Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2021

« Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance » (Jean 15,1-17)

La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2021 a été préparée par la Communauté monastique de Grandchamp dans le canton de Neuchâtel. Là, les sœurs de différents pays et de différentes Églises suivent la règle de Taizé dont le cœur est la réconciliation.

Le thème choisi, « Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance », exprime la vocation de prière, de réconciliation et d’unité dans l’Église et la famille humaine de cette communauté religieuse. Il fait aussi entrer tout chrétien dans son véritable lieu de vie, dans sa mission : accueillir, aider l’Autre, pratiquer l’hospitalité…

En demeurant en Christ, les fruits de la solidarité et du témoignage grandissent. Tout un programme pour cette semaine de prière pour l’unité !

En raison des incertitudes liées à l’évolution du Covid-19 , il ne sera pas proposé dans le secteur pastoral du Gapençais de vivre ensemble un temps de célébration au cours de la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens du 18 au 25 janvier. Aussi, le Comité des Églises chrétiennes des Hautes-Alpes vous invite pour chaque jour de la semaine à une prière œcuménique « de maison ».

Le feuillet « Réflexions bibliques et prières » reprend et commente à partir du chapitre 15, 1-47 de l’Évangile de saint Jean les versets choisis par la communauté Monastique de Grandchamp.

“Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance” exprime la vocation de prière, de réconciliation et d’unité dans l’Église. Ce thème fait aussi entrer tout chrétien dans son véritable lieu de vie, dans sa mission : accueillir, aider l’Autre, pratiquer l’hospitalité… En demeurant en Christ, les fruits de la solidarité et du témoignage grandissent.

Bon cheminement de prière ! À noter :  dans le secteur de Briançon, un temps de prière œcuménique aura lieu le dimanche 24 Janvier à 16h dans l’Église Sainte-Catherine de Briançon .

André Vallet, diacre permanent et responsable diocésain du dialogue œcuménique

Méditation proposée par le Pasteur Arnaud Van Den Wiele

Nous le remercions bien chaleureusement pour ce partage.

Méditation sur l’évangile selon Jean (15,1-17)

On dit que le français est une langue riche et complexe. Pourtant, quelle pauvreté pour décrire l’amour. Paradoxe s’il en est quand Paris passe pour la capitale de l’amour et du glamour et la France pour un pays romantique.

Cependant, combien d’exemples dans l’histoire et l’actualité nous démontre le contraire : les Français sont pessimistes,  râleurs, insatisfaits et toujours au bord de la crise. À croire même que l’ombre de la révolution – « ça va péter ! » – rassure et permet de se bercer d’illusions en subissant la fatalité.

Et les religions ne sont pas en reste. Dans un climat de méfiance et de défiance généralisée envers les institutions, faire communauté, faire unité et faire Église sont devenus des gageures.

Alors, comment entendre ce verset 12 du chapitre 15 de l’évangile salon Jean que je traduis ici du grec : « Ceci est mon instruction : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Aimer. Difficile d’en faire une instruction, un commandement. Comment peut-on demander à quelqu’un : « aime-moi ». Et comment peut-on, plus encore, demander à des personnes : « aimez-vous ». L’amour ne se décrète pas. L’amour ne se commande pas.

À moins que ce ne soit le français, langue si pauvre pour définir l’amour, qui nous rende ce passage difficile à comprendre. En effet, le français ne connaît que le mot amour quand le grec connaît éros, philia et agapè. C’est ce dernier, agapè, qui est utilisé dans notre passage biblique. Un terme qui détone par rapport à éros, empreint de désir et de passion. Agapè dénote aussi par rapport à philia qui désigne l’affection des liens d’amitié et des liens familiaux.

L’amour dont il est question ici – agapè –  transcende les deux autres acceptions par une éthique de l’action. Par exemple, c’est en mangeant ensemble que se noue l’agapè, mêlée de différences et de différends : les agapes, repas fraternels où s’élaborent des relations inattendues et sincères.

S’aimer les uns les autres, ainsi, ne relève pas d’une affection amoureuse ni même amicale car Dieu ne nous donne pas de choisir de qui je suis le frère ou la sœur. S’aimer les uns les autres relève d’une connivence, d’une complicité à mettre en œuvre ensemble l’Évangile dans nos vies de tous les jours. Comme je collabore au travail avec des collègues. L’amour visé par le texte biblique et ici le fruit de se retrouver disciple avec d’autres dans nos différences et nos différends.

Je peux ne pas aimer ce que l’autre est, ce que l’autre fait ; je peux détester ce qu’il pense et d’où il vient , je peux n’éprouver aucune sympathie pour lui et même le maudire pour mille raisons, je ne peux néanmoins lui contester la capacité à agir selon la volonté de Dieu et d’être un acteur de l’Evangile, un frère ou une sœur du Christ au même titre que je le suis à ses yeux.

L’agapè n’a pas la puissance du désir de l’éros. L’agapè n’a pas là solidité de l’amitié de la philia. L’agapè est un apprentissage de tous les jours, car il n’est pas intuitif comme la passion. L’agapè ne se construit pas comme l’amitié. L’agapè est un amour qui s’apprend en faisant ensemble. Un amour à basse tension ou ce qui me relie à l’autre n’est pas quelque chose de commun que l’on partage (opinion, religion, passion, affection, …) mais quelque chose d’étrange et d’étranger, hors du commun. Ce quelque chose qui fait que même si tout nous sépare entre l’autre et moi, il y aura encore quelque chose d’irréductible.

L’agapè, vous l’expérimentez quand vous rencontrez des Français à l’étranger. Même si les personnes rencontrées ne deviendront pas des amis, en ces circonstances, vous aurez de la joie à partager la langue, un repas, une connivence et à vous échanger vos adresses. Cette complicité n’est pas le fruit du hasard. Elle repose au contraire sur une culture commune qui unit au-delà de tous ce qui divise et distingue.

Le christianisme a longtemps oublié l’agapè car il n’en avait plus besoin. Être chrétien était devenu une évidence qui s’imposait à tous. Pourquoi chercher alors à cultiver la connivence fraternelle dans un tel contexte où elle n’était plus utile ?

L’agapè prend sa source dans le régime d’exception. L’agapè unit quand on est la minorité, quand on se sent isolé et vulnérable, comme les chrétiens des premiers temps. Si le christianisme primitif insiste tant sur ce commandement d’amour mutuel, c’est parce que sans lui, l’Église primitive, disséminée et persécutée n’aurait pas été viable. En se reconnaissant disciples de Jésus-Christ, esclaves et maîtres, prisonniers et hommes libres, hommes et femmes, notables et gens de la plèbe, romains ou barbares, les premiers chrétiens transcendèrent leurs différences – parfois immenses –  par l’agapè, cette complicité fraternelle, cette connivence singulière qui s’illustre en actes autour du pain et de la parole partagés. 

Les Actes des apôtres mettent en scène la fraternité en action en de multiples tableaux. Plus que jamais, l’agapè est une notion fondamentale qu’il est urgent de redécouvrir. La semaine de prière pour l’unité des chrétiens est un leurre si elle nous donne à penser que l’amour fraternel peut se contenter d’une célébration – sympathique au demeurant – pour faire illusion.

Au contraire, c’est dans nos différences et nos différends que peut seul s’exprimer l’agapè. Sinon nous cédons à l’éros de la fusion ou à la philia de l’union. L’enjeu n’est pas de conquérir le frère ou la sœur, mais de témoigner ensemble, dans l’unité, d’une parole qui dénonce les idoles du monde. C’est là l’éthique de l’action qu’il convient de mettre en œuvre dès à présent, chacun à notre échelle sans tout attendre de nos institutions respectives.

Car ce qu’institue le Christ, c’est ce commandement qui fait de toi et de moi les complices de l’Évangile, chacun selon ses charismes et son histoire. Alors, apprenons l’agapè qui fera de nous, ni des amis, ni des conjoints mais les complices de l’Évangile en action.

pasteur Arnaud VAN DEN WIELE

La publication a un commentaire

  1. BACH

    Je souhaite un jour être autorisée à communier au sein de l église catholique. Je prie pour cela.
    Je souhaite que mes amis Catholiques divorcés puissent comme dans ma culture religieuse, se remarier religieusement.
    L oecuménisme est un idéal difficile à atteindre . J ai 62 ans et j ai toujours participé aux messes de ma ville. Merci aux Catholiques de m avoir fait rencontrée Marie. Merci aux protestants de m avoir donné l esprit critique et le sens de l’analyse, Merci aux musulmans intègres en Dieu de m avoir renforcée dans l’ acceuil de l’autre, dans leur acceptation des handicaps. Merci aux orthodoxes de garder leur mystère. Et enfin Merci Arnaud et l église Catholique des Hautes Alpes.

Laisser un commentaire