Retour sur l’ordination presbytérale de Mickaël Fontaine en vidéos
  • 18 janvier 2014

Dimanche 12 janvier 2014, dans une cathédrale de Gap archicomble, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri ordonnait prêtre Mickaël Fontaine pour le diocèse de Gap et d’Embrun.

Ci-dessous :
• des vidéos de l’ordination.
• le texte de l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.
• le livret de la célébration.

Si vous désirez recevoir des vidéos, en faire la demande à scribe@diocesedegap.com
Pour les photos, suivre ce lien : Photos de l’ordination

Vidéos

L’ouverture de la célébration, les mots d’accueil, l’appel de l’ordinand :

La présentation de l’ordinand, les lectures de la Parole de Dieu (dont l’évangile chanté) :

L’homélie par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri répartie sur les deux vidéos suivantes :

Première partie de l’homélie ici :

Seconde partie de l’homélie ici :

Le chant du Veni Creator, les engagements de l’ordinand, le chant de la litanie des saints, l’imposition des mains :

La grande prière d’ordination, la vêture, l’onction des mains, la remise du pain et du vin, le baiser de paix :

La liturgie eucharistique, la lecture des nominations :

Les remerciements :

La suite des remerciements, la bénédiction solennelle, la sortie :

 

 Homélie

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Mon cher Mickaël,

Je ne sais si tu réalises la grâce qui t’est accordée de recevoir le sacrement de l’ordre sous le pontificat du pape François. Ce pape, venu de la lointaine Argentine, qui met au service de l’Église le côté chaleureux des latino-américains, sa spontanéité, sa simplicité, sa bonté, son respect des personnes quelle que soit leur situation, sa capacité à innover dans une totale fidélité au Christ et à son Église. Il ne fait pas le Pape, il l’est ! C’est sans doute ce qui explique le capital de sympathie qu’il suscite bien au-delà du monde chrétien, capital de sympathie qui rejaillit sur le regard que l’on porte sur l’Église, sur nous chrétiens, nous prêtres, et donc sur toi, Mickael.

Dans sa dernière exhortation apostolique le Pape dit : « L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. »

Le pape François ouvre grandes les portes et les fenêtres de l’Église pour que s’engouffrent à l’intérieur les souffrances, les blessures, les attentes, les espérances de tant d’hommes et de femmes crucifiés par la haine, l’injustice et la misère.

Le pape François ouvre grandes les portes et les fenêtres de l’Église pour que les paroles consolatrices du Christ ne restent pas prisonnières des murs de nos églises ou d’une tribu qui aimerait se les approprier, s’en faire les gardiens, sans pour autant les vivre.

Le pape François ouvre les portes de l’Église pour que le souffle de l’Esprit source de toute espérance soit offert à tous.

J’ai eu moi la grâce d’être ordonné prêtre dans la mouvance du concile Vatican II. L’Église était en quelque sorte invitée à faire un pas en avant vers le monde dans lequel elle vivait à cette époque. Le pape François nous invite aussi à faire un pas en avant vers ce monde où nous vivons. Pour cela nous devons parvenir à sortir des ornières dans lesquelles nous sommes trop souvent embourbés.

Dès la première apparition du pape François à la loggia de la basilique Saint-Pierre, aussitôt après son élection, quelques gestes significatifs ont montré qu’il n’était pas  de ceux qui pensent que la restauration de l’Église, – c’est l’expression de ceux qui s’en veulent les croisés –, que la restauration de l’Église passait par un pas en arrière, même par plusieurs pas en arrière, par une conception étriquée pour ne pas dire momifiée de la tradition, et que ce n’est pas en ressortant les dentelles d’antan, les mules papales, le bonnet de fourrure des papes de la renaissance, que sais-je encore, que l’Église serait à l’écoute et écoutée.

Cher Mickael, évite, et nous tous avec lui évitons, de nous laisser emprisonner par la société du paraître dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Ce que j’appelle la société Canada Dry. Tu es trop jeune pour te souvenir de cette publicité pour une boisson. Le slogan était le suivant : « Çà a la couleur de l’alcool, le goût de l’alcool, mais ce n’est pas de l’alcool. » Aujourd’hui, on nous vend souvent l’image d’un produit, pas le produit. J’appliquerais volontiers cette image au prêtre. Ce n’est pas d’abord au vêtement qu’il porte – jean, soutane ou pull jacquard –, mais à la générosité de son cœur, à sa qualité d’écoute, à sa capacité à aimer et à pardonner qu’on le reconnaîtra comme un disciple du Christ.

Souvenons-nous de cette phrase de Jésus : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples. »

J’aime beaucoup les fables de La Fontaine, entre parenthèse, tu devrais les aimer aussi, toi qui portes presque le même nom : Mickaël Fontaine. Tu te souviens qu’à l’ordination du mois de juin j’avais cité la fable L’âne qui portait des reliques pour nous rappeler à nous, prêtres, de ne pas avoir la naïveté de penser que les témoignages de respect de ceux qui nous entourent s’adressent à notre personne alors qu’ils s’adressent au Christ dont nous sommes les témoins. N’oublie jamais Mickaël, que nous prêtres, nous ne sommes que des ânes chargés de porter le Christ.

Lorsque tu célébreras l’eucharistie, n’oublie pas que celui qui est important à ce moment-là ce n’est pas le célébrant, mais Celui qu’il célèbre. Célèbre avec tout ce qui fait la pauvreté de ton humanité, sans arrogance, ni visage compassé. J’avoue être mal à l’aise lorsque je vois un célébrant se comporter à l’autel comme s’il était fâché après quelqu’un,  ou au contraire comme s’il était soudain en état de lévitation, la tête légèrement penchée, les yeux levés au ciel, le tout agrémenté par une voix de castra.

Reste toi-même, Mickaël, et tu ne feras pas obstacle à celui que tu célèbres.

Mais revenons-en à La Fontaine. Je crois avoir entendu tout à l’heure dans la présentation que l’on a faite de toi que tu étais exigeant. Ce n’est pas pour moi un défaut, mais attention, il faut l’être à bon escient. C’est pourquoi j’ai pensé à une autre fable de La Fontaine que voici, il s’agit de la fable Le Renard et les raisins.

Certain Renard Gascon, d’autres disent Normand, (Désolé, Mickaël, c’est  peut-être un renard normand.)

Certain Renard Gascon, d’autres disent Normand
Mourant presque de faim, vit au haut d’une treille
Des Raisins mûrs apparemment,
Et couverts d’une peau vermeille.

Le galand en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n’y pouvait atteindre :
“Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.”
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

Quelle est la leçon de cette fable ? Dans les objectifs que nous nous fixons, et surtout dans ceux que nous fixons pour les autres, ne mettons pas la barre plus haut que ce qu’ils peuvent atteindre, car sinon ils s’en détournent et le regard positif qu’ils avaient au départ se transforme en critique pour justifier le fait de n’avoir pu atteindre l’objectif.

Le pape François, dans sa dernière exhortation le dit autrement et mieux que moi. Normal, c’est le pape. Je le cite :

« Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour. Aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais le lieu de la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible. Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut-être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés. La consolation et l’aiguillon de l’amour salvifique de Dieu, qui œuvre mystérieusement en toute personne, au-delà de ses défauts et de ses chutes, doivent rejoindre chacun. »

L’Évangile de ce dimanche nous relate le baptême du Christ.

Par le baptême, nous avons  revêtu le Christ, le baptisé vit du Christ. Vous les laïcs, comme vous les religieuses, comme vous les diacres, comme vous les prêtres, comme toi Mickaël, comme moi évêque, tous nous avons, en tant que baptisés, le pouvoir de faire de notre vie quotidienne un sacrifice de louange à la gloire du Père. C’est là le sacerdoce fondamental chrétien. C’est là un sacerdoce qui nous est commun à tous.

Tout baptisé est prêtre. Nous sommes prêtres de par notre être charnel, dans toutes les dimensions de notre humanité, dans toute notre épaisseur humaine. Par notre âme, notre chair, notre cœur, nous sommes solidaires, pour le bien et pour le mal, avec nos frères et sœurs, tous nos frères et sœurs.

Nous sommes prêtres comme fils de Dieu, enfantés à une vie nouvelle par l’eau du baptême et le don de l’Esprit. Comme fils et filles de Dieu, nous entrons dans le mouvement du Christ vers le Père. Comme fils et filles de Dieu, nous avons tous le pouvoir de « rendre un culte au Dieu vivant » (He 9, 14). Ce culte vivant ne se résume pas à une activité rituelle. Ce culte correspond à une vie transformée par l’amour du Christ, une vie qui devient un sacrifice de louange. La liturgie n’est pas une fin en soi. La liturgie a pour objet la transformation de toute notre vie.

Voici ce que le pape dit à propos de la liturgie : « Cette obscure mondanité se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment opposées mais avec la même prétention de “dominer l’espace de l’Église”. Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe. » (Fin de citation)

Ce sacerdoce fondamental qui nous est commun à tous est de l’ordre de l’amour. Nous vivons ce sacerdoce lorsque nous sommes dans une obéissance filiale à Dieu, jusqu’au don total de nous-mêmes, mettant toute notre existence à la disposition du Père « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Nous vivons ce sacerdoce lorsque nous sommes ouverts à nos frères et sœurs, par une solidarité de destin avec eux, vécue dans la compassion, la prière, l’intercession, l’entraide. Nous vivons ce sacerdoce lorsque nous entrons dans l’intimité du Père, avec la confiance d’un fils qui se sait accueilli sans condition, aimé pour ce qu’il est.

Tout chrétien est prêtre. Nous offrons Jésus à notre voisin de palier, à nos proches, à nos collègues de travail, en rompant le pain de notre humanité, en rompant l’humble pain quotidien de notre temps, de notre cœur, de notre parole, de notre amour humain. Ceci est mon corps, livré pour vous.

Mais nous pouvons refuser de rompre ce pain. Nous pouvons préférer rester dans notre bulle aseptisée, nous isoler des autres par orgueil, par susceptibilité, par suffisance, par peur, par dépit. Oui, nous pouvons nous rétracter, nous renier, nous affadir, nous attiédir, nous complaire dans la médiocrité. Nous pouvons nous croire riche, invulnérable, alors que c’est par nos blessures (les nôtres dans celles du Christ) que coule le sang qui donne la vie.

C’est alors, Mickaël, que tu auras toute ta place au milieu de tes frères et sœurs. Car à quel titre deviens-tu prêtre aujourd’hui ? Tu deviens prêtre au service des baptisés présents et à venir. « Le sacerdoce ministériel est un des moyens que Jésus utilise au service de son peuple, dit le pape, mais la grande dignité vient du Baptême, qui est accessible à tous, » précise-t-il. Tu deviens donc prêtre, Mickaël pour que les baptisés développent toutes les virtualités de leur baptême. Tu deviens prêtre pour redresser par la confession le roseau froissé, pour nourrir par l’eucharistie la mèche qui fume encore, pour ouvrir à la foi les yeux des aveugles. Par le don des sacrements, par le partage de la Parole de Dieu, par le partage du pain eucharistique, tu seras là pour permettre à l’Esprit Saint de graver lui-même l’image du Christ dans le cœur de ceux qui progressent aussi bien que dans celui de ceux qui chutent.

Cher Mickaël, ton baptême a inauguré ta vie chrétienne. Tu ne peux vivre l’ordination de ce jour comme une rupture par rapport à ta vie passée. Même mis à part pour le ministère, tout prêtre est d’abord et avant tout un baptisé. Tout prêtre est pris du milieu des baptisés pour être au service des baptisés, au service de la communauté chrétienne, au service du monde. Le ministère ne peut pas se vivre au-dessus des baptisés, ni sans les baptisés, ni à côté des baptisés, mais bien au contraire avec eux, au milieu d’eux, pour eux. Chez toi comme chez nous tous, en tant que baptisés, tout l’être et toute la vie doivent être transformées. La vie chrétienne atteint sa perfection quand le cœur et la vie deviennent conformes au cœur et à la vie du Christ : prêtre et hostie alors ne font plus qu’un.

À l’inverse, viendrais-tu à vivre ton ministère sans développer ta vie baptismale, tu risquerais fort de ne voir dans l’Église qu’une institution humaine, tu risquerais à la longue de rabaisser la foi à des valeurs morales, de réduire la vie chrétienne à des habitudes, à des attitudes, de ne plus être qu’un fonctionnaire des sacrements.

L’Esprit au contraire fait rayonner ses dons chez ceux qui prennent au sérieux leur baptême, chez ceux qui demandent avec insistance à l’Esprit de venir les vivifier. Peut-être dans notre pays la situation se rapproche-t-elle des origines : petites communautés minoritaires dispersées au sein d’une masse indifférente ou hostile. En tout cas, l’Esprit agit, cela est certain. Et tu es là, Mickaël, pour faire prendre conscience à chacun des dons qu’il a reçus. Nous possédons tous les dons de l’Esprit Saint. Laissons agir l’Esprit. Lâchons prise. Ouvrons-nous en toute simplicité à la force de l’Esprit.

Mickaël, ressemble au Christ. Laisse-toi faire, laisse-le agir en toi. Vis pleinement ton baptême. Vis pleinement ton sacerdoce baptismal dans l’exercice du ministère presbytéral. N’oublie pas les pauvres, oh pas seulement les pauvres d’argent, mais les pauvres d’amour, les pauvres de solitude, les pauvres d’un regard bienveillant.

Lorsque dimanche prochain tu célébreras ta première messe dominicale en l’église Saint-Vincent-de-Paul à Sotteville-lès-Rouen, rappelle-toi le jour de ton baptême dans cette église. Tu étais déjà grand et c’est à ta demande que tu as été baptisé. Lorsque le prêtre a versé l’eau du baptême sur ton front, je doute que tu aies entendu une voix venant d’en-haut. Mais je puis t’assurer que comme au baptême de Jésus au Jourdain, comme à chaque baptême, une voix a dit ce jour-là : « Tu es mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. Tu es mon fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour ».

Ce n’est pas aujourd’hui que tout commence pour toi, Mickaël. C’est ce jour-là, et bien avant même, dans le cœur de Dieu, que tout a commencé. Ne l’oublie jamais. 

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

 

Livret de la célébration

 

 

 

Cet article a 1 commentaire

  1. Merci de partager avec tous ces heures merveilleuses de l’Ordination de Mickaël !
    Un nouveau prêtre pour notre Église, ordonné par un Évêque qui vit la Parole dans la Joie et dans l’Esprit de notre Pape!
    Nous te portons dans notre prière ici au Canada, Mickaël, où nous avons eu le bonheur de vous entendre chanter et témoigner!Merci. mgr di Falco Léandri pour cette homélie vraiment “Bonne Nouvelle”!

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