You are currently viewing Tu seras rebâtie. Homélie du Festival Marial 24 aout 2022 St Barthélemy

« D’un amour éternel, je t’ai aimée, aussi t’ai-je maintenu ma faveur, de nouveau, je te bâtirai et tu seras rebâtie » (Jr, 31, 3-4) Si j’ai bien compris les choses et si elles n’ont pas changé depuis qu’on m’a envoyé votre programme, le thème de votre festival est tiré du livre du prophète Jérémie, un oracle de consolation destiné aux Israélites qui ont été déportés en terre étrangère. Le prophète leur annonce le retour dans leur patrie, et ce jour vous méditez sur la finale : « tu seras rebâtie ». 

Frères et soeurs, je vous propose d’actualiser cette expérience de l’exil, puis de réécouter cet oracle de consolation, afin de trouver la bonne voie pour le retour d’exil.

I. Actualisons cette expérience de l’exil.

Cette expérience de l’exil, nous pouvons la vivre dans nos propres vies. Lors d’une audience générale en 2016, le pape François commenta cet oracle de consolation : « nous pouvons vivre parfois une sorte d’exil, lorsque la solitude, la souffrance, la mort nous font penser que nous avons été abandonnés par Dieu. Combien de fois avons-nous entendu cette phrase : Dieu m’a oublié ».  

Le pape ajoute une seconde actualisation : « Et combien de nos frères (…) vivent en ce temps une situation réelle et dramatique d’exil, loin de leur patrie, ayant encore devant les yeux les ruines de leurs maisons, dans leur cœur la peur et souvent, malheureusement, la douleur pour la perte de personnes chères ! Dans ces cas, on peut se demander : où est Dieu ? Comment est-il possible que tant de souffrance puisse s’abattre sur des hommes, des femmes et des enfants innocents ? » (Audience du Pape François le 16 mars 2016 https://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2016/documents/papa-francesco_20160316_udienza-generale.html)

Le Pape parlait alors des réfugiés. Ce drame continue, aujourd’hui encore, dans ce département de montagnes qui vous accueille, et je suis émerveillé par l’accueil qui est fait par les hauts-alpins aux réfugiés. 

Nous pouvons aussi appliquer ces paroles du Pape à toutes les victimes des guerres et plus particulièrement de la guerre d’invasion de la Russie en Ukraine. En ce jour de fête nationale, nous prions spécialement pour le peuple d’Ukraine.

Cette expérience de l’exil et de l’abandon de Dieu, nous pouvons aussi avoir le sentiment de la vivre dans notre Eglise. Depuis 5 ans que je suis évêques, beaucoup de choses se sont effondrés. Ainsi, beaucoup des maîtres spirituels qui ont porté ma jeunesse ont été convaincu d’abus en tous genre et beaucoup de communautés dynamiques sont mortes dans des abus effroyables. D’ici 10 ans, un grand nombre d’anciennes communautés religieuses et de monastères vont fermer.

Nous vivons comme une expérience d’exil. Or cette expérience fut dévastatrice pour Israël. Sa foi avait vacillé, car en terre étrangère, sans le temple, sans le culte, après avoir vu le pays détruit, il était difficile de continuer à croire en la bonté du Seigneur. Qu’en est-il pour nous ?

II. Reprenons l’oracle de consolation, « tu seras rebâtie ». 

Des chrétiens reprennent la demande de Notre Seigneur à St François, « Va, répare mon Église, tu le vois, elle tombe en ruine » ».

Mais en voulant inventer une nouvelle Eglise, certains recopient simplement ce qui se fait ailleurs. Cet été, le pape François a ainsi sévèrement critiqué la voie synodale allemande, expliquant qu’il y avait « une très bonne Église évangélique en Allemagne » et qu’il n’y avait pas besoin d’en avoir « deux »!

En vérité, vouloir rebâtir soi-même l’Eglise, c’est oublier que Jésus a demandé à st François de réparer ‘son’ Eglise, la sienne. Déjà, Jésus s’adressant à St Pierre lui disait : « Pierre, tu es pierre et sur cette pierre, je bâtirai ‘mon’ Eglise. » ‘Je’, ‘mon’ : c’est Lui qui la bâti, et c’est ‘son’ Eglise.

Réparer, ce n’est pas inventer quelques chose de nouveau, ou copier ce qui se fait ailleurs, c’est vouloir rendre sa beauté divine à l’Eglise, qui a perdu son éclat par l’incohérence de ses membres. Et ce, par l’écoute de l’Esprit. C’est le sens du synode actuel.

Reprenons l’oracle de consolation de Jérémie, « je te bâtirai et tu seras rebâtie ». Le Pape François poursuit son commentaire : « C’est la grande annonce de réconfort : Dieu n’est pas absent non plus aujourd’hui, dans ces situations dramatiques, Dieu est proche, et accomplit de grandes œuvres de salut pour ceux qui ont confiance en Lui. On ne doit pas céder au désespoir, mais continuer à être certains que le bien vainc le mal et que le Seigneur essuiera toutes les larmes et nous libérera de toutes les peurs. » Fin de citation.

« Je te bâtirai et tu seras rebâtie », c’est une forme passive. Il nous faut discerner ce que Dieu est en train de faire lui-même.  Dans l’apocalypse, notre première lecture, l’ange montre à St Jean « la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu. » Notre Eglise est cette ville sainte qui continuellement descend du Ciel ; cela doit nous donner une confiance inébranlable et un amour renouvelé pour  notre Eglise.

III. Pour autant, n’avons nous rien à faire personnellement ? Quelle est la bonne route du retour d’exil ?

Le verset suivant de Jérémie nous donne une première indication : « De nouveau tu planteras des vignes dans les montagnes de Samarie, et ceux qui les planteront en goûteront le premier fruit. » Il nous faut planter des vignes ! L’enseignement de ce matin nous a donné les règles pour bien planter une vigne : les béatitudes ; « A l’écoute de la parole de Dieu : rebâtir sa vie sur les béatitudes. » 

Revenons à saint François, d’autant qu’en prenant son nom, le pape nous l’a donné en modèle pour notre temps. Fraîchement converti, François obéit à l’ordre du crucifié et répare les murs en pierre d’une chapelle. Il comprend plus tard qu’il doit réparer, non pas une chapelle, mais l’Église. Il passe de la réparation matérielle à la réparation spirituelle, et comment ? par sa vie : sa pauvreté, sa simplicité, sa fraternité, sa prière, sa mission, pas par des critiques continuelles contre l’institution. C’est son comportement tout entier qui est réparateur. Il est fondateur de l’ordre des frères mineurs. Retenons cet adjectif : mineur. L’humilité, la sobriété de vie, l’attention aux plus pauvres de notre temps. Je pars à Rome demain pour participer au cardinalat de Mgr Jean-Marc Aveline. Il me semble que c’est aussi ce que nous dit le Pape par cette nomination de notre archevêque de Marseille, Marseille étant la plus pauvre des grandes villes de France.

Une seconde indication nous vient de l’Evangile : Philippe trouva Nathanaël. « Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » Trouver à qui annoncer la Bonne Nouvelle. Notre Eglise n’a pas d’autre mission que d’annoncer Jésus-Christ. Comme le chante le psalmiste : « Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits. Ils annonceront aux hommes tes exploits, la gloire et l’éclat de ton règne : ton règne, un règne éternel, ton empire, pour les âges des âges. » 

Frères et soeurs, certes vous allez voir beaucoup de choses disparaître dans notre Eglise, mais vous voyez aussi refleurir la sainteté, par l’humilité et l’attention aux plus pauvres. Je pourrais citer tant d’oeuvres, fondées par de jeunes chrétiens, au service des plus pauvres.

Alors pour terminer, je vous invite à l’amour de l’Eglise et à la confiance du psalmiste

« Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Il est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité. » Notre Eglise, c’est cette Eglise descendue du Ciel, anticipation de la Jérusalem céleste décrite dans le livre de l’Apocalypse : « La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. » Frères et soeurs, nous n’avons encore rien vu de la beauté de notre Eglise. « Tu verras des choses plus grandes encore, dit Jésus à Nathanaël. Amen, amen, je vous le dis :
vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

N’est-ce pas ce que nous vivons à chaque messe ? L’Eglise set le lieu où le Ciel descend sur la terre. La messe est ce temps où Jésus se rend réellement présent au milieu de nous, comme il le fut dans le sein de Marie puis au milieu de ses apôtres, dont Barthélémy. Marie > le groupe des 12 > l’Eglise. Il est grand le mystère de l’Eglise. Aimons-la ! Amen !