses diocésains la solidité de la foi et le souffle évangélisateur de Jean-Paul II qu’il vénérait. Ne l’a-t-on pas vu sauter en parachute pour entraîner les jeunes à participer aux JMJ de 97 ?

Comme d’autres de ses pairs, à cette époque plutôt agitée, Mgr Lagrange a été, selon l’expression du cardinal Marty, un « évêque pour temps de crise » ou encore « un évêque entre crise et renouveau », selon le titre du livre autobiographique de Mgr Gaidon. Ces évêques ont souvent payé de leur santé leur clairvoyance et leur vigilance au milieu des luttes intestines dans l’Église. Est-il besoin d’insister?

Depuis onze ans, Mgr Lagrange avait dû prématurément remettre sa charge et être accueilli en maison de retraite. Le moment était venu pour l’homme de contact, de parole et d’action, d’entrer plus avant dans le silence et l’intimité de son Maître. C’est « un autre désormais qui lui mettrait sa ceinture »… (Jn 21,18). Il allait faire partie lui-même de ces petits, de ces pauvres à qui sont révélés les mystères du Royaume. C’était une souffrance pour sa famille, pour ses confrères, pour ses amis, de le voir ainsi progressivement diminué, fragilisé par la maladie. Devenu très dépendant, il avait souvent ce geste de saisir sa croix pectorale qu’il gardait fidèlement sur son cœur. La croix : notre ancre de salut, notre arme de victoire, quand tout semble vaciller et sombrer.

Un témoignage, celui du Père André Perdrix, aumônier de la résidence Bon repos à Bourg : « Chaque samedi, avant de célébrer la messe, je suis allé visiter le Père Georges. Samedi dernier encore, j’ai prié près de lui, j’ai chanté des airs de l ‘Avent et comme souvent, par le chant, il remuait les mains, me regardait et souriait. Je l’ai béni. »

Quel grand mystère que celui de nos vies, de chacune de nos vies ! Dans son livre, nous trouvons ce passage, comme une confidence de la spiritualité profonde qui l’anime – avec des propos étonnamment prémonitoires. Après nous avoir fait contempler, avec éblouissement, le mystère de l’amour trinitaire, il dit ceci : « Il en va de même de notre vie filiale, qui remonte également vers le Père pour lui rendre gloire. Est-il besoin de souligner l’aspect proprement enthousiasmant que prend alors la vie morale pour le chrétien dont toute l’existence devient louange et glorification de Dieu ? Bien sûr, comme le sacrifice du Christ lui-même, l’offrande de notre vie garde son aspect crucifiant. Il s’agit toujours d’accomplir dans notre propre chair ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ. Mais saint Paul y trouvait sa joie ! »

Frères et sœurs, nous confions notre cher Mgr Georges Lagrange à la Miséricorde du Père. Il a vécu un long Avent, dans l’attente du Jour de la rencontre de son Sauveur. La couleur de l’Avent, c’est aussi la couleur des funérailles : la couleur du ciel avant l’aurore, pour les pèlerins que nous sommes, en marche vers la Lumière. Il n’aimait pas que les funérailles ressemblent à des béatifications. Il insistait en disant que, faute de prêcher sur les fins dernières, notre espérance chrétienne s’en trouvait affadie, et parfois pervertie. Il avait, comme l’a dit saint Jean-Paul II du Curé d’Ars, la passion du salut des âmes. Et c’est pourquoi nous prions pour lui. Et c’est pourquoi nous prions pour nous. Tout en bénissant le Père de tout ce qu’il a pu nous donner à travers son fidèle serviteur.

Oui, « gloire au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint ! » Amen.


 

L’ensemble des photos des obsèques

© Michal Zamojski / Diocèse de Gap et d’Embrun

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Cet article a 4 commentaires

  1. croassant

    MGR DI FALCO un EVEQUE mais aussi un homme humain qui prend en pitié tous les malheureux SYRIENS.Nous chrétiens nous comprenons leur souffrance,la violence.Les pauvres enfants dans le froid glacial et pas de cadeaux.Heureusement il y a la foi des parents et de la population.Que pouvons nous faire,nous,pauvres citoyens?Priez pour eux et que la paix revienne.MERCI monseigneur vous avez toujours des paroles émouvantes.C’est avec bonheur que j’écoute toutes vos chroniques.AMITIES et A BIENTOT

  2. brucker

    rien à rajouter au commentaire émouvant de Françoise sinon que nous n’étions qu’une poignée de laïcs haut-alpins présents aux obsèques de celui qui fut notre évêque pendant 15 ans. Le sermon fut remarquable en rappelant son centrage sur le mystère trinitaire au coeur de toutes eucharisties.
    Bien évidemment ce n’était pas le lieu de rappeler les durs combats qu’il a eu à mener dans le diocèse , mais les historiens peuvent, pour honorer sa mémoire et apporter une pierre à l’édification de l’Eglise, compléter ce qu’en dit wikipedia…https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Lagrange_%28%C3%A9v%C3%AAque%29
    Prions..

  3. CASTAGNO Françoise

    N’ayant pu participer aux obsèques de Mgr Georges Lagrange dans sa ville natale, nous avons été très touchés par les photos et voudrions ici lui rendre un dernier hommage d’amitié.
    Oui, il fut pour nous tous pendant son ministère d’évêque à GAP, un “père” d’une grande bonté, qui était aussi, on a oublié de le dire, un fervent défenseur de la vie, qui souffrait de ce qui se passait à l’hôpital, à deux pas de l’Evêché… C’est à ce titre qu’il a toujours encouragé l’oeuvre Mère de Miséricorde, dont nous étions alors responsables sur la région.
    Nous avons eu la joie de le revoir plusieurs fois dans sa maison de retraite mais aussi la douleur de le voir diminuer physiquement. Ce qui m’a le plus choquée à la fin, c’est qu’on ne lui mettait même plus ses lunettes… Pauvre homme, dépouillé de tout ! Et même s’il ne nous reconnaissait pas vraiment, il restait très présent à ce que nous lui partagions pour l’aider à faire resurgir de sa mémoire, les meilleurs moments de sa vie passée ; et si nous n’y réussissions pas toujours, son visage s’éclairait de son bon sourire…
    Nous avons la ferme conviction comme beaucoup, qu’il a continué à porter notre diocèse par ses souffrances offertes, lui qui un jour, nous avait clairement fait comprendre qu’il avait hâte de rejoindre le Ciel…
    Oui, merci cher Père Lagrange pour tout ce que vous nous avez donné ! Nous ne vous oublierons pas… Françoise Castagno

  4. croassant

    Sur les funérailles de MGR LAGRANGE célébrées par MGR DI FALCO.Toujours triste et émouvant de perdre un etre cher.De superbes photos un souvenir pour la famille.J’ai lu la biographie du prédecesseur éveque de MGR DI FALCO.Un beau chemin de paix.MERCI J’ai visionné l’installation magnifique pour la dédicace des PRETRES a EMBRUN magnique.Une piéce bien décorée des sapins et les photos des PRETRES.Heureux les habitants de GAP!!!.

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