L’Heure de Jésus – Jean 7,
2-11

 

La fête juive des Tentes était proche.
Les frères de Jésus lui dirent : « Tu ne peux pas rester ici. Pars en Judée afin que tes disciples, eux aussi, puissent voir les œuvres que tu accomplis. On n’agit pas de manière cachée
quand on veut se révéler. Puisque tu réalises de telles œuvres, manifeste-toi au monde. » En effet, ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui. Jésus leur dit alors : « Mon heure n’est pas
encore venue, votre temps à vous est toujours favorable. Le monde ne peut pas vous haïr alors que, moi, il me hait parce que je témoigne que ses œuvres sont mauvaises. Montez donc à cette fête.
Quant à moi, je n’y monterai pas car mon temps n’est pas encore accompli. » Après avoir ainsi parlé, il demeura en Galilée. Lorsque ses frères furent partis pour la fête, il se mit en route, lui
aussi, sans se faire voir. Presque secrètement.

Donner-Recevoir-Redonner

 

« Mon heure n’est pas encore venue… » Il
avait dit ça, Jésus, lors des Noces de Cana. Le vin venant à manquer, Marie, sa mère, l’avait sollicité. Elle espérait qu’il fasse un geste. Mais Jésus avait fait comprendre : chaque chose
en son temps. Et vous savez la suite, le miracle de l’eau changée en vin. Miracle ! Plutôt, selon l’expression de saint Jean, le commencement des signes de Jésus qui manifesta ainsi sa
Gloire. Et, de signes en signes, Jésus a marché progressivement vers le signe suprême de sa vie : « son Heure. »

Elle est le symbole de l’accomplissement de
son œuvre de salut, parachevée à la Passion par sa mort et sa Résurrection. Il a fallu beaucoup de pédagogie à Jésus pour sensibiliser ses disciples à ce que représentait cette heure quand elle
serait venue. Jésus l’avait constamment présente à l’esprit. C’était pour elle qu’il était venu sur Terre. C’était en fonction d’elle qu’il vivait. Mais cette heure inscrite dans le temps
transcendait le temps. C’était l’heure de toute éternité. Dès avant le temps, le Christ était déjà sauveur.

Le don qu’il a fait de sa vie reproduisait
le don de Dieu à l’intérieur même du mouvement de la Trinité à trois temps : donner-recevoir-redonner. Perpétuelle interactivité entre le Père, le Fils et l’Esprit. Le Père donne la vie au
Fils qui la reçoit de lui pour nous la redonner par l’Esprit. Voilà comment marche la grâce. Non pas abstraction mais répercussion en notre intérieur de l’admirable échange au cœur de la Trinité.
Pardonnez ce petit cours de théologie en bref, mais le Carême c’est aussi le temps de recycler sa foi pour vivre notre vie à l’heure du Dieu.

 

Père Pierre Talec, 64 regards sur Jésus, Editions Salvator, 2005, 17 €, ISBN 2-7067-0415-2