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© Philippe Maugis pour le diocèse de Gap

Le dimanche 7 mars 2021, Mgr Xavier Malle a remis leurs croix de chanoine aux Pères Joseph Aubin et Adrien Michel, qui n’avaient pu participer à la célébration du 8 décembre. Vous pouvez retrouver l’homélie de Mgr Malle ici, « Qu’est-ce qui a le plus de valeur ? La brique ou l’ouvrier ? » Le Père Adrien Michel a partagé le texte suivant :

Je ne peux pas considérer qu’on était dans la louange du Seigneur quand, séminaristes, nous participions aux vêpres des jours de fête à la cathédrale d’Aix ! En effet, au moment où le diacre portait l’antienne à l’un ou l’autre chanoine du chœur en camail et belle croix pectorale, nous étions à l’affût. Comment le « chapitré » sollicité allait-il s’en tirer avec sa voix chevrotante ? Notre âge inconscient était sans pitié ! Que Dieu nous pardonne nos moqueries adolescentes !

Et me voici moi-même devenu chanoine à mon tour ! Avec mon confrère Joseph Aubin, j’ai reçu une médaille des mains de notre évêque, Mgr Xavier Malle. Or lui-même, au début de la célébration, a fait « non » de la main quand il a entendu le laïc chargé de l’introduction inviter l’assemblée à se réjouir de l’honneur qui nous était fait. Pour cause ! Car il a indiqué au moment de l’homélie le sens qu’il fallait voir à ce rite : les nouveaux « médaillés » du diocèse ont reçu mission de prière. Faut-il jouer sur les mots ? Il a utilisé celui de « moine ». Si j’ai bien compris : après avoir été chargés de mission par le ministère qui nous avait été confié, il nous reste celui de la contemplation. Ce qui ne veut pas dire (loin de là) que nous pouvions nous dispenser de prière dans l’exercice de notre sacerdoce de service actif.

J’aurais pu refuser la médaille. Certains l’ont fait. L’ayant accepté moi-même, qu’est-ce que cela change pour moi ? J’y vois une stimulation pour mieux vivre la communion des saints que nous proclamons dans le Credo. Mais comment en fait vivre concrètement cette responsabilité qui fait que nous sommes un peuple nous aidant mutuellement à avancer vers Dieu, priant le même Père, priant fraternellement les uns pour les autres ? Pouvons-nous le faire en oubliant l’Esprit-Saint ? Car, comme le dit saint Paul : « Nous ne savons pas prier comme il faut ».

J’avais pensé aux « chanoines » de l’église des Cordeliers à Gap, où j’ai été le dernier curé. Un peu après moi, était installé un orgue monumental pour remplacer celui qui avait brûlé dans un incendie. Et j’ai appris que certains tuyaux n’étaient là que pour le « décorum » : ceux qui se trouvent tout en haut. De fait la soufflerie ne permet pas de les faire chanter eux aussi. Autant dire qu’ils ne participent pas à la prière des petits et des gros tuyaux. Or, nous les chanoines en chair et en os, manquerions-nous de souffle ? N’avons-nous pas celui de l’Esprit-Saint ? Ne devons-nous pas être des êtres de silence, celui de l’humilité ? Ne devons-nous pas entendre dans le silence de notre retraite ce que l’Esprit dit à l’Église ?

À propos de l’humilité incontournable, m’est revenu le couplet d’un cantique : « Rappelle-toi, heureuse Église : tu es un peuple de pécheurs. Dieu t’a guéri, tu as à dire que son pardon fait ta grandeur ». Alors peu importe la médaille si je sais reconnaitre que ma grandeur vient de ce que le Seigneur a fait, en moi aussi, des merveilles !

Père Adrien Michel