Vivre l’Avent 2015 avec des diacres du diocèse de Gap et d’Embrun

« Aplanissez les montagnes… Quelle drôle d’idée ! dit Hugues Chardonnet. Et entre nous, je trouve assez cruel de demander à un guide de haute montagne de commenter une telle parole ; vous ne trouvez-pas ? De plus, faire une telle injonction dans les Hautes-Alpes ? Mais c’est un crime, notre département serait foutu ! Jean souhaite-t-il mettre tout le département au chômage ? »

Deuxième semaine de l’Avent
Hugues Chardonnet

Bonjour à toutes et à tous,

Nous poursuivons l’aventure vers le Christ en ce deuxième dimanche de l’Avent.

L’évangile d’aujourd’hui est le véritable commencement de l’évangile de Luc.

Luc est ici d’une précision historique remarquable, il nous offre pas moins de cinq références sur le pouvoir politique en place à l’époque et deux références de la caste religieuse sacerdotale. Veut-il nous entraîner dans une lecture au premier degré des événements historiques ?

Nous allons voir. En tout cas, il met en scène un personnage, Jean le Baptiste, le prophète qui vit dans le désert, lequel s’approprie la parole de son prédécesseur Isaïe : « Aplanissez les montagnes ».

Quelle drôle d’idée ! Et entre nous, je trouve assez cruel de demander à un guide de haute montagne de commenter une telle parole ; vous ne trouvez-pas ?

De plus, faire une telle injonction dans les Hautes-Alpes ? Mais c’est un crime, notre département serait foutu ! Jean souhaite-t-il mettre tout le département au chômage ?

À ce propos, je plains certains fondamentalistes qui se font fort d’être les lecteurs très purs des textes sacrés et refusent toute interprétation. Ils doivent être bien embarrassés ici.

Faut-il comprendre, à la lecture d’événements récents, que les fondamentalistes qui n’ont pas la force d’aplanir les montagnes (trop lourde cette demande de Dieu !) se rabattent sur les monuments humains, les traces de nos civilisations passées au moyen orient ou en Afrique ? plus grave encore, s’attaquent à des innocents sur de faux prétextes religieux ?

Tiens, ils s’attaquent à cette montagne qu’est la personne humaine. Mais je m’égare, je suis déjà dans une interprétation symbolique…

Mais oui, c’est sûr, Luc nous invite à une découverte qui dépasse le premier degré de la lecture historique ou littéraire. D’ailleurs, Jean fait ici une citation de l’introduction du livre de la consolation d’Israël. Il ne demande pas d’envoyer les bulldozers dans la montagne.

C’est un message symbolique et universel de découverte de l’importance, du poids, donc de la gloire, de la relation de l’homme avec Dieu : chemin de joie, de bonheur, de salut.

Il nous invite à prendre pleinement conscience de ce qui est le plus important dans la vie et de la responsabilité de ceux qui ont la chance d’être instruits : se décider à œuvrer pour Dieu.

Alors le chantier dont il est question dans la montagne, c’est comme l’autoroute A51 qui permettrait au plus grand nombre d’accéder à nos sublimes montagnes. Mais cette autoroute est avant tout personnelle et dans deux dimensions : spirituelle et concrète.

Jean nous rappelle qu’il faut garder le cap, le regard vers Dieu, et en même temps dégager l’horizon de tout ce qui encombre le paysage de nos contemporains qui les empêche de voir Dieu.

Aidons-nous mutuellement à sortir de nos ravins au fond desquels nous tournons en rond, tout préoccupés que nous sommes par nos désirs égoïstes. À chacun Jean parle aujourd’hui : Élargis ton regard vers tes frères et mets tes pas dans ceux du Christ.

Construis avec ta vie un chemin qui dit le Dieu d’Israël, Dieu de pardon, de service, de justice, de paix et de joie. Les ravins à combler ce sont nos frères et sœurs les plus pauvres, les oubliés de tous : l’absent de la fraternité, l’absent de la société, le rejeté, l’homme privé de tout bien et de droit civique, celle ou celui que Jésus cherche sans relâche.

Essayons par notre vie de ne pas être des contre-sens de Dieu. Essayons de suivre ce que Jean déjà demandait à ses disciples : pardonner, ne jamais profiter de sa situation, partager concrètement la moitié de ses biens.

L’exemple dramatique des tueurs de Paris a eu au moins ce mérite : que tous les croyants s’insurgent pour dire ce non-sens : Si Dieu est amour et miséricorde il ne peut pas vouloir que l’on tue des innocents en son nom.

Bien au contraire, pour nous, chrétiens à la suite du Christ, sachons-nous faire humblement serviteurs de tous nos frères et sœurs d’humanité et en priorité les plus pauvres, refusant de répondre à la violence par la violence mais plutôt par la compassion et le pardon.

Comme le Christ au Golgotha sachons dire « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Mais lorsqu’il reviendra, le Christ trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Hugues Chardonnet
Diacre permanent
du diocèse de Gap et d’Embrun

Cet article a 2 commentaires

  1. super enseignement , Merci

  2. Méditation vide de sens, c’est vraiment pas bien cette série. J’avais davantage apprécié l’Avent avec les religieux !
    Des messages sociaux politiques (l’A51) inopportuns!
    Vraiment dommage !

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