Textes lus des CD “Spiritus Dei” et “Gloria”
  • 4 janvier 2013

Après la diffusion le 22 décembre 2012 par TMC des deux concerts du groupe « Les Prêtres », enregistrés l’un au Zénith de Dijon et l’autre en la cathédrale de Rouen (plus d’un million de téléspectateurs), de nombreuses personnes ont demandé les textes écrits et lus pendant les concerts par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Vous pouvez les trouver ci-dessous.

 ***

Conversation avec Dieu
« Dieu, es-tu bien dans ma peau ? »

Dis, Dieu, je te le demande, es-tu bien dans ma peau ?
Est-ce que je te laisse assez d’espace?
Souvent, comment le nier, j’occupe toute la place, je m’étale confortablement dans ma routine, mes petites habitudes, dans ma médiocrité au point d’en oublier que tu es avec moi, habitant ma peau.

Je dois te confesser que dans ces moments-là, je ne suis pas fier. Je préfère t’ignorer, faire comme si je ne savais pas qui tu es. Dire comme Pierre à propos de ton fils Jésus, alors qu’il était son ami, son disciple : « Je ne connais pas cet homme ». Oui je te l’avoue, il est bien des fois où tu me gênes ! J’ose le dire, tu me déranges ! Oui, c’est cela, tu me déranges !

Vois-tu, ce que j’appréhende le plus c’est lorsque je doute de toi, de ton amour pour moi. Lorsque tu ne réponds pas à mes nombreux pourquoi ? Pourquoi la souffrance, pourquoi la haine, pourquoi l’injustice, pourquoi le mal ? Tant de pourquoi ! C’est comme si tu étais sourd à mes appels, à mes prières. Tu te fais absent, silencieux. Je suis tout seul, seul dans ma peau. Ce vide immense me bouleverse et me donne le vertige.
Je te cherche et je ne te trouve pas. Je t’appelle, je crie ma colère vers toi et tu ne réponds pas.

Ces heures-là sont douloureuses. Cependant, vois-tu, ces moments-là au fond je ne les regrette pas. Au contraire. Une fois passé mon trouble, je suis si heureux de te retrouver, de constater que tu es présent, fidèle, comme toujours, et que c’est moi qui m’étais éloigné. Tu m’attendais. Qu’il est bon ce moment où tu m’accueilles chez moi, dans ma peau. Les mots que j’avais préparés pour habiller nos retrouvailles, tu n’en veux pas. Mon regard te suffit et moi je cherche le tien.

C’est alors que viennent les jours où je voudrais te laisser toute la place. Je veux me faire tout petit, pour que chez moi, dans ma peau, vraiment, tu sois chez toi. Je suis joyeux quand tu n’es pas à l’étroit dans une peau étriquée, mesquine, une peau de chagrin, quoi ! Que je suis bien lorsque nous conversons tous les deux, simplement, familièrement, comme deux vieux amis, comme deux êtres qui s’aiment et partagent le même toit. Je ressens intensément le réconfort que m’apporte ta présence. Elle est là la force de la prière. Celle qui ne cherche pas à ce que tu fasses ma volonté mais qui appelle ton aide pour que je sache me plier à ta volonté.

Et dire que c’est toi, mon Dieu, qui habite avec moi cette peau, usée, lasse, que j’ai parfois tant de mal à traîner ! Ah ! Si seulement je pouvais, ne serait-ce qu’un instant, l’oublier accrochée à un clou, telle une vieille guenille.
Mais toi, c’est cette peau-là que tu veux habiter avec moi.

Mon Dieu, je te le demande, apprends-moi à m’aimer comme toi seul sais m’aimer.

Mon Dieu, une dernière confidence, plus je sens que tu habites avec moi, en moi, plus je crois devenir un peu toi. Oh ! Ne t’inquiète pas pour ma modestie, j’ai dit « un peu », juste « un peu » car je sais que tu pousses l’humilité jusqu’à choisir d’agir par moi.

Et ces moments-là me comblent de bonheur parce que je sais alors que tu es bien dans ma peau.

                                        + Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

***

Je cherche ton visage

Elle a été assassinée dans les chambres à gaz : c’est le Christ.
Il porte des guenilles : c’est le Christ.
Elle est en prison : c’est le Christ.
Il est immigré : c’est le Christ.

« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »

Elle agonise sur son lit de souffrance : c’est le Christ.
Il est sale, il sent mauvais, il mendie : c’est le Christ.
Elle se drogue : c’est le Christ.
Il est battu à mort : c’est le Christ.

« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »

Elle a faim, il a soif : c’est le Christ.
Il est condamné à mort : c’est le Christ.
Elle se prostitue : c’est le Christ.
Il a été torturé : c’est le Christ.

« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »

Il est homosexuel, sa famille l’a chassé : c’est le Christ.
Elle est séropositive : c’est le Christ.
Il hurle la colère de ses « pourquoi » : c’est le Christ.
Elle a tenté de se suicider : c’est le Christ.

« Je cherche ton visage, Seigneur !
Ne me cache pas ton visage ! »

Mon Dieu, comment te reconnaître sous le visage défiguré de chacune de ces personnes malmenées, méprisées, cassées ?

Tu as donné ta vie pour elles.

Avec toi l’Amour est écartelé sur la croix. Mais nous ne voyons plus tes membres transpercés sur deux bouts de bois, aveuglés que nous sommes par l’habitude de la croix.

Ton chemin est celui de tout homme.

Chemin de croix, chemin de mort, il peut devenir chemin de vie.

Mettre nos pas dans tes pas sur ton chemin de souffrance, c’est se laisser entraîner vers la lumière de la Résurrection où l’Amour crucifié devient Amour transfiguré.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

***

Cet article a 3 commentaires

  1. je suis bouleversée par ces textes, ils sont d’une profondeur et très parlant, union de prière, bonne et sainte année 2013, bonne fête de l’épiphanie, je vous invite a voir mon mur “prière pour tous” qui est créée par rapport à la manif pour tous, du 13 janvier prochain, christine sedano

  2. Ce que je peux aimer ces textes !

  3. C’est bien d’offrir ces textes aussi beaux que forts à tous les internautes. Puis-je ajouter qu’ils figurent, en plus des paroles chantées par Les Prêtres et dont certaines sont écrites par Monseigneur di Falco, dans les livrets accompagnant les CD, ainsi que dans le livre « Les Prêtres » paru en 2011.
    Monseigneur, depuis « Il y a longtemps que je t’aime » et jusqu’à votre « Benoîte Rencurel » je crois avoir lu au fil de leur parution presque tous vos ouvrages. Certains sont restés très présents dans ma mémoire.
    Pourtant, j’ose espérer que vous avez déjà repris la plume pour préparer les textes d’un troisième CD.
    A ma surprise mes petits enfants ont encore fait tourner en boucle « Gloria » (leur préféré) pendant les vacances qui se terminent. Ce doit être un signe ; il y a bien une attente… et pas seulement parmi les grands-mères !

Les commentaires sont fermés.

Fermer le menu