Fête Votive de la Saint Roch à Manteyer le 19 août 2018
  • Post published:19 août 2018

Homélie de Mgr Xavier Malle le 19 août 2018 – MANTEYER  pour la fête de la saint Roch

Monsieur le maire dans son courrier d’invitation m’écrivait la raison de cette messe annuelle à St Roch : le 20 août 1674, les Consuls du Conté réunis après la messe du dimanche, choisirent de placer Manteyer sous la protection de st Roch, suite à l’épidémie de peste de 1630. Cela m’a intrigué alors j’ai fait quelques recherches historiques ! Les habitants s’étaient réfugiés après le torrent du Moulin à la Chevalerie pour échapper à la peste qui sévissait, surtout en Italie et en Provence. Ayant survécus à cette maladie ils louèrent l’intervention de St Roch et construisirent cette chapelle là ou la peste s’était arrêtée. Depuis chaque année les conseillers municipaux assistent à la messe le dimanche suivant le 15 août, et nous y sommes.

On n’imagine pas aujourd’hui une épidémie de peste telles que notre pays en a connu. Ainsi la peste noire de 1347-1352 a profondément marqué l’Europe en exterminant suivant les lieux 25 % à 50 % de sa population. La population française quant à elle chuta de 41 % sur la même période, soit 7 millions de victimes sur les 17 millions de Français de l’époque.

La peste est une maladie qui sévit toujours de nos jours en Afrique, Asie et Amérique et fait partie des maladies actuellement ré-émergentes. Heureusement, l’utilisation de traitements antibiotiques et le renforcement des mesures de santé publique ont réduit très fortement la mortalité dues à cette maladie. C’est une maladie des rongeurs, principalement véhiculée par le rat, et transmise à l’homme par piqûres de puces de rongeurs infectés. Ce n’est qu’en 1894 qu’on trouva l’origine de la maladie.

Mais à l’époque, on n’avait que peu de moyens de se protéger de la peste, alors on invoquait naturellement la protection divine et l’intercession des saints. Roch, dont la famille vivait à Montpellier au XIVe siècle après la mort de ses parents revêtit l’habit de pèlerin et se dirigea vers Rome. La peste sévissant en Italie, il se dévoua aux soins des pauvres pestiférés et à son contact, il y eut beaucoup de guérisons. Il y vécut trois ans sans faire connaître son nom, ni son origine. Atteint lui-même de la maladie, il se retira, mourant, dans une cabane où un chien lui apportait chaque jour un petit pain – ce petit chien qu’on retrouve sur les statues, et d’où le terme de roquet pour désigner un chien ! Miraculeusement guéri, il revint dans sa patrie vers l’âge de trente ans. Mais il restait défiguré par les mortifications qu’il avait subies et personne ne le reconnut, ni même son oncle devenu gouverneur de la ville de Montpellier, alors déchirée par une guerre civile. Il fut pris pour un espion et jeté au cachot. Par humilité, il y demeura incognito et périt de misère en 1378 ou 1379. Ses concitoyens se rendirent compte trop tard de leur méprise, et son culte s’est ensuite largement diffusé.

Après cette longue introduction historique, il me faut quand même vous parler de la Parole que Dieu nous adresse en ce jour. Nous poursuivons tout le mois d’août la lecture de l’évangile selon st Jean au chapitre 6, qu’on appelle le discours de Jésus sur le pain de vie. Voici la bonne nouvelle : «Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.» La bonne nouvelle, c’est que Dieu nous a créé pour l’éternité. Pourtant, comme nos ancêtres le savaient par l’épidémie de peste, nous nous savons mortels. Peut-être que dans nos montagnes, avec nos routes dangereuses et les risques naturels élevés, on le sait un peu plus qu’ailleurs et peut-être que cela nous rend plus humain. Car il n’y a rien de plus inhumain que quelqu’un qui se croit immortel, et alors se croit tout permis. Nous savons ici que nous sommes mortels. Et cela ne nous fait pas peur comme chrétiens, car Jésus nous a dit : «si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement». Ce pain, c’est le pain eucharistique, l’hostie sainte, le corps du Christ. Jésus insiste : «De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.».

Alors frères et soeurs, quand bien même les GAFA, google, Amazon, Facebook et Apple dépensent des milliards pour créer un homme augmenté par la machine et qui pourrait vivre éternellement sur terre – la machine remplaçant tous nos organes vieillissant – ; nous savons nous que nous sommes mortels sur cette terre, mais fait pour l’immortalité dans le monde de Dieu, en attendant notre Résurrection.

Cette connaissance que nous avons de notre futur nous donne une paix profonde pour vivre notre présent, quoiqu’il puisse arriver, même si souvent c’est difficile à vivre. Et on comprends alors les conseils de st Paul dans la seconde lecture quand il écrit aux habitants d’Ephèse : « Frères, prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages. Tirez parti du temps présent, car nous traversons des jours mauvais. (Je pense encore ce matin à ce que nous commémorions hier au col d’Espréaux, les 10 années du sacrifice de leur vie de 10 de nos soldats, dont un enfant de Veynes, dans l’embuscade d’Uzbin en Afghanistan). Ne soyez donc pas insensés, mais comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur. (…) chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur. » Fin de citation.

Voilà le conseil primordial de st Paul : «Tirez parti du temps présent», c’est à dire vivez à fond l’instant présent. Le passé appartient à la miséricorde de Dieu et le futur à sa bonté. Confiance, d’autant que St Roch et les autres saint, – chacun pouvant avoir ses saints préférés -, tout en adorant Dieu, se font une joie de nous aider, assistés des anges, dont j’ai parlé hier car nous avons pris la messe de saint Michel au col d’Espréaux, les soldats étant des parachutistes. Dieu nous aime aujourd’hui, comme il nous aimait hier et nous aimera demain. Mais c’est aujourd’hui, par notre conduite en chrétien, par les sacrements, en particulier par la messe, que nous entrons dans l’éternité. L’éternité est commencée pour nous. Amen !