Samedi 19 avril 2014 au soir à Gap, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait en sa cathédrale la vigile pascale. Ci-dessous une vidéo de son homélie et des temps forts de la célébration comme la bénédiction du feu nouveau en présence du pasteur, Arnaud Van den Wiele, et le baptême de trois catéchumènes : Angélique, Yann et William.


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Homélie

Tout s’est déroulé si vite, si douloureusement vite, du jeudi au vendredi.
Durant le repos du Sabbat, les disciples sont restés sous le choc du drame.
Jésus mort, il ne reste que les regrets, les larmes, les questions.
Tout est devenu vide de sens.
Et s’ils avaient été trompés. Si ce Jésus n’avait été qu’un imposteur ?
Souvenez-vous de la déception des pèlerins d’Emmaüs…

En tout cas Jésus n’est plus parmi eux. Sa dépouille est prisonnière.
C’est une réalité : Jésus est mort et enseveli.
Et vendredi à trois heures tout était fini.
L’Espérance morte avec celui qui l’avait fait naître.

Après avoir arraché à Pilate le permis d’inhumer, la mise au tombeau a été faite à la hâte, sans cortège ni pleureuses.

Dieu les auraient-ils abandonnés, comme il semble avoir abandonné Jésus ?

Poussée par son amour pour Jésus, Marie-Madeleine veut aller lui rendre un ultime hommage, aussitôt le repos légal achevé.

Et là, c’est un nouveau choc. Devant le tombeau ouvert, le linceul affaissé.

Pierre et Jean, qu’elle appelle en hâte, doivent chercher le voleur et surtout où l’on a mis le corps ! Réveillés de leur torpeur, ils courent. Le plus jeune, Jean, arrive le premier, mais il attend Pierre avant de pénétrer dans le tombeau. Une manière de bien reconnaître qu’il est le chef des apôtres.

Jean et Marie-Madeleine, si proches de Jésus, auraient-ils perçu les premiers, dans la foi, la Présence à travers l’absence ? Leurs yeux se sont ouverts, les yeux de leur cœur spirituel.

Jésus est vivant… Christ est ressuscité comme il l’avait promis.
Avec lui, la mort est morte… vaincue, écartelée sur le bois de la Croix.

Il ne s’agit pas pour le Christ d’un retour à la vie antérieure, mais bien de l’entrée dans la gloire de la Vie Divine.

Alors et nous, comment vivons-nous cet événement unique dans l’histoire de l’humanité ? De l’extérieur ? Comme des spectateurs ? De façon rituelle, comme nous le faisons chaque année ?

Vivons-nous l’année liturgique comme lorsque nous sommes dans le bus ou le métro, passant de station en station, plus ou moins somnolents ? Ou encore selon cette horrible expression employée dans le passé : « Nous faisons nos Pâques. »

Avec sa mort le Christ provoque, avec notre complicité, la mort de notre haine, de notre égoïsme, de nos lâchetés, de nos jalousies mesquines, de notre vanité.

Par sa Résurrection le Christ ressuscite ce qui est mort en nous. Il nous sort de notre léthargie. Il fait que nos yeux voient, que nos oreilles entendent.

Il vient ressusciter le don qui nous est fait d’aimer comme lui aime, de pardonner comme lui pardonne.

Ce soir, nous devons nous interroger dans la lumière pénétrante du regard du Christ : sommes-nous complices de la mort ou de la vie ?

Comme chacun de mes confrères évêques, je reçois des lettres pour exprimer un désaccord sur telle ou telle prise de position, sur telle ou telle décision. Je trouve cela normal, et cela peut même nous être utile. Mais alors, que de haine exprimée au nom de Jésus-Christ. Je suis parfois effaré que l’on puisse distiller autant de venin à l’égard du pape, des évêques, de l’Église en se réclamant de Jésus-Christ. Car cette haine ne vient pas d’étrangers à l’Église mais bien d’hommes et de femmes qui prétendent en être de fidèles membres.

Pour eux pas de trêves, même pendant la Semaine sainte. Ce matin encore j’ai reçu une lettre remplie d’un vomissement d’injures. Tels des oiseaux de malheur, dans un tournoiement incessant autour de leur proie, il leur arrive d’incarner eux-mêmes la mort. Avec pugnacité ils tissent le filet avec lequel ils emprisonnent les autres. Celui ou celle qu’ils enferment comme dans un cercueil. Ce qui me révolte ce ne sont pas les insultes, le Christ lui-même nous avait prévenu : « Heureux êtes-vous si on vous insulte à cause de moi. » De plus Dieu m’a donné une peau assez dure pour que les insultes glissent. Ce qui me révolte c’est que la langue fourchue de ces personnes crache du venin en disant qu’elles le font au nom de Dieu. Elles jugent, condamnent avec la volonté d’imposer leur façon de penser et de voir.

Oui, complices de la mort nous le sommes nous-mêmes parfois, avec pour armes le mépris, la vanité, la jalousie, l’indifférence, la volonté de nuire. En cela nous laissons la mort habiter en nous, nous en devenons l’instrument qui tue les autres et nous détruit nous-mêmes.

Complices de la mort nous le sommes quand nous ne savons pas pardonner, lorsque nous refusons de donner à l’autre une nouvelle chance de changer sa vie et de devenir autre.

Malgré cela, notre vocation de chrétiens, vivants de la résurrection du Christ, fait de nous des complices de la vie !

Complices de la vie nous le sommes quand nous aimons comme le Christ aime, quand nous pardonnons comme le Christ pardonne, quand nous donnons comme le Christ donne, quand notre regard devient le regard du Christ, quand nos mains deviennent les mains du Christ, quand notre cœur devient le cœur du Christ.

C’est ainsi que nous pouvons participer dès aujourd’hui à la Résurrection.

Ce soir le Christ ressuscite ce qui pourrait être mort dans nos communautés, notre capacité de mobilisation à témoigner de l’Évangile. Ce que nous avons reçu de lui, nous devons le donner à notre tour.

L’Église n’est pas une grande surface où nous allons avec notre caddie pour choisir sur les rayons les produits qui nous conviennent.
Elle serait plutôt ce que l’on appelle une salle hors sacs, c’est à dire un lieu où tous partagent ce que chacun a apporté, ce qu’il a reçu de quelqu’un de plus grand que lui et qui le dépasse.

Ce n’est plus chacun pour soi, mais chacun pour tous et tous pour chacun !

Alors qu’en sera-t-il de cet entre-deux Pâques ?

Que se passera-t-il entre Pâques 2014 et Pâques 2015 ?

Serons-nous des communautés moribondes, stériles, mourantes, en réanimation artificielle ? Ou des communautés animées de l’Esprit du Christ vivant parmi nous pour toujours ? Seront-elles appelantes ? Donneront-elles naissance à des vocations sacerdotales ?

C’est cela même que ceux et celles qui font cette nuit leur entrée officielle comme membre du peuple de Dieu en recevant le baptême attendent de nous. Ne les décevons pas.

Les chrétiens ne sont pas une assemblée de parfaits, mais un peuple de pécheurs appelé à la sainteté. C’est à cela que nous invite le Christ ressuscité, vivant pour toujours.
L’Église, notre Église, notre mère, est faible et fragile dans son humanité, et belle, grande, forte de l’Esprit qui l’anime.

L’Église est le peuple de ceux et celles qui sont habités de l’Espérance de ressusciter un jour, de vivre éternellement en Dieu et de retrouver toutes celles et tous ceux qu’ils ont aimés et aiment encore.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 3 commentaires

  1. Grimaldi Marie José

    Tellement émouvant !

  2. Michel Barlow

    Bravo, mon cher Jean-Michel ! (une amitié de 50 ans permet ces familiarités!) C’était une magnifique prédication “sur le fond” : elle donne non seulement à penser mais à prier! Elle est aussi magnifique “sur la forme” : il faut pardonner cette “annotation en rouge en haut de la copie” au prof de lettres à la retraite et cet éloge confraternel d’un prédicateur laïc dans sa paroisse protestante!
    amicalement et fidèlement
    Michel

  3. Bernard Siegel

    Merci Monseigneur pour cette belle homélie !
    Bienvenue aux nouveaux baptisés !
    Qu’ils soient bien accueillis dans leur communauté paroissiale.

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