Retraite presbytérale au Laus : “Ravive le don déposé en toi”
  • Post published:20 janvier 2015

Au sanctuaire Notre-Dame du Laus se tient jusqu’au vendredi 23 janvier 2015 une retraite internationale pour prêtres francophones sur le thème : « Ravive le don spirituel que Dieu a déposé en toi » (2 Tim 1,6).

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a invité Mgr Renato Boccardo, archevêque de Spolète et Nursie, qu’il connaît bien et qui connaît bien le sanctuaire, à animer cette retraite.

La messe d’ouverture en ce lundi 19 janvier était présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Ci-dessous l’homélie (vidéo + texte) et quelques photos.

Homélie

de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Hébreux 5, 1-10
Psaume 109
Marc 2, 18-22

« Tu es prêtre à jamais selon l’ordre du roi Melkisédek » Nombreux sont les prêtres qui ont choisi de mettre sur leur image d’ordination ce verset que nous avons entendu. Prêtre à jamais, prêtre toujours, prêtre pour l’éternité. Mais toujours dure longtemps. Et il faut se renouveler sans cesse au risque de ne plus dispenser à la longue autour de nous qu’une âcre odeur d’huile rance au lieu de la bonne odeur du Saint-Chrême, la bonne odeur du Christ, et pourquoi pas, les bonnes odeurs du Laus !…

Vous êtes venus ici pour cela. Pour renouveler le don reçu au jour de l’ordination. Et le thème de ces lectures rejoint celui de cette retraite. L’évangile d’aujourd’hui nous invite à être des outres neuves pour recevoir et vivre l’Évangile dans toute sa fraîcheur et sa nouveauté.

Pour nous aider dans ce renouvellement, les textes de ce jour nous présentent le double attachement qui nous fait vivre. Attachement au Christ, à Dieu d’une part. Et puis attachement à son Peuple, à tous les hommes, d’autre part. Attachement à Dieu donc, qui nous a appelés, attachement à l’Époux présent chaque jour dans sa parole et son eucharistie. Et puis aussi attachement et compassion « envers ceux qui commettent des fautes par ignorance ou par égarement » comme dit l’épître aux Hébreux.

Cet attachement est double, mais il ne doit pas être un écartèlement. Il doit au contraire dans notre vie devenir un seul et même attachement. Nous avons besoin de Dieu et du peuple de Dieu pour être prêtres vraiment. Vous le savez, le sacerdoce entièrement nouveau du Christ s’est greffé sur le sacerdoce ancien du peuple élu. Mais alors que l’Ancien Testament soulignait la nécessité pour le prêtre de se maintenir séparé des autres, toute l’épître aux Hébreux a insisté au contraire sur la nécessité pour le prêtre d’être solidaire de tous ses frères et sœurs en humanité. Comme le dit le cardinal Vanhoye, avec le Christ, « au lieu d’une séparation rituelle, nous trouvons une solidarité existentielle. Au lieu d’un mouvement d’élévation au-dessus des autres, nous trouvons un extrême abaissement. Au lieu d’une interdiction de tout contact avec la mort, l’exigence d’accepter la souffrance et la mort. »

Le prêtre est prêtre sacramentellement le jour de son ordination. Mais il ne le devient réellement que par sa conformité à la croix du Christ et par sa solidarité avec ses frères et sœurs. Au risque de me répéter, je reprends ici une image que j’ai déjà évoquée lors des ordinations. Ceux qui parmi vous – sans doute les plus anciens – ont fait de la photo – je parle de la photo d’avant les appareils numériques –, ceux qui ont fait de la photo argentique comprendront mieux ce que je veux dire. Autrefois, lorsqu’on voulait développer une photo, on devait se saisir d’un papier spécial appelé « papier sensible » et le placer sous un appareil qui projetait, pendant quelques secondes, l’image du négatif. Lorsqu’on regardait le papier sensible après cette projection, celui-ci était toujours immaculé, et cependant la photo était bien là, mais invisible. Ce n’est qu’après avoir plongé le papier sensible dans un bain appelé « révélateur » que la photo se dévoilait progressivement.

Il en est de même pour le prêtre. Il est prêtre sacramentellement au jour de son ordination. Mais c’est plongé dans le bain d’une communauté, plongé au cœur de l’humanité avec ses peurs, ses joies, ses peines, ses espérances, ses questions, que les grâces reçues à l’ordination se révéleront jour après jour. C’est dire que le prêtre ne peut arriver en pays conquis, ne peut être prêtre sans s’attacher et aimer sa communauté. Et du côté de la communauté, c’est dire la responsabilité qu’elle porte concernant les prêtres qui lui sont envoyés. Elle est révélatrice des grâces de l’ordination !

La communauté est révélatrice des grâces de l’ordination dans le sens où elle permet aux grâces de l’ordination de s’épanouir et de s’exprimer. Mais si le prêtre ne se laisse pas guider par Dieu, s’il fait obstacle aux grâces reçues, l’image est brouillée et ce qu’il donne à voir n’est pas très beau.

Juste un témoignage à ce sujet. Une chrétienne engagée, présente à la journée des vœux diocésains qui a eu lieu le jour même de la prise d’otages, vendredi 9, m’a confié qu’elle s’est sentie obligée de quitter la table parce qu’elle ne pouvait plus supporter les propos non chrétiens tenus par des personnes à ses côtés, et parmi eux des prêtres ! Je ne sais pas ce qui s’est dit au cours de ce repas. Mais je me pose des questions sur l’image de Dieu, et l’image du sacerdoce, que ces prêtres portent en eux et véhiculent autour d’eux, lorsqu’ils donnent libre court à leurs pensées profondes et secrètes. Leur âme serait-elle aussi noire que les clergymen qu’ils portent ? Est-ce cela être prêtre selon le cœur du Christ ?

Au cours de cette semaine tragique que nous avons vécue en France, quinze hommes et deux femmes ont été massacrés par d’autres hommes se comportant comme des bêtes sanguinaires. Comme malheureusement bien d’autres dans le monde, ces trois tueurs ont eu de surcroît la naïveté, pour ne pas dire la bêtise, de croire que l’on peut imposer la foi à coup de kalachnikovs ou de poignards. C’est oublier que seul l’amour peut ouvrir les cœurs à la foi. L’apôtre Pierre l’a dit précisément aux chrétiens : « Soyez prêts à tout moment à rendre compte devant quiconque de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. »

Ces événements dramatiques devraient donc nous inviter, nous chrétiens, à un retour sur nous-mêmes. De quelle manière rendons-nous compte de l’Espérance qui nous habite ? J’ai donné l’exemple de ce qui s’est passé aux vœux diocésains. Mais je pourrais multiplier les exemples. Je dois, avouer avec tristesse, que trop souvent je ne perçois ni « douceur », ni « respect » chez nous, mais bien plutôt l’arrogance, le manque d’écoute, une volonté agressive d’imposer une façon de voir et de penser, cela au sein des communautés chrétiennes, parmi les prêtres et même parmi les évêques, avec un sentiment abusif de posséder la vérité. La vérité n’est pas quelque chose que l’on possède mais plus modestement quelque chose que l’on essaye de vivre !

Faisons donc attention à nos paroles, à nos attitudes. Renouvelons nos manières de penser, d’agir, d’être au monde. Ne lançons pas des paroles qui tuent Dieu, qui tuent l’espérance et qui tuent l’amour. Dieu se fait fragile entre nos mains. Dieu est menacé. Ne le tuons pas par nos contre-témoignages. « Vous ne pouvez servir Dieu qu’en servant les hommes », a dit l’académicien Jean d’Ormesson sur les ondes d’Europe 1 dans la foulée des attentats. « Vous ne pouvez servir Dieu qu’en servant les hommes. » Il le disait en dénonçant ceux qui tuaient au nom de Dieu. Mais cela est aussi vrai pour nous, prêtres. Ce n’est qu’en servant les hommes que nous servons Dieu, dont nous nous disons les porte-paroles. Ne cherchons pas à imposer notre foi. Ne lançons pas des mots qui tuent. Et si nous l’avons fait, demandons humblement pardon et réparons dans la mesure du possible.

À l’heure où tous réclament la liberté d’expression, ce qui précède ne signifie pas que nous, chrétiens, nous n’aurions pas le droit de faire entendre notre voix dans les débats qui agitent notre société. La liberté d’expression n’est pas réservée à une catégorie de population ou à une poignée d’humoristes, mais à tout citoyen. Comme chrétiens, nous avons non seulement le droit de faire entendre notre voix, mais dans de nombreux cas nous en avons le devoir. Y compris dans une république laïque. Mais la question reste : de quelle manière le faisons-nous ? En ostracisant ? en séparant ? ou en étant médiateurs comme le Christ décrit dans l’épître aux Hébreux a été « médiateur » ? en créant des ponts comme le Souverain « Pontife » en crée ?

Ce n’est pas facile de vivre en frères. Le Cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, l’a rappelé en ces termes lorsqu’il a écrit, je cite : « Je crois que la fraternité ne doit pas rester un slogan, une notion abstraite. Nous découvrons que la fraternité n’est pas quelque chose de si naturel. Elle ne va pas de soi ! On ne peut revendiquer la fraternité comme un slogan car elle est le fruit d’un véritable combat spirituel. Nous devons demander au Seigneur de surmonter la tentation de la violence. Nous devons prier pour recevoir la grâce de la vie fraternelle et de la paix. Il s’agit toujours d’un don de Dieu et d’un effort de l’homme. »

Ce que dit là le cardinal Ricard rejoint le thème de cette retraite qui nous invite à renouveler le don de Dieu que nous avons reçu. La fraternité au sein d’un même presbyterium, et la fraternité au sein de nos communautés chrétiennes, est un combat spirituel. Notre sacerdoce est tout à la fois un don de Dieu et un effort de notre part. Sans cet effort, notre sacerdoce à la longue sentira le renfermé, le rance, la pensée étriquée, le cœur atrophié.

Nous sommes donc ici pour renouveler notre amour et notre attachement au Seigneur et à son peuple. Nous lui avons dit un jour : « je t’aime, me voici pour servir ton peuple. » C’était facile dans tout l’élan de notre jeunesse. Mais durer dans l’amour du Seigneur malgré la monotonie des jours, malgré le silence de Dieu parfois, l’aridité de la prière, et puis durer dans l’amour de son Peuple malgré les médisances, les calomnies, les faiblesses, les atavismes, les résistances, la bêtise humaine, la persécution verbale ou physique, durer ainsi dans l’amour du Seigneur et dans l’amour de son peuple, c’est un véritable combat. Pour aimer ainsi dans la durée il faut, comme tout couple qui s’aime et qui veut durer, à la fois se souvenir des dons reçus et faire preuve d’imagination, créer du nouveau, se réinventer, se réinvestir, renouveler sa relation pour ne pas végéter, tomber dans la routine et l’habitude. Alors ce qui est positif pour des couples peut aussi l’être pour nous, puisqu’il est aussi question d’amour. Il est toujours possible de répéter dans la journée, au milieu des agendas surchargés, des « Seigneur, je t’aime », comme Pierre à Jésus au bord du lac. Il est toujours possible de multiplier les petites attentions au quotidien. Il est toujours possible de nous dire que c’est Jésus que nous rencontrons en toute personne qui se présente à nous.

Renouvelons donc nos pensées et nos cœurs afin de recevoir dans des outres neuves le vin de la Bonne Nouvelle dans toute sa fraîcheur et sa nouveauté.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 5 commentaires

  1. lesyeuxgrisduchat

    Merci Monseigneur pour cette belle messe des Rameaux à Gap.
    C’est dans ma ville natale que je viens le plus souvent me recueillir.Beaucoup de bonheur et de sérénité! (Je suis Lyonnaise d’adoption)

    Merci pour ce que vous faites pour les chrétiens d’Orient et merci à Mr Fabius pour son intervention à l’ONU.
    Nous ne pouvons accepter leur génocide.

  2. Elisabeth Meyer

    Quelle Belle Homélie de Monseigneur DI FALCO où il est question de remise en cause de soi, de fermeté et de douceur à la fois.
    Homélie à méditer.

  3. croassant

    Bonjour MONSEIGNEUR.Encore une journée a vous voir vous admirer et relire votre homélie du 19 janvier qui concerne LES PRETRES pour toute la semaine.”RAVIVE LE DON DEPOSE EN TOI”.Vous avez le DON DE DIEU pour prier et recevoir la grace de la vie fraternelle et de la paix.Tout ce que vous faites et entreprenez dans tous les domaines est une réussite et un combat spirituel de votre sacerdose.Un EVEQUE hors du commun sur les pas du PAPE FRANCOIS qui multiplie les rencontres.Avec LES PRETRES vos concerts et vous MONSEIGNEUR votre voix unique pour commenter les spectales.SUPER!!!.Pour moi,c’est vous la personne qui réprésente JESUS et mes pensées sont pour vous Chaque jour continuez de répéter “SEIGNEUR JE T’AIME” et moi JE VOUS AIME.ARLETTE

  4. Grimaldi Marie José

    très émouvant !

  5. croassant

    MONSEIGNEUR je viens de vous voir et lire votre homélie du 19 janvier au sanctuaire Notre Dame du LAUS qui concerne les PRETRES “RAVIVE LE DON DEPOSE EN TOI”Messe d’ouverture.Effectivement MGR,vous avez été ordonné PRETRE votre Amour pour DIEU était le plus fort et comme vous le dites il faut lui renouveler ces mots JE T’AIME.Votre parole atteint le coeur des hommes et moi je suis émue et heureuse de passer un moment avec vous chaque jour.Sachant que le 19 LES PRETRES avaient un concert a NANCY je ne pensais pas voir votre présence a N D DU LAUS.Votre voix me réconforte.ARLETTE

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