Témoignages sur le chanoine André Gonfard

Photos de la messe célébrée pour le chanoine André Gonfard en la cathédrale de Gap ce vendredi 17 août 2012, et témoignages de Bernard Herbet, de l’Amicale des Anciens du Petit Séminaire de Charance, du Père Guy Corpataux et d’Élisabeth Meyer, ancienne directrice diocésaine de l’Enseignement catholique.

Au cours de la célébration
L’assemblée, lors de la procession de sortie
A l’issue de la célébration
Devant une des photos du Père André Gonfard

 

Par Bernard Herbet

Le Père Gonfard a été au Petit Séminaire de Charance pendant des années (pendant 19 ans). Il a été professeur, dans l’équipe du Père Auguste Faure, de 1946 à 1954, puis supérieur de 1954 à 1965. Il a animé l’équipe des professeurs et la formation des élèves. Sa personnalité de vie quotidienne, de foi, d’idéal chrétien a marqué plusieurs générations d’élèves.

Le Père Gonfard, même si nous ne disions pas ce mot-là, était à nos yeux un “surdoué” : ses compétences se manifestaient dans l’enseignement, depuis les mathématiques et les sciences physiques jusqu’aux lettres en français et en anglais. Son adresse était remarquable dans les sports. Il aimait aussi transmettre sa façon de goûter les grands musiciens et le chant grégorien ou le chant à plusieurs voix.

Avec l’exigence qu’il avait d’abord envers lui-même, il était un éducateur à l’effort, à la persévérance dans les engagements, au goût de donner le meilleur de soi-même. Il nous appelait à l’humilité en nous rappelant la question de saint Paul : “Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?…” Son bonheur était de nous soutenir dans le discernement de notre progression, de notre cheminement de vocation personnelle vers la vie de prêtre ou de laïc partie prenante dans la vie du Peuple de Dieu. “Cherchez votre voie. Trouvez-la. En tout cas, soyez quelqu’un !”, conseillait-il avec passion.

À la chapelle pour les méditations du matin, il était un éducateur à la prière en prenant des situations concrètes. Par exemple : “Seigneur, fais que je sois comme ce buvard dans mon cahier : il s’imprègne de l’encre de mon stylo. De même, que mon cœur s’imprègne de ta Parole !” Le samedi après-midi, il nous ouvrait à la Parole de Dieu de la messe du dimanche : il nous présentait les richesses de la Bible, les lectures, et particulièrement la variété de la prière dans les Psaumes.

Le Petit Séminaire avait comme devise “Prière, travail, joie”. Le Père Gonfard a été pour nous un éducateur à la prière et à la valeur du silence, un éducateur au travail bien fait et réalisé jusqu’au bout, un éducateur à la joie par le jeu collectif, par le chant attentif à la qualité, par les découvertes comme lors de sorties en tel ou tel secteur de notre département.

Pendant les quatre années du Concile, le Père Gonfard nous a fait part des diverses questions abordées par les évêques à Rome. Cette formation aux orientations du Concile a été fondamentale pour les élèves de ces années-là. Son sens de l’Église s’est particulièrement manifesté en ces circonstances.

Seigneur, nous te rendons grâce pour tout l’apport éducatif que le Père Gonfard a fait rayonner en nous. Que maintenant, auprès de toi, sa prière d’éducateur se prolonge en intercession pour nous-mêmes et pour les jeunes d’aujourd’hui.

—————

Par Élisabeth Meyer

«  Et quand la mort lui a fait signe de labourer son dernier champ
Il creusa lui-même sa tombe en faisant vite en se cachant
Et s’y étendit sans rien dire pour ne pas déranger les gens. »

Ces quelques rimes de Georges Brassens pourraient assez bien résumer la discrétion avec laquelle le Père Gonfard nous a quittés. Discrétion et humilité ne sont pas synonymes de désintérêt ou d’absence, ce ne sont que l’expression d’une grande élégance. L’élégance de laisser et même de faire place à l’Autre.

Chacun a souligné les mérites d’André Gonfard : enseignant certes, pédagogue évidemment, mais jamais, au grand jamais, donneur de leçons. Il savait mettre à l’aise, en confiance, créer les conditions les plus favorables aux échanges d’idées ou aux confidences. Ses réponses étaient mesurées, justes, et suffisamment interpellantes  pour ouvrir la réflexion.

Cette personnalité mise au service de l’Enseignement Catholique a permis d’accompagner avec talent et succès quelques grandes mutations de notre Institution :

  • Le départ des congrégations religieuses et, de fait, la transmission aux laïques de la responsabilité des établissements.
  • La mise en place des organismes de gestion (OGEC).
  • L’accueil des jeunes enseignants et leur intégration avec l’indispensable adaptation aux nouveaux profils d’une génération en mutation, sans pour autant risquer de perdre ou de renoncer à notre Caractère Propre.
  • L’ouverture des Communautés éducatives et la place offerte aux parents d’élèves.
  • La mixité enfin. Mixité du public scolaire (les garçons ne pouvaient être scolarisés dans nos écoles avant les années 70) et la quasi-totale féminisation de la profession d’enseignant. Le Père Gonfard, lui qui avait enseigné puis dirigé le petit séminaire, lui habitué à manager des garçons et des hommes, a brillamment réussi à manager ces équipes de femmes. Quel beau défi et quelle sinécure !

Autant d’orientations nationales innovantes qui ont enrichi le dialogue et la création pédagogiques. Beaucoup ont fait école et sont désormais totalement intégrées à toutes les composantes de l’Éducation Nationale mais il ne fut pas toujours aisé de convaincre, de faire accepter, de faire appliquer.

Toutes ces mutation, le Père Gonfard a su y être attentif, les analyser avec l’esprit critique, novateur, constructif et scientifique que nous lui connaissions. Évitant les emballements, les effets de modes pédagogiques, les caprices ministériels, pour rester centrer sur le cœur de sa mission : l’éducation des enfants et des jeunes.

Chacune de ses participations aux réunions interdiocésaines a  laissé trace. Il n’était pas homme à se déplacer pour rien. Souvent mes collègues ont pris plaisir à me rappeler telle ou telle intervention qui avait marqué leur mémoire par sa perspicacité, sa pertinence, et puis homme de toutes les nourritures… il leur avait fait découvrir les tourtons !

Monsieur l’abbé, vous avez donné à chacun et chacune toute sa place ; les seules qui n’ont pas trouvé grâce à vos yeux et vous ont toujours insupporté ce sont les fautes d’orthographe.

—————

Par le Père Guy Corpataux

Je vous dois d’abord une anecdote qui me fait trembler un peu :

Durant une rencontre semblable à celle d’aujourd’hui pour les obsèques d’un confrère, je me trouvais dans le chœur à côté d’André Gonfard. Quelqu’un  évoquait quelques unes des qualités du défunt, et encore pas toutes. André me pousse du coude et me dit : « à mon enterrement, si tu y es, je veux RIEN… ! »

Je m’arrêterai donc simplement au temps de la « Popotte ». Tous les jours, nous étions rassemblés pour le repas de midi, grâce, il faut le dire, aux cordons-bleus qui préparaient la table et le menu ! C’était une fraternité joyeuse, faite pourtant de tant de différences. Il y avait ensuite la célèbre belotte quotidienne et chacun repartait à ses occupations. Il y avait de la chanson dans l’air bien souvent pour les fêtes ou les anniversaires. Le Père Prayer nous offrait  « le petit chalet » et André avait un air d’opéra, aussi minitieux que l’Exultet du Samedi Saint !

Ce fut auparavant Charance, le Petit Séminaire. Où André laissa une trace inoubliable. Son autorité n’y était jamais contestée : d’autant plus qu’ il l’exerçait en s’efforçant – sans toujours y parvenir – de cacher une sensibilité magnifique… !

Une grande page encore se tourne aujourd’hui de cette génération : celle des Verney (le fils et son papa), les Brochier, les Reynouards et les Reynaud, les Faure, les Prayer, les Bellon, les Borels et bien d’autres encore parmi ceux qui sont partis !

Les photos de ce temps-là sont un peu jaunies… Mais les visages demeurent, sculptés de leur fidélité et de leur obéissance, discrets sur les souffrances qui ont été les leurs.

Leurs exemples ont bien des choses à nous dire encore.

Je garderais une dernière image : celle d’André auprès de nos frères handicapés. On oublie alors le physicien, le professeur, le patron du laboratoire, on oublie aussi le musicien, le poète, le randonneur… Ou plutôt rien ne s’efface, tout rentre à l’intérieur : Prêtre avant tout.
Un homme et un autre homme  blessé d’un handicap.
Mystérieuse rencontre.
Elle nous rappelle ce qu’Emmanuel Mounier disait de sa fille :
« Je me mets à genoux comme devant le Saint Sacrement. »

Merci André. Veille sur nous.

—————

Fils de Jean-Baptiste Gonfard et de Marguerite Henriette née Bayle, André Gonfard est né à Asnières-sur-Seine le 8 juillet 1920, a été baptisé le 14 juillet 1920 et a été ordonné prêtre le 29 juin 1943.

Étudiant aux Facultés catholiques de Lyon en octobre 1943, il est devenu professeur au petit séminaire de Charance trois ans plus tard, licencié ès Sciences, puis supérieur de ce même petit séminaire en octobre 1954.

Chanoine honoraire le 22 mai 1961, il devient chanoine titulaire en mars 1973, directeur de l’Enseignement libre en octobre 1965, participe aux activités pastorales de la paroisse de la cathédrale à partir de 1970, intègre pour cinq ans le Conseil diocésain pour les Affaires économiques en 1984.

Déchargé de sa responsabilité de Directeur diocésain de l’Enseignement catholique en 1999, il est ensuite déchargé de sa responsabilité de curé de Romette et admis à partir du 15 septembre 2003 à prendre sa retraite au foyer du Saint-Cœur.

Suite à sa volonté de donner son corps à la science, la messe célébrée à son intention vendredi 17 août à 15h00 en la cathédrale de Gap a été célébrée en l’absence de son corps.

Fermer le menu