Mgr Malle a présidé la messe de la Toussaint à la cathédrale de Gap. Vous pouvez en retrouver le texte et l’enregistrement ici :

« Voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. » Le livre de l’Apocalypse nous fait un peu peur, car nous comprenons ce terme apocalypse comme étant une tragédie, alors qu’en grec ce mot signifie Révélation. Il nous révèle notre destinée, notre vocation. Et il nous le décrit avec des images que nous pouvons comprendre: notre vocation sera d’être debout devant le Trône, signifiant Dieu le Père, et devant l’Agneau, le fils. Et nous serons avec des palmes à la main, ces palmes du martyr, autre mot grec qui signifie témoin. Un ami poète (Jean-Romain Frisch) a publié un recueil de poésie intitulé « Se rendre au Ciel ». Je m’inspire de son introduction pour cette homélie de Toussaint.
« Se rendre au Ciel, n’est pas là notre destination ultime, le but de notre vie, le seul qui compte vraiment. Après les joies et les peines d’ici-bas, tous nos périples géographiques et sentimentaux, rejoindre enfin notre patrie céleste, celle du bonheur sans fin. Notre Famille, ceux qui nous sont chers, et même ceux avec qui les relations sont les plus difficiles. Tous enfin unis dans le cœur de Dieu. Tous parvenus au Ciel. » Tous les palmes à la main, pour louer Dieu : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » Comme dit saint Jean dans sa première lettre : « Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. » Frères et sœurs, notre objectif, est de voir Dieu. C’est même une des béatitudes : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. »
« Encore dit le poète, faut-il auparavant « se rendre au Ciel ». Comme les combattants déposent les armes; à un moment de notre vie, accepter de déposer les armes, notre âme, entre les mains de Dieu. Choisir de préférer sa volonté plutôt que la nôtre S’abandonner dans la confiance à son amour. Et dès lors rechercher jour après jour, sa vérité, sa lumière. Certes avec des tours et des détours, mais fermement ancrés dans l’espérance qui nous est promise. »
Ces détours dans nos vies, l’un des Anciens de l’Apocalypse l’explique : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » Tous nous aurons à blanchir nos robes salies par nos péchés. Ce que l’on appelle le purgatoire.
Mais nous pouvons aussi la blanchir sur terre, d’une part dans le sacrement du Pardon, et d’autre part en accomplissant des bonnes œuvres. Au §6 de sa lettre sur la sainteté Gaudete et Exsutate, le pape François parle des « saints de la porte d’à côté» : « Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés et canonisés » dit-il. Pensons à ceux « qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu». Un reflet de la présence de Dieu. Nous en connaissons dans notre entourage. Ils se sont rendus. Ils ont préféré la volonté de Dieu à la leur, ils se sont abandonnés à son amour. Rendons grâce à Dieu pour les saints que nous avons connus personnellement. Au §10, le pape cite un document du concile Vatican II : Lumen Gentium 11 : « tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père. » Et il commente ainsi : « Chacun dans sa route, dit le Concile. Il ne faut donc pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles. Il y a des témoins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions, car cela pourrait même nous éloigner de la route unique et spécifique que le Seigneur veut pour nous. Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Co 12, 7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui. »
Bernanos dans un recueil intitulé « Les Prédestinés », sur les saints, distingue les héros et les saints : « Les chrétiens ne sont pas des surhommes. Les saints pas davantage, ou moins encore puis qu’ils sont les plus humains des humains… Un héros nous donne l’illusion de dépasser l’humanité, le saint ne la dépasse pas, il l’assume, il s’efforce de la réaliser le mieux possible, comprenez vous la différence ? » Fin de citation. Le pape reprends au § 34 : « N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme disait Léon Bloy, dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » Fin de citation.
Il s’agit donc en quelque sorte d’être pleinement humain. De vivre au niveau voulu par notre créateur. Ce niveau est haut. Mais nous sommes en chemin, nous y allons petit à petit. Le pape conseille au §15, qui est l’un des plus beau passage : « Laisse la grâce de ton baptême porter du fruit dans un cheminement de sainteté. Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche. Ne te décourage pas, parce que tu as la force de l’Esprit Saint pour que ce soit possible ; et la sainteté, au fond, c’est le fruit de l’Esprit Saint dans ta vie (cf. Ga 5, 22-23). Quand tu sens la tentation de t’enliser dans ta fragilité, lève les yeux vers le Crucifié et dis-lui : ‘‘Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux réaliser le miracle de me rendre meilleur’’. Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté. Le Seigneur l’a remplie de dons par sa Parole, par les sacrements, les sanctuaires, la vie des communautés, le témoignage de ses saints, et par une beauté multiforme qui provient de l’amour du Seigneur, « comme la fiancée qui se pare de ses bijoux » (Is 61, 10). Fin de citation. «Alors, termine le poète, le temps venu, nous entrerons ensemble dans la vraie Vie, l’éternelle. Celle du Ciel.» Amen !

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