Vers l’Adoux d’Oule

Avec la permission de l’auteur, voici l’extrait du journal de bord de Mgr Raymond Séguy, venu à Montmorin cet été fêter les trente ans de la dédicace de la chapelle Notre-Dame de la Paix qu’il avait lui-même consacrée le 22 août 1986 alors qu’il était évêque de Gap.

La chapelle Notre-Dame de la Paix à Montmorin

VERS L’ADOUX D’OULE

Pendant ce mois d’août 2016, grâce à l’aimable sollicitude du père Matthieu, frère de Saint-Jean en situation de responsable actuel de la laure d’ermites de l’Adoux d’Oule, sur la commune de Montmorin, au cœur des préalpes du sud, non loin des bourgs de Rosans et de Serres, entre les Baronnies, le Bochaine et son Buëch capricieux d’une part et le haut pays Diois vers la source de la Drôme d’autre part, sous l’œil altier du Dévoluy, je suis venu, avec la bienveillante autorisation de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, dans mon ancien diocèse pour y célébrer discrètement le trentième anniversaire de la dédicace de l’église Notre-Dame, Reine de la Paix.

Cette belle petite église fut construite, durant mon épiscopat, en ces lieux, à l’initiative du génie inventeur et grâce au courage extraordinaire du père Emmanuel de Floris et de ses vaillants collaborateurs. Cet homme de Dieu était l’ancien cellérier de l’abbaye d’En-Calcat, venu ici, lors des secousses telluriques ecclésiastiques, y compris monastiques, des années 1968, chercher et trouver providentiellement en ce terroir silencieux, sauvage et magnifique un lieu favorable à une laure d’ermitages, selon la tradition des anciens anachorètes orientaux, lieu où il allait bientôt visiter une antique grotte jadis occupée, durant ses solitudes estivales, par le grand saint Jean Cassien (+ environ 435), éminent organisateur du monachisme sous diverses formes, dans la Gaule du sud, notamment avec saint Victor de Marseille. Très vite ce grand spirituel et administrateur avisé qu’était le père Emmanuel fut rejoint par un groupe d’une douzaine d’hommes et de femmes, chercheurs de Dieu dans la vie érémitique. Grâce à l’effort de tous, la laure prit forme, peu à peu, avec de petits ermitages modestes mais fonctionnels et beaux, disséminés dans cette nature verdoyante et silencieuse, avec des jardinets tout autour, l’adduction d’eau depuis une source abondante et de qualité, les chemins et sentiers à établir et entretenir, les clôtures, le bois de  chauffage pour chaque ermitage occupé, l’entretien de ces penchants rocailleux de la vallée de l’Oule, jadis arides mais depuis le siècle dernier, me dit-on, colonisés peu à peu par les pins sylvestres et autres espèces rustiques de la végétation méditerranéenne.

Outre les occupants habituels, ces ermitages virent passer, pour un temps de solitude, divers personnages. On peut nommer ici un autre moine devenu célèbre, sorti, lui, de l’abbaye de Tournay, à la même époque et pour des raisons analogues [NdR : Dom Gérard Calvet]. La divine providence a permis qu’il  fonde, non loin d’ici, sur les versants méridionaux du Mont Ventoux un grand, beau et fécond monastère avec le rite liturgique extraordinaire de l’Église romaine : l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, qui vient de donner naissance à sa première filiale, Notre-Dame de la Garde, au diocèse d’Agen, dans le Lot-et-Garonne.

Nos vaillants ermites prirent l’initiative d’édifier, au centre de la zone d’ermitages, cette église et quelques dépendances communautaires avec cuisine, salles et commodités, sur un petit col séparant le versant oriental des ermitages féminins du versant occidental réservé aux hommes. Là, on célébrait la Sainte Messe quotidienne, on prenait un repas commun hebdomadaire, plus quelques petits déjeuners pour se retrouver, se parler et définir ensemble les grandes lignes de cette vie érémitique. Bien entendu la population locale et d’ailleurs gardait un contact discret mais bien réel avec les ermites, venant prier avec eux lors de certains offices religieux et s’intéressant à cette nouvelle forme de vie religieuse assez méconnue, d’autant que les Frères de Saint-Jean, alors en pleine expansion, édifièrent en cette zone un grand ermitage avec salles, chapelle et cellules pour recevoir, en été, les novices alors fort nombreux de ce jeune institut religieux sis au diocèse d’Autun, venant là faire un « stage de désert » sous la haute et efficace direction du bon père Emmanuel. Celui-ci fut, après ce grand ouvrage, rappelé à Dieu en 1992 ainsi que son principal collaborateur. Ils ont, tous deux en particulier, laissé un grand souvenir en cette vallée.

La laure est aujourd’hui moins nombreuse mais elle poursuit courageusement son chemin dans la prière chrétienne soutenue, l’éloignement des choses du monde, l’amour de la solitude et de la pénitence, la charité fraternelle et l’accueil de ceux et celles qui viennent vers ces hauteurs, chercher réconfort, foi et silence. J’étais heureux de pouvoir célébrer avec eux et quelques-uns de leurs voisins et amis, ce joyeux anniversaire, de les encourager au nom de l’Église catholique et aussi de revoir quelques personnes de ce haut lieu merveilleux entre les sommets du Duffre, du Maraysse et du Bonnet rouge aux sources de l’Oule. J’ai également pu prier pour ceux et celles qui ne sont plus là, les fondateurs dont j’ai parlé et les autres que j’avais rencontrés, comme Monsieur l’ancien maire de Montmorin, cet homme charmant qui m’avait jadis accueilli plusieurs fois lors de mes diverses visites pastorales.

Mgr Raymond SÉGUY + Évêque émérite d’Autun, Chalon et Mâcon, abbé de Cluny ; ancien évêque de Gap ; en son ermitage de Prizot en Rouergue, le 31-VIII-2016.

Cet article a 8 commentaires

  1. Bonsoir,
    Sauriez-vous me dire à quelle adresse je peux écrire aux soeurs ermites de l’Adoux Doule ?
    Je vous remercie

    1. Bonjour,
      Vous pouvez leur écrire à “Laure Notre-Dame de Pentecôte, 05150 Montmorin”.
      Je vous souhaite une bonne journée.

      1. merci !

  2. Le Père Emmanuel de Floris que j’ai bien connu, ayant été élève à l’Alumnat d’En-Calcat de 1952 à 1956 était à mon époque Chargé de l’infirmerie et non cellérier(qu’il est peut-être devenu par la suite.Nous l’adorions et il connaissait ma famille.Il a vécu douloureusement les conditions de départ de l’Abbaye de son frère, Père Abbé Dom Marie en avril 1953

  3. Une belle récompense pour Monseigneur Séguy cette chapelle le fruit de sa foi, de son ambition et le bonheur des fidèles.
    Merci et que Dieu le garde!.

  4. Un grand regret de n’avoir pas été au courant de cette fête anniversaire de la dédicace de cette belle chapelle construite pas le Père Emmanuel de Floris, un de mes oncles du côté de ma mère.
    L’éloge de Monseigneur Séguy fait chaud au coeur.
    Michel Klein

    1. La Laure n’avait pas voulu que publicité en soit faite avant. Elle souhaitait fêter cet anniversaire dans l’intimité. D’où ce silence jusqu’à ce jour.

  5. Une bien jolie chapelle !

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