Un Noël célébré avec “dans le cœur et dans notre prière les victimes du terrorisme”

Impossible en cette fête de Noël de faire comme si rien ne s’était passé durant cette année 2015, impossible non plus de ne pas être dans la joie.

“Notre pays est blessé, profondément blessé, et cependant nous devons vivre dans la joie l’accueil de l’enfant Jésus qui nous est donné. Et comme nous ne sommes pas les ravis de la crèche, nous ne pouvons pas commencer cette célébration sans avoir dans le cœur et dans notre prière présents celles et ceux qui ont été victimes du terrorisme”, a dit Mgr Jean-Michel di Falco Léandri en ouvrant la célébration de Noël.

Ci-dessous l’ouverture de la célébration, l’homélie et la bénédiction finale de la messe de la nuit célébrée en la cathédrale de Gap.

Homélie

Je vous prie de bien vouloir excuser ma voix…

Et si 2016 était l’année de l’amour !…

« On va s’aimer, aux marches des églises
On va s’aimer, à toucher le ciel »

Vous savez qui c’est qui chantait ça ?… Même pas les musiciens dont la culture… [« Gilbert Montagné ! » entend-on alors depuis l’assemblée.]

Ah, ben quand même… Gilbert Montagné.

« On va s’aimer, aux marches des églises
On va s’aimer, à toucher le ciel »

Il le chante depuis 2002. Pour le moment ça n’a pas encore été très efficace…

Eh oui, si l’année 2016 était enfin celle de l’amour ? Car vous le savez bien, pas d’Année de la miséricorde et du pardon sans amour. Amour que nous pouvons puiser dans l’incarnation de Jésus, qui vient vivre parmi nous. Il vient nous révéler l’amour, nous sommes invités à puiser en lui la force d’aimer.

En cette période de l’année vous constaterez comme moi que le Père Noël est bien plus populaire que Jésus. Il fait la Une de tous les médias. Et dans bien des cas le Père Noël bénéficie sans peine du boycott des scandaleuses crèches que certains auraient le culot – vous vous rendez compte ! – le culot de mettre dans des mairies. Une crèche dans une mairie… C’est un véritable scandale, n’est-ce pas ? Le risque en effet, c’est que chaque personne qui se rendrait à la mairie s’effondre devant la crèche à cause d’un malaise, tant le spectacle l’aurait choquée. Et les services d’urgence ne pourraient faire face et cela entraînerait des dépenses lourdes à porter par la collectivité… Alors il vaut mieux en rire, cela nous évite d’en pleurer.

Je me suis souvent demandé s’il était opportun de parler aux enfants du Père Noël et en même temps de Jésus. Lorsqu’ils ne croiront plus au Père Noël croiront-ils encore en Jésus-Christ ?

Les chrétiens diront qu’il n’y a qu’un des deux qui existe et les non chrétiens nieront l’existence des deux.

Alors nous allons faire un petit exercice, et les comparer.

Il y a d’abord l’attente.

L’attente du Père Noël qui vient la nuit tombée. Les enfants le cherchent dans le ciel avec son traîneau et ses rennes. Et puis il y a l’attente du Christ qui vient visiter la terre accompagné par les chants des anges qui annoncent sa venue.

Comment le Père Noël pénétrera-t-il dans une maison sans cheminée ? Il essayera peut-être de passer par la fenêtre. Mais si tout est fermé, il sera contraint de faire demi-tour. Comment viendra le Christ, si le cœur humain est cadenassé ? Durci, desséché, momifié ? Un cœur de pierre dont nous parle l’évangile, alors que le Christ cherche un cœur de chair. Il essayera alors de passer par un sourire, une main tendue, un témoignage, un acte de générosité. Mais si tout est définitivement bouclé, il respectera la liberté et sera contraint également de faire demi-tour.

Certains croient que le Père Noël ne travaille qu’une nuit par an et que le reste de l’année il se repose. Pourtant, toute l’année il observe les enfants, il est attentif à leurs demandes, il prépare les cadeaux pour la nuit où il aura tant à faire. Certains croient que Jésus n’est présent que lorsque tout va bien, et que le reste du temps, quand les malheurs gouvernent la terre, il est absent, bien loin de nos préoccupations quotidiennes. Pourtant, nous, croyants nous savons que Jésus est chaque jour présent. Il est là, discret quand on ne veut pas le solliciter, mais il est là. Il veille. Il souffre quand les hommes souffrent, pleure quand les hommes pleurent. Il est là quand plus personne n’est là.

Il est dans la coutume de dire que le Père Noël n’apporte des cadeaux que pour les gentils enfants et que le Père Fouettard intervient pour ceux qui ont été méchants. Jésus, lui, est pris en flagrant délit de l’inverse. Il est n’est pas seulement présent pour les sans-péchés, les purs, les sans-tâches. En tout cas ceux qui se croient tels, car il faut le dire, cette catégorie est relativement rare. Non, le Christ n’est pas d’abord venu pour eux. Il l’a dit lui-même : « Je ne suis pas venu pour appeler les justes mais les pêcheurs, au repentir ». Alors quel bonheur de savoir qu’il est là dans la crèche pour vous et moi. Pour les tordus que nous sommes, les boiteux de l’amour, les cassés de l’égoïsme, les handicapés du cœur, les sans-mains du partage, les agiles de la langue plus acérée que la plus belle des lances. C’est pour cela que Le pape François a voulu une année sainte de la miséricorde et du pardon.

Mais poursuivons le parallèle entre le Père Noël et Jésus.

Parfois, les cadeaux du Père Noël ne correspondent pas tout à fait à la liste que les enfants ont préparée. Parfois les événements que nous donnent la vie ne correspondent pas aux prières adressées à Dieu. Mais n’oublions pas que la prière ne consiste pas à s’adresser à Dieu pour qu’il se plie à la volonté de celui qui prie mais elle consiste à lui demander d’aider celui qui prie à se plier à la volonté de Dieu.

Les cadeaux de Jésus sont l’amour, la miséricorde, le pardon, le partage, la justice, la liberté, la vérité, la vie éternelle. Tant de choses que le Père Noël ne peut contenir dans sa hotte aussi grande soit-elle.

La télévision espagnole a demandé à des enfants d’écrire une lettre au Père Noël. Vous pouvez aisément imaginer la liste des jouets commandés. Il leur a été proposé ensuite d’écrire une lettre à leurs parents pour demander ce qu’ils aimeraient de leur part. Réponses : passez plus de temps avec eux, jouer ensemble, les écouter, leur raconter des histoires, et leur faire des câlins. Enfin dernière question bien difficile, ils devaient choisir entre les deux lettres laquelle envoyer, celle au Père Noël ou celle à leurs maman et papa. Tous ont fait le choix des parents. Tout ce que les enfants demandaient à leurs parents ne passe pas par la carte de crédit ou le chéquier et ne se trouve pas non plus dans la hotte du Père Noël, mais bien dans le cœur de leurs parents.

Alors ce soir, n’hésitez pas à puiser à la source de l’Amour qu’une nouvelle fois en cette nuit de Noël nous célébrons ensemble.

Et si 2016 était l’année de l’amour ! Tout à l’heure au moment du baiser de paix, n’hésitez pas à vous prendre dans les bras, lâchez-vous ! Et vous pouvez même vous faire des bisous…

Et si 2016 était l’année de l’Amour.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 6 commentaires

  1. Bonsoir,
    Je rentre de Paris, où, après une magnifique Sainte Messe de Noël à Bayonne, le 24 décembre, j’étais partie dès le 25 au matin, fêter Noël en famille. Je suis vraiment en union avec vous quand vous pensez, en ce Noël, à tous ceux qui, en cette fin d’année, ont été touchés par le terrorisme. Ma soeur habite rue Faidherbe et c’est avec émotion que je suis allée porter une rose de l’Espérance et une petite prière devant “la belle équipe”. En espérant, comme vous tous que l’année 2016 sera l’année de l’Amour. Et Merci à vous Monseigneur.

  2. MONSEIGNEUR j’espère de tout mon coeur que 2016 serra l’année de l’amour vraiment ont n’a tous bien besoin ,aprés ses terrible attentats de l’année 2015 je suis comme tout le monde je n’est plus envie de revivre cela ,alors si vous avez dits vrai pour 2016 si c’est l’année de l’amour elle le serra merci MONSEIGNEUR

  3. Difficile de passer Noël sans penser aux victimes, aux blessés et aux familles des personnes touchées par le terrorisme. Difficile de passer Noël sans penser à cette jeune femme qui n’ayant pu aller au bataclan ce 13 novembre a donné son billet à sa meilleure amie. Amie qui est malheureusement tombée sous les balles.
    Bien sûr la vie continue, elle est si belle malgré nos souffrances. Les enfants croient au père noël et c’est très bien. Adultes, nous ne croyons plus au père Noel mais nous croyons en Jésus et en son amour. Ce qui nous donne beaucoup de force et de courage pour poursuivre notre vie de partage et de bonté.
    Souhaitons un monde de Paix pour l’année 2016.

  4. Monseigneur,notre pays blessé,mais il faut continuer de vivre et en paix.Votre homélie,avec un visage empreint d’un peu de mélancolie,de déception peut-être des Chrétiens?. Pourtant à Gap,dans votre diocèse,je suis admiratrice de toutes ces célébrations eucharistiques,dans la liesse,la joie la convivialité des paroissiens.Le baiser de Paix,entendre vos paroles,se faire des bisous,se prendre dans les bras,j’aurais aimé être parmi vous.Le Pape François invite à faire la même chose,il ouvre grand ses bras pour donner de l’Amour.Noël restera toujours la naissance de Jésus avec la crèche,cette scène mystique,la Sainte Vierge Marie nous offre son fils.Mais,surtout,Noël,l’occasion de réunir la famille et cela passe par les enfants,le lien,le noyau,la base de cette grande Fête et la distribution de cadeaux. Monseigneur,l’Année de la Miséricorde,du Pardon,de l’Amour et de la Paix.Jésus est là,près de nous,il nous protège.Merci pour ces vidéos et ce partage,vos paroles rassurantes.Bonne fin d’année 2015.On vous aime.

  5. essayons donc de s’aimer malgré tout …

  6. merci pour votre homélie ,monseigneur j’espère vous entendre par téléphone un jour car votre agenda est bien rempli mais je tient à vous entendre

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