Mgr Xavier Malle, évêque de Gap et Embrun, a présidé le pèlerinage à la chapelle Saint-Jacques de Chanteloube le 25 juillet 2020.

Retrouvez les textes du jour dans la traduction liturgique.

Écoutez l’homélie de Mgr Xavier Malle

20200725 Fete St Jacques CHANTELOUBE

La mère de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, s’approcha de Jésus. Nos frères juifs aiment bien avoir des petites blagues à propos des mères juives, possessives. Je dis cela parce qu’en saint Matthieu, c’est la mère qui pose la question : “Ordonne que mes deux fils siègent l’un à ta droite, l’autre à ta gauche dans ton Royaume”, alors qu’en saint Marc, c’est amusant, c’est directement dans la bouche des deux apôtres.

Ne soyez pas troublés quand il y a des différences entre les évangélistes. C’est au contraire une preuve historique de véracité, car avant que cela ne soit écrit, c’est de la transmission orale, évidemment.

Alors, quelle que soit la réalité, la maman juive ou les enfants eux-mêmes, ils avaient une ambition : au Ciel, ils voulaient être assis à la droite et à la gauche de Jésus. Le père Pierre Fournier, dans son livre Sur les pas de l’apôtre saint Jacques : en chemin vers Compostelle, dit qu’il y a finalement deux ambitions.

  • Une bonne ambition : l’ambition d’être saint par exemple, d’être un bon époux, une bonne épouse, de bons parents, de bons professionnels… Une juste ambition n’est pas centrée sur elle-même, mais sur l’autre.
  • La mauvaise ambition, centrée sur soi. Est-ce que je peux prendre la place d’honneur ? C’est une ambition dominatrice, pour dominer les autres.

C’est qu’ils sont natures, nos apôtres Jacques et Jean ! Jésus venait juste de leur annoncer la Passion et de commencer la montée vers Jérusalem. Ils avaient beau avoir passé trois ans avec lui, ils n’avaient pas encore compris comment cela allait se terminer : la Passion et la Résurrection. Ils demandent un privilège, ou une récompense pour leur fidélité : j’ai le droit, moi, je suis un bon chrétien. Moi j’ai tout fait mon Père, la communion, tout… Moi, j’ai tout fait. On voit bien que cette ambition-là n’est pas ajustée.

Alors Jésus, en bon éducateur, fait déplacer les lignes. D’abord il leur pose une question : vous ne vous rendez pas compte de ce que vous me demandez. “Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?” Avec cette expression-là, il fait monter un autre désir. Dans la liturgie juive, la coupe est déjà quelque chose d’important. Ils ont l’intuition, et la fougue des apôtres. Ils répondent donc : “Nous le pouvons”. C’est comme les réponses de saint Pierre, toujours pleines de fougue.

Jésus répond alors : “Ma coupe, vous la boirez.” Et là, c’était l’annonce du martyre. Il leur annonce leur martyre. “Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi, cela dépend de mon Père, c’est lui qui décidera.” Et il continue à les faire se déplacer.

Les chefs des nations commandent en maîtres, les grands font sentir leur pouvoir. Peut-être avez-vous malheureusement subi cela. Tout autorité peut être déviante. Faire sentir son pouvoir : tentation et ambition de domination. Il leur dit : “Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous devra être votre serviteur. Celui qui voudra être parmi vous le premier sera votre esclave.” Et il donne son propre exemple : “Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. Donner sa vie en rançon pour la multitude.”

Pour nous chrétiens, pour la communauté chrétienne, c’est vraiment la base. C’est le service entre nous. Ce n’est pas le pouvoir. Tous les coups de communication, tous les débats médiatiques, autour d’un sacerdoce féminin, c’est biaisé, car c’est le pouvoir qui est visé. Or, ce n’est pas cela, le sacerdoce c’est un service. On ne choisit pas, on ne se porte pas candidat, c’est un service qu’on reçoit. On n’est pas venu pour être servi mais pour servir.

C’est vrai aussi dans les petites choses, comme la vaisselle. Retenons vraiment cette parole entre nous. Si on gardait vraiment cette parole, les petits conflits en famille, dans les couples, dans les paroisses, dans les diocèses… cela apaiserait bien des choses !

Saint Paul montre aux Corinthiens que les apôtres étaient quand même très conscients de ce qu’ils recevaient : “Nous portons un trésor dans des vases d’argile”. Et quelle belle phrase !

On est bien d’accord : nous ne sommes pas prêts à être portés sur les autels, nous sommes fragiles. Saint Paul en tire une conséquence : on voit bien alors que la puissance extraordinaire appartient à Dieu, que ce n’est pas nous qui faisons. C’est Dieu qui agit par nous, il s’agit de laisser faire Dieu par nous, de laisser Dieu servir en nous.

Les douze apôtres ont tous été martyrs. Et il y a encore des martyrs aujourd’hui. En Afrique, au Moyen Orient… Jésus ne nous a pas promis une assurance tout-risque. Il ne nous a pas dit que ce serait le bonheur et la félicité tous les jours. “Nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés. Nous sommes déconcertés, mais non pas désemparés. Nous sommes pourchassés mais non pas abandonnés, terrassés mais non pas anéantis.” Retenons cela quand les choses sont trop dures pour nous ! Il peut y avoir des moments désespérants dans nos vies.

Saint Paul va encore plus loin : “Nous portons dans notre corps la mort de Jésus, mais aussi la Résurrection.” Nos vies ne sont pas toujours faciles, notre vie en Église n’est pas toujours facile non plus. Nous pouvons aussi avoir l’impression que le Royaume de Dieu n’avance pas. Mais ce qu’on ressent là, les premiers apôtres le ressentaient.

Saint Jacques et saint Jean, quand ils demandaient les premières places, pouvaient-ils imaginer qu’ils évangéliseraient tout le bassin méditerranéen ? Et même plus loin : saint Thomas est allé jusqu’en Inde. Et pourquoi cela s’est fait ? Justement à cause des persécutions. Ils ont dû quitter Jérusalem. Et en s’égayant, ils sont allés dans le monde entier.

Encore récemment : quand toutes les congrégations religieuses ont été expulsées de France au XIXe siècle, par les lois dites de laïcité. Ces congrégations ont essaimé partout dans le monde. D’une persécution, qui en tant que telle ne peut pas être un bien, le Seigneur en a tiré un bien. D’un mal il peut faire un bien. Gardons vraiment tout cela dans notre cœur. Tout est dans la main de Dieu.

Amen.