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Dimanche 23 Janvier 20231 – Fête de Saint Vincent pendant la visite pastorale du Haut-Champsaur

« C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. » Je propose cette phrase de st Paul, tirée de notre seconde lecture, comme clef de lecture de la parole de Dieu que l’Eglise nous propose ce dimanche.

Cette image de st Paul, qui décrit l’Eglise comme un corps, n’est-elle pas l’antidote dont nous avons besoin face aux tensions qui caractérisent notre temps. Nous sommes encore dans la période de voeux, mais nous avons du mal à nous souhaiter la paix et la santé, pris entre les bruits de botte russes ou chinois, ou les attentats djihadistes alors même que notre monde fait face à une pandémie inédite. Divisions entre les pays, mais aussi division dans nos pays, dans nos familles, dans nos paroisses. Or c’est justement cette semaine la traditionnelle semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Et nous célébrons cette messe, en cette église des Borels, pour célébrer le diacre saint Vincent, qui a donné sa vie en communion avec son évêque.

Reprenons la parole de Dieu, cherchons-y ce qui finalement fait notre unité : j’y repère trois sources d’unité : la parole,  l’Esprit et la mission

1) La même parole de Dieu.

Dans la première lecture, nous assistons à cet évènement mémorable, rapporté par le prophète Néhémie où au retour de l’exil à Babylone, est organisée la lecture solennelle de la loi de Moïse, à Jérusalem. Une tribune de bois est construite pour l’occasion. Le prêtre Esdras apporte le livre de la Loi et en fait la lecture toute une matinée, devant le peuple debout, qui ponctue la lecture par des « Amen ! ». Mais après 50 ans d’exil, le peuple a oublié la langue hébraïque et s’est habitué à parler araméen. Alors après chaque passage lu par Esdras en hébreu, un traducteur lévite le traduit et en donne le sens. 

La réaction de la foule est une grande émotion. Le peuple pleure de joie : « ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. » Et Esdras les encourage : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Le peuple pleure de joie, car il a retrouvé son livre saint après 50 ans d’exil, et car il a compris qu’après la dure épreuve de l’exil, qu’après ses péchés et son infidélité, il est toujours aimé, il est toujours le peuple élu de Dieu. Mais il pleure aussi de douleur, car la Loi éclaire et rend conscient du péché et des conversions nécessaires. 

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de pleurer en lisant l’Ecriture Sainte ? C’est une expérience spirituelle intense quand on se rend compte que c’est Dieu lui-même qui nous parle. Je peux vous témoigner d’un petit moyen pour s’en souvenir : j’ai ce qu’on appelle dans ma communauté d’origine un petit ‘carnet à paroles’ : j’y note la parole de Dieu, ou parfois des paroles humaines, qui m’ont bouleversé ou fait comprendre des choses. A chacune des retraites spirituelles en silence, je relis mon carnet à parole, et je vois comment Dieu me conduit. Frères et soeurs, lorsque nous lisons la Bible, Dieu nous parle, et nous sommes en union avec les milliards de chrétiens.

Cette émotion devant la Parole de Dieu, les auditeurs de Jésus ont dû l’expérimenter, quand ayant lu à la Synagogue une prophétie d’Isaïe, il l’a commenté dans un brève homélie : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » Ils avaient devant eux le Messie annoncé par tous les prophètes. Quelle émotion ! Et nous aussi à chaque messe !

2) Si nous lisons la même parole de Dieu, nous sommes aussi baptisés du même baptême et avons reçu le même esprit.

« Tous, dit st Paul dans sa lettre adressée aux habitants de Corinthe, nous avons été baptisés pour former un seul corps. » « Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. » L’apôtre nous explique que l’Esprit est source d’unité dans la multiplicité et non pas dans l’uniformité.

Actuellement, nous sommes tous convoqués en synode par notre pape François. Pourquoi au fond nous a t’il convoqué ainsi ? Je pense que c’est parce qu’il voit les forces de division à l’oeuvre dans le monde et dans l’Eglise. Et il répète que le but de ce synode n’est pas tant de produire des textes que de vivre une expérience synodale de fraternité. Je vous invite à créer des petites équipes synodales sur votre paroisse : quelques paroissiens en invitent d’autres à un café et se saisissent de la proposition. Sur le site internet du diocèse vous trouvez le mode d’emploi pour répondre à l’invitation du Pape. Et comme nous sommes en train de travailler une vision pastorale pour notre diocèse pour les 10 ans à venir, et des orientations missionnaires, j’invite à partir du 1er mai les mêmes petits groupes synodaux à s’en saisir, jusqu’au 8 septembre.

3) Si dans l’Eglise il y a des missions différentes, il y a une mission commune, celui du témoignage, celui de l’évangélisation, qui peut aller jusqu’au témoignage suprême,

verser son sang pour Jésus, comme l’ont fait ensemble le diacre Vincent et l’évêque Valère au 4ème siècle. C’est actuellement l’oecuménisme des martyrs : des chrétiens de toute confession, témoignent de l’amour de Jésus et donnent leur vie ensemble. Et ce témoignage, c’est de proclamer comme Jésus l’a fait, celui d’Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » Oui, notre mission est de continuer la mission de Jésus, apporter le salut au monde, sauver ce monde de la guerre et de la division, en lui faisant connaître Jésus, le prince de la Paix.

Dans ses voeux, un frère évêque cite une mystique juive, Etty Hillesum. Quelques mois avant sa mort à Auschwitz en 1943, elle écrivait, et je termine par cette image : « Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-même de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition. » Amen !