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Suite à l’interview de Mgr Eric de Moulins-Beaufort, à l’issue de la remise du rapport de la CIASE le 5 octobre dernier, le sujet du secret de la confession a été remis sur le devant de la scène. C’est aussi l’occasion de se pencher sur ce sacrement, pilier de la foi catholique, et des textes de loi qui l’encadrent.

Déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort

Il a déclaré le 12 octobre 2021 : « Je demande pardon aux personnes victimes et à tous ceux qui ont pu être peinés ou choqués par le fait que le débat suscité par mes propos, sur France Info, au sujet de la confession, ait pris le pas sur l’accueil du contenu du rapport de la CIASE et sur la prise en considération des personnes victimes. »

L’interview de Mgr Eric de Moulins-Beaufort dans son intégralité

Interviewé sur la confession à l’issue de la remise du rapport de la CIASE, Mgr Eric de Moulins-Beaufort s’est exprimé au sujet du secret de la confession et aurait créé une polémique en déclarant « « Le secret de la confession s’impose à nous et en cela, il est plus fort que les lois de la République ». France info elle-même a fini par replacer la phrase dans son contexte !

Mgr Xavier Malle réagit à ce sujet :  » C’est donc le journaliste qui prononce la phrase « le secret de la confession est plus fort que les lois de la République ». Il a trouvé ainsi sa petite phrase qui va faire le buzz. La technique de la petite phrase hors de son contexte pour monter une polémique n’est pas digne. Encore moins actuellement ; ce n’est pas le temps de la polémique, c’est le temps de l’accueil de ce rapport puis va s’ouvrir le temps de la réflexion.

Il est également regrettable que des hommes politiques se soient emparés de la polémique. Si on le comprend en raison de la prégnance de la loi islamique dans certains quartiers, il n’est pas très réaliste de dire que les lois de la République Française sont au-dessus de tout. Il me semblait que le procès de Nuremberg marquait « la fin de l’irresponsabilité pénale des chefs d’État, tout comme celle de subordonnés obéissant à des ordres, donnant une force juriprudentielle à la désobéissance« . Le droit à l’objection de conscience est l’honneur des démocraties.

L’origine de cette polémique qui n’a pas lieu d’être est un raccourci entre la pratique du secret concernant les abus, dans l’Eglise et ailleurs, qui n’est pas acceptable, et le secret professionnel de la confession. »

Communiqué de MGR Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France

Le Président de la Conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, a reçu du ministre de l’intérieur, M. Gérald Darmanin, ce jour à 13h15, un message par lequel M. le Ministre exprime le souhait de « convenir d’un entretien ».

Mgr Éric de Moulins-Beaufort a fait savoir, par son secrétariat, à 14h45, qu’il acceptait cette invitation. Il rencontrera ainsi M. Gérald Darmanin le mardi 12 octobre à 14h.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort sera heureux d’échanger avec M. le Ministre de l’Intérieur sur le sens du sacrement de la confession pour les catholiques et sur les fondements théologiques, spirituels et canoniques du secret de la confession. Ce sera pour lui l’occasion de rappeler qu’aujourd’hui, le secret de la confession, imposé aux prêtres par le droit canonique, n’est pas contraire au droit pénal français, comme le souligne la circulaire de la chancellerie du 11 août 2004.

La confession est aussi un moment durant lequel une personne victime, par exemple un enfant, peut évoquer ce qu’elle a subi, et être rassurée sur son innocence… parce que la certitude du secret lui permet de livrer ce qui lui est le plus difficile. Ce temps peut être alors, sur les encouragements du prêtre qui reçoit cette confession, une première étape dans la libération de la parole, en dehors du sacrement.

Le secret de la confession a toujours été respecté par la République française. C’est l’honneur de la République française que de respecter ainsi la dignité de la conscience de chacun.

Ce que dit le droit civil

Aux yeux de la loi, le prêtre est-il tenu au secret de la confession lors d’aveux de violences sexuelles ?

Selon l’article du journal Le Monde « Ce que dit la loi sur la dénonciation de violences sexuelles et le secret de la confession »,( 8 octobre 2021), si la loi sanctionne la non-dénonciation de certains crimes et délits envers des personnes vulnérables ( l’article 434-3 du code pénal ), il y a néanmoins des exceptions dont les prêtres font partie. Toujours selon la loi ( l’article 226-13 du code pénal), ces derniers peuvent même être punis pour ne pas avoir respecté le secret qui leur a été confié.
Cependant, il est important de préciser que la loi protège les prêtres qui dénonceraient des violences.

En résumé donc, un prêtre qui, au cours d’un sacrement de la confession, serait mis au courant d’abus sur une personne vulnérable, n’aurait pas d’obligation légale de dénoncer cette personnes…mais serait quand même protégée si elle souhaitait le faire. Cette disposition n’est envisageable uniquement dans le cadre de la confession.

Ce que dit le droit canonique

Le passé multiséculaire du droit de l’Église est très clair sur le sujet quelque soit les régimes politiques en place. L’Eglise catholique n’a jamais toléré que la confession, d’institution divine, pût être l’occasion de dévoiler tout propos confié à Dieu par le pénitent via le prêtre lors d’une confession sacramentelle. Cet interdit est toujours aussi absolu aujourd’hui, sous peine d’excommunication ipso facto du prêtre fautif en cas de violation directe de ce secret au nom de la protection que l’on doit de la conscience des fidèles du Christ.

Une note approuvée par le pape François (« Le Souverain Pontife François, en date du 21 juin 2019, a approuvé la présente Note, et en a ordonné la publication. ») et publiée par le Vatican à la mi-2019 a réaffirmé le secret absolu de tout ce qui est dit en confession et a appelé les prêtres à le défendre à tout prix. « Toute action politique ou initiative législative visant à «forcer» l’inviolabilité du sceau sacramentel serait une atteinte inacceptable à la libertas Ecclesiæ, qui ne reçoit pas sa légitimité des Etats, mais de Dieu; ce serait également une violation de la liberté religieuse, qui fonde juridiquement toute autre liberté, y compris la liberté de conscience des citoyens, qu’ils soient pénitents ou confesseurs. Violer le sceau sacramentel reviendrait à porter atteinte au pauvre qu’est le pécheur. »

Comment concilier l’obligation de signalement des abus sur mineurs de moins de 15 ans avec le secret professionnel des ministres du culte

Un article de Bernard Xibaut, chancelier du diocèse de Strasbourg, en mai 2019, reprend la question d’une manière claire. A lire ci-dessous.

Un sacrement à redécouvrir

« Le soir de Pâques, le Seigneur Jésus se montra à ses apôtres et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Jean 20, 22‑23

La confession est le sacrement de pénitence et de réconciliation; le pénitent « confesse » ses péchés au prêtre, représentant de Dieu, pour recevoir l’absolution. Il fait partie des 7 sacrements qui rythme notre vie de catholique.

Témoignage de Laurianne « Une confession en vérité m’a libérée de mon fardeau. »

Laurianne nous parle de sa difficulté à aller recevoir le sacrement du pardon et de confier ses péchés en vérité. Quelle joie, quelle libération une fois son péché remis entre les mains du père miséricordieux.

Un point important, l’articulation Miséricorde et justice

Voici une parole forte du pape Benoît XVI alors qu’il rentrait d’un pèlerinage à Fatima en mai 2010 : « Les attaques contre le Pape et contre l’Église ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais les souffrances de l’Église viennent proprement de l’intérieur de l’Église, du péché qui existe dans l’Église. Ceci s’est toujours su, mais aujourd’hui nous le voyons de façon réellement terrifiante : que la plus grande persécution de l’Église ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais naît du péché de l’Église et que donc l’Église a un besoin profond de ré-apprendre la pénitence, d’accepter la purification, d’apprendre d’une part le pardon, mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice. »

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