Pèlerinage du séminaire d’Aix au sanctuaire de Notre-Dame du Laus, avec bénédiction de la chapelle pour les vocations

Homélie mercredi 17 octobre 2018
Saint Ignace d’Antioche

« La parole de Dieu est tranchante », entendions-nous dimanche dernier ! Cela se vérifie aussi en ce jour de notre pèlerinage de rentrée du séminaire d’Aix. Jésus demande clairement à ses disciples de se démarquer des manières de faire des pharisiens et des docteurs de la loi. Il leur reproche d’une part, d’imposer des fardeaux insupportables par de multiples prescriptions rituelles ou sociales, mais d’autre part et surtout le fait que ces prescriptions n’aillent pas jusqu’à la conversion intérieure que ces prescriptions devraient pourtant signifier et encourager. Verser la dîme mais aimer les premières places. Verser la dîme signifiant que l’argent n’est pas mon chef, mais aimer les honneurs. Autrement dit, pour reprendre l’image du lavage des plats de l’évangile d’hier, l’intérieur ne peut aller sans l’extérieur et inversement ; c’est le grand défi de l’unité de vie. Lors de notre ordination diaconale, notre évêque, en nous remettant l’évangéliaire a dit ceci : « Recevez l’Évangile du Christ, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné. »
Et à notre ordination sacerdotale, en nous donnant le calice et la patène : «Ayez conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites, et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur. » 
La vénérable Benoîte, avait un charisme particulier pour le rappeler aux prêtres. Quelques exemples tirés des manuscrits du Laus :
« Benoîte a vu des prêtres qui, quand ils disaient la messe, semblaient être des soleils ; ce dont elle avait une extrême joie. Mais elle a vu plusieurs autres qui semblaient des démons ». « Benoîte voit un prêtre laid comme le démon à cause des péchés qu’il a commis avec les femmes, sans s’en confesser ». « L’ange lui dit encore [à Benoîte] d’avertir un prêtre de ne pas donner le mauvais exemple ; de vivre en vrai ecclésiastique ».  « […] un prêtre disant la messe parut si laid à Benoîte qu’elle lui déclare, après la messe, le mauvais état de sa conscience, et s’étonne qu’il ose approcher de l’autel dans un si déplorable état, surtout dans ce lieu de dévotion où il devait se recueillir et mettre sa conscience en bon état, et où l’on ne va que pour cela. Il avoue qu’il avait tort et lui dit qu’il profitera de ses avis, fera une bonne confession générale, amendera sa vie, fera pénitence et changera du tout au tout ». «L’ange ordonne à Benoîte « de dire à deux prêtres de mieux travailler qu’ils ne font, et avec plus de charité, au salut des âmes ; et Dieu les récompensera en son temps ».
Cette cohérence de notre vie fait pourrait-on dire, la joie ou la peine de notre Dieu. Hier nous fêtions Sainte Marguerite Marie. Dans la 3e grande apparition de 1675, à Paray-le-Monial, Jésus dira à sa confidente : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi… » Entendons la plainte, le cri de Jésus devant nos péchés, nous qui sommes consacrés par le sacerdoce ou nous préparons à l’être. 
En recevant le sacrement de l’ordre, le prêtre reçoit en partage le sacerdoce du Christ. Il est donc appelé et habilité à représenter Jésus-Christ et à agir en son nom. Notre sacerdoce n’a pour origine, pour raison que la personne de Jésus-Christ. Jésus-Christ, celui dont vous avez mis vos pas dans ses pas, pendant ces 3 semaines du pèlerinage du séminaire en Terre Sainte. Ce lien avec Jésus-Christ est exprimé par un terme théologique : le « caractère indélébile ». Ce caractère, ce sceau indélébile, comme on marque les brebis dans nos montagnes, est l’effet sacramentel de 3 sacrements: le baptême, la confirmation et le sacrement de l’ordre. Il n’exprime pas une sainteté qui serait acquise automatiquement par l’ordination ; cela se saurait. Mais il exprime l’appartenance au Christ durant toute notre vie et surtout l’assurance constante de sa grâce
Le choix de Dieu est irrévocable. Sa fidélité est durable, même si la nôtre est soumise souvent aux aléas de la vie. Ce qui est valable pour tout baptisé, marqué du caractère baptismal, l’est aussi du prêtre, marqué du caractère sacerdotal. Dieu est fidèle.
Mais nous avons ce choix à faire, à renouveler à chaque instant de notre vie, de l’imitation de Jésus-Christ. Nous avons ce choix à faire d’une vie à partir de son Esprit d’amour. Nous avons à choisir entre une vie sous la loi de la chair, ou une vie sous la loi de l’Esprit, pour reprendre les catégories de saint Paul quand il s’adresse aux Galates.
Dans la réception du sacrement de l’ordre, il y a comme le début d’un partenariat entre Dieu et nous. C’est l’aventure de la Sainteté sacerdotale. « Nous nous sanctifions dans l’exercice responsable et généreux de notre propre mission. » dit le pape François dans son exhortation sur la sainteté (GE26).
Cette nécessité d’un attachement de plus en plus intime à Jésus est bien posée par l’une des questions de notre ordination sacerdotale : « Voulez-vous, de jour en jour, vous unir davantage au souverain prêtre Jésus-Christ qui s’est offert pour nous à son Père en victime sans tache, et vous consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain ? » Et notre réponse généreuse mais lucide fut : « Oui, je le veux, avec la grâce de Dieu. »
Cet attachement croissant, il est l’effet de la grâce.
Saint Ignace d’Antioche a laissé des lettres magnifiques. «ll n’y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais une eau vive qui murmure et dit en moi: ‘Viens vers le Père’.» Amen !

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