Mardi 19 mai 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri s’est rendu à Rosans, où de là les moniales bénédictines l’ont guidé vers l’ermitage de Sœur Marie-Thérèse, ermite depuis plus de cinquante ans, et installée dans la région depuis environ quarante-deux ans.

Il a pu visiter l’ermitage, y célébrer la messe et discuter avec Sœur Marie-Thérèse et les moniales.

Ci-dessous deux diaporamas de la visite dans ce lieu empreint de paix, et l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

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Homélie

Actes 20, 17-27
Jean 17, 1-11a

Mes sœurs,

Vous méditez la parole de Dieu certainement plus que moi. Vous en avez davantage le temps. Vous êtes comme Marie assise au pied de Jésus. Moi j’ai souvent l’impression d’être comme Marthe à me démener en tous sens dans la maison du Seigneur – son Église.

Alors vous auriez certainement plus de choses à dire sur ces lectures que moi-même. Cependant il est de la mission d’un évêque d’enseigner. Alors quel enseignement puis-je tirer de cette parole de Dieu pour vous, aujourd’hui ?

Ce qui m’a frappé, c’est qu’il est question dans ces lectures de la « garde ».

À ce mot « garde » vous pensez peut-être d’emblée, mes sœurs, à la garde de la cellule, à la garde des yeux, à la garde du cœur. Vous pensez peut-être à Marie, qui gardait et méditait tous les événements du salut dans son cœur. Vous avez raison.

Mais ici, dans ces lectures, ce thème prend d’autres tonalités. Dans la lecture des Actes nous voyons Paul qui achève sa course et le ministère qu’il a reçu du Seigneur Jésus. Il a été fidèle. Il n’a pas failli. Il n’a rien négligé de ce qu’il devait faire. Il a bien gardé l’évangile et il l’a bien transmis.

Et puis dans l’Évangile nous voyons Jésus qui va retourner vers son Père, et qui rend grâce au Père pour les apôtres qui ont bien gardé les paroles qu’il leur a transmises. « Ils ont gardé ta parole » dit Jésus à son Père.

Vous remarquerez dans ces deux lectures que garder les paroles de Jésus, leur être fidèle, cela ne signifie pas les enfermer à double-tour. Cela signifie au contraire les dispenser. Jésus nous a transmis les paroles reçues de son Père, il ne les a pas gardées pour lui. « Je leur ai donné les paroles que tu m’avais données » dit Jésus. Paul, lui, a annoncé « tout le dessein de Dieu ». Il a annoncé l’évangile. Il est passé « de maison en maison ».

Garder la parole, donc, ce n’est pas l’enfermer, c’est au contraire la semer à tous vents. On est fidèle à la parole reçue quand on l’annonce.

Est-ce à dire, chère sœur ermite, que vous n’avez rien compris à l’Évangile et qu’il vous faut dare-dare quitter cet ermitage pour passer de maison en maison, courir par monts et par vaux ? Non bien sûr.

Je dis « bien sûr », mais ce n’est pas si évident que cela pour beaucoup. Ça l’est pour vous certainement, sinon vous ne resteriez pas ici. Mais ce n’est pas évident pour beaucoup de nos contemporains. Ce n’est même pas si évident que cela pour moi, évêque, de tempérament beaucoup plus apostolique que contemplatif. Alors j’ai cherché à creuser cette parole de Dieu d’aujourd’hui, pour dire un « bien sûr » qui soit vrai.

Vous me direz si je suis dans la bonne direction, mais je pense avoir trouvé, ou avoir été « inspiré »… Toujours autour de cette question de « la garde », de « garder », il m’a semblé qu’il y avait autre chose dans cette parole de Dieu d’aujourd’hui que le simple fait de garder la parole en la dispensant aux autres, quelque chose de plus profond, et de commun à toute vocation. Il y a ici pour Jésus, et pour Paul à la suite de Jésus, la volonté d’être les gardiens de leurs frères et sœurs en humanité. Je ne parle pas d’être les gardiens dans le sens de garde-chiourmes, mais d’être les gardiens dans le sens où l’on porte le souci de ses frères et sœurs. Il y a dans ces deux lectures, la question de la garde de nos frères et sœurs en humanité.

La question que Dieu a posé à Caïn, Dieu continue de la poser à chacun de nous : « Où est Abel ton frère ? » « Que fais-tu d’Abel, de ton frère ? » À cette question, un chrétien ne saurait se défausser comme Caïn en disant : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » Non, nous ne pouvons répondre cela. Nous ne pouvons pas refuser de penser à nos frères. Nous ne pouvons pas nous désolidariser de nos frères. Nous sommes les gardiens de nos frères et sœurs, et c’est pour cela que nous nous engageons, que nous nous impliquons. « J’ai manifesté ton nom aux hommes » dit Jésus. Nulle indifférence chez lui pour l’un ou pour l’autre membre de notre humanité. Jésus s’est engagé à fond, jusqu’à donner sa vie, pour tous et pour chacun, pour la multitude. Nulle indifférence chez Paul non plus pour une catégorie de personnes : il s’est fait tout à tous, il a rendu témoignage « devant Juifs et Grecs ».

J’espère donc, mes sœurs, que ce n’est pas la seule quête de Dieu qui vous a poussées vers la vie monastique, vers la vie érémitique ! J’espère que c’est aussi le souci d’être les gardiennes de vos frères et sœurs en humanité. Dieu a confié l’homme à l’homme. Nous sommes responsables les uns des autres. « Tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous », a dit le pape François dans son homélie d’intronisation en 2013. Cette prise de conscience d’être responsable d’autrui pousse les uns vers l’action sociale, les autres vers la vie monastique, les autres vers la vie apostolique. Nous sommes gardiens de nos frères, nous avons souci d’eux, lorsque nous gardons fidèlement les paroles de Jésus dans notre cœur. Nous sommes gardiens de nos frères, nous avons le souci d’eux, lorsque nous semons l’évangile à tous vents.

Mes sœurs. Vous gardez la cellule, c’est bien. Vous avez le souci de la garde des yeux et du cœur. Parfait. Comme Marie vous gardez et méditez tous les événements du salut dans vos cœurs. Mais n’oubliez pas, s’il vous plaît : vous êtes les gardiennes de nous tous qui oublions et qui refusons l’essentiel. Vous êtes même les gardiennes de votre évêque !

Regardez une mère qui porte son enfant dans ses bras. On sent bien que, dans ce petit enfant, toute l’humanité est confiée à ses soins. Et cette jeune mère se sent la gardienne de cet enfant, et à travers lui de toute l’humanité, lorsqu’elle le berce et le nourrit, l’élève et le protège, et prie en son for intérieur pour qu’il soit gardé de tout mal.

Eh bien vous, mes sœurs, lorsqu’on vous voit prier, on devrait sentir que ce n’est pas en votre nom propre que vous priez. On devrait sentir que vous portez avec vous l’humanité entière, avec ses joies, ses peines, ses impasses, ses doutes, ses aspirations, ses attentes, ses folies mêmes.

Mes sœurs, si vous voulez être toujours plus les gardiennes des dons de Dieu (et certainement vous le voulez), eh bien forcément vous devez vous faire aussi toujours plus les gardiennes de nous tous, vos frères et sœurs en humanité.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Cet article a 4 commentaires

  1. croassant

    Ces religieuses qui vivent en ermites,je pensais que maintenant elles avaient un peu plus de liberté.Il faut un Amour au-dessus de tout pour faire pénitence et prier en silence pour l’humanité.C’est un vœu et un don que seul DIEU peut leur donner pour prier pour nous tous et le lieu est propice pour la méditation.Une campagne boisée et un lieu calme.Un bel exemple que MONSEIGNEUR nous offre et une visite chaleureuse que les moniales ont certainement apprécié et garderont un bon souvenir de leur EVEQUE admirable,soucieux des disciples de DIEU qui prient en solitaire.MERCI pour tout

  2. Elisabeth Meyer

    J’ignorais qu’il y avait encore des ermites dans notre pays. Ces religieuses sont admirables.
    Belle Homélie et très jolies photos.
    Merci pour ces partages.

  3. croassant

    MONSEIGNEUR,votre visite chez les moniales dans ce lieu paisible avec Monsieur Wiktor également et votre homélie toujours empreinte d’Amour pour son prochain.Des vies pour ces sœurs dans le silence d’une campagne tranquille pour méditer,prier et œuvrer avec leur foi pour soulager les souffrances de l’humain du chrétien.MONSEIGNEUR,vous dites,moins de temps pour prier mais vous agissez et priez par vos actes et tout ce que vous entreprenez.Je vous admire pour votre force,votre courage et le combat pour les chrétiens et tous les humains qui meurent pour retrouver une vie normale.Merci pour tous et priez pour moi MONSEIGNEUR

  4. Grimaldi Marie José

    Mais que cet endroit est merveilleux! Votre homélie, Monseigneur, est comme toujours un bel enseignement, pour nous, les fourmis laborieuses qui souvent tournent en rond et nous agitons en pure perte, mais aussi, dans le cas présent, pour ces consacrées, qui immobiles (c’est une image, elles ont leurs tâches aussi) se doivent de porter le monde dans ses joies et ses grandes souffrances …

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