Serviteur bon et fidèle, Jubilé de Dassa et journée mondiale des pauvres

Messe au Laus pour le Jubilé du diocèse de Dassa, la Journée Mondiale des Pauvres et la journée du Secours Catholique

« Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de choses, je t’en confierai beaucoup, entre dans la joie de ton Seigneur. » S’il y a une phrase que nous espérons entendre quand nous arriverons devant Dieu, c’est bien celle-ci ! C’est la récompense des serviteurs qui ont réussi à faire fructifier les talents. 

D’abord notons que tous ne reçoivent pas le même nombre de talents, pièce de monnaie, devenu synonyme de capacités reçues.  Chacun reçoit selon ses capacités c’est à dire ce dont il a besoin. C’est la justice divine et l’une des maximes de la doctrine sociale de l’Église. Par exemple le juste salaire est celui qui permet de vivre. Mais on en est loin dans le monde. Aujourd’hui, c’est la journée mondiale des pauvres, et la journée nationale du Secours Catholique.

Le Secours Catholique a publié cette semaine son rapport annuel, montrant combien la pandémie aggrave la pauvreté. La France franchira la barre des 10 millions de pauvres en 2020. 10 Millions ! Et savez-vous combien de personnes dans le monde ne mangent pas à leur faim ; c’est à dire le matin ne savent pas s’ils vont réussir à manger dans la journée ? Jacques Dutronc chantait : « Neuf cent millions de crève-la-faim – Et moi, et moi, et moi – Avec mon régime végétarien – Et tout le whisky que je m’envoie – J’y pense et puis j’oublie – C’est la vie, c’est la vie ».

690 millions de personnes ont souffert de la faim en 2019 d’après un rapport de l’ONU, soit une augmentation de 10 millions par rapport à 2018 et la pandémie aggrave la faim en 2020. Frères et sœurs, quelque chose ne tourne pas rond sur notre terre. Encore une fois le pape François a été prophétique, en instituant cette journée mondiale des pauvres, et cette année en nous offrant son encyclique Fratelli Tutti, nouveau texte fort pour la doctrine sociale de l’Église.

Nous célébrons cette eucharistie en union spirituelle avec un diocèse du Bénin, le diocèse de Dassa-Zoumé, l’un des plus pauvres du pays. Il fête les 100 ans de l’évangélisation et les 25 ans de l’érection canonique du diocèse, ainsi que les 5 année d’épiscopat de Mgr François-Xavier Gnonhossou. Si j’ai proposé ce jumelage, encore en gestation, d’autant que la pandémie nous interdit tout voyage, c’est pour plusieurs raisons pastorales nous concernant : Nous ouvrir les yeux et le cœur sur une autre réalité ecclésiale, pour nous sortir de nos petits conflits français. Nous ouvrir les yeux sur un pays à la fois plus pauvre que nous et largement, mais une église dynamique et joyeuse.

En réalité, une communauté religieuse n’est jamais morte de pauvreté. La sobriété de vie à laquelle nous invite la crise mondiale actuelle est sans doute un signe des temps, un appel de Dieu, pour chacun d’entre nous et pour notre diocèse. Lors du voyage découverte que j’ai pu effectuer à Dassa en janvier dernier avec 4 autres hauts-alpins, j’ai pris conscience combien l’Église africaine est importante aussi économiquement. Ainsi, le diocèse a construit deux grandes fermes écoles, avec arbres fruitiers, potager, pisciculture, poulets, ainsi qu’une usine de jus de fruits pour transformer et commercialiser le produit de ses fermes. (Parenthèse : Ici aussi au Laus le rôle économique de l’hôtellerie est importante pour le département. Notre projet de travaux « Le Laus 2025 » vise à pérenniser son activité économique alors que le nombre de chrétiens diminue en Europe et qu’une crise économique majeure est en cours.)

Chacun d’entre nous a reçu des talents. Comprenons avec cette parabole, que c’est pour les faire fructifier, pas pour soi. Pas pour rendre ric-rac ce qui nous a été donné, se penser quitte. Dieu attends plus de nous. St Césaire d’Arles, commentait ainsi ce passage : « Ah si au jour de ma mort, je pouvais être trouvé tel que je suis sorti du sacrement de baptême ! C’est une bonne chose, oui, qu’un homme au jour du jugement soit purifié de tous ses maux, mais c’est un mal grave s’il n’a pas progressé dans les bonnes actions… Celui qui a eu une longue vie, et le temps de faire le bien, il ne suffit pas qu’il se soit abstenu de mal faire, s’il s’est également  abstenu de bien faire. » 

Comment profiter du temps qui nous est donné ? Même aujourd’hui dans cette pandémie, alors que vous êtes chez vous et ne pouvez pas vous déplacer dans votre église pour la Messe ? Notre charité, notre foi, notre espérance ne doivent pas être confinés ! On a un peu vécu ce que Saint Paul, dans notre seconde lecture, décrit à propos de la fin des temps et du retour glorieux du Christ, même si ici ce n’est pas encore la Parousie, mais plutôt un avertissement. Je complète st Paul : « Quelle paix ! quelle tranquillité !, c’est alors que, tout à coup, la catastrophe du covid s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. » Mais ajoute saint Paul, « vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur… Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres. »

Soyons vigilants dans la prière et restons sobres dans nos actions. Voilà deux conseils qui ont 2000 ans et qui nous vont bien en 2020. Car certes frères et sœurs, nous pouvons penser être mieux préparé à ce second confinement, même techniquement, comme ici au Laus avec une nouvelle régie vidéo offerte par nos donateurs, mais en réalité, c’est toujours aussi dur à vivre. Surtout cette incertitude, pour notre santé et celle de nos proches, pour nos métiers, pour nos loisirs, pour nos projets pastoraux. Soyons ancrés et vigilants dans la prière et restons sobres dans nos actions. Remettons notre futur au Père. Il appartient à Dieu. Et soyons ce jour un bon et fidèle serviteur. Nous connaissons un peu à l’occasion de cette pandémie ce que vivent millions de crèves la faim dans le monde, vivre au jour le jour, sans savoir de quoi sera fait demain. Mais surtout, apprenons des pays les plus pauvres la louange du Seigneur pour ce qu’il nous donne chaque jour. Avez-vous remarqué que dans le Notre-Père nous répétons deux fois la même chose : donnes-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Lors de notre voyage découverte au Bénin, un soir nous avons célébré la messe dans une église en construction. Après la communion, je demande au père curé, si je peux garder un temps d’action de grâce en silence. Il me réponds : faites la prière après la communion, nous ferons l’action de grâce après. J’ai compris ce qu’est une action de grâce béninoise : la foule s’est mise à chanter une louange à réveiller les morts pendant un bon ¼ d’heure, dansant partout dans l’Eglise. Quelle leçon chrétienne pour nous ! Alors frères et soeurs, même si ce n’est pas dans notre culture de danser dans nos églises, nous pouvons remercier Dieu ! Merci Seigneur, car tu m’as permis d’arriver jusqu’au 15 novembre 2020, année mémorable de la grande pandémie. Merci Seigneur pour la famille que tu m’as donnée, même si ce n’est pas facile tous les jours, merci Seigneur pour ce jour. Ne nous laissons pas voler la joie de la louange !

Thérèse de Lisieux a écrit un merveilleux poème : « Rien que pour aujourd’hui »

1. Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère

Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit

Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre

Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…

2. Oh ! je t’aime, Jésus ! vers toi mon âme aspire

Pour un jour seulement reste mon doux appui.

Viens régner dans mon coeur, donne-moi ton sourire

Rien que pour aujourd’hui !

3. Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ?

Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !…

Conserve mon coeur pur, couvre-moi de ton ombre

Rien que pour aujourd’hui.

Amen !