Vœux perpétuels en la cathédrale de Gap : un grand moment d’expérience de l’universalité de l’Église

Samedi 6 octobre, les sœurs Florence Ranivoarisoa et Mioraniaina Léa Rasoamananarivony ont prononcé leurs vœux perpétuels en la cathédrale de Gap. Chants en malgache, en polonais, en portugais, en latin, et bien sûr en français, ont ponctué une célébration de 2h45 émouvante, prenante, joyeuse, dansante même. L’occasion de se préparer à la Semaine missionnaire mondiale.

La célébration était présidée par Mgr Félix Caillet, vicaire général, en présence de Mgr Donald Pelletier, évêque émérite de Morondava à Madagascar, religieux Missionnaire de Notre-Dame de la Salette, originaire du Massachusetts aux États-Unis.

Mgr Félix Caillet a profité de la célébration pour présenter les deux prêtres malgaches venus remplacer les pères Jean-Marie Rakotosolofo et Albert Rabearison qui vont retourner dans les semaines qui viennent dans leur diocèse d’Antsirabe, après exactement six ans passés au service des Haut-Alpins, notamment dans le Champsaur et le Dévoluy. Les deux nouveaux prêtres malgaches, arrivés la veille de la célébration, sont les pères Jean-Liset Randriamanantenasoa et Mamitiana-Victorien Razanamparany.


Les sœurs de La Salette se rendent en chantant et dansant auprès des Sœurs Miora et Florence après la profession de leurs vœux en signe d’accueil définitif dans la Congrégation.
“Qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruits ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire”.

Appel de Sœur Miora et de Sœur Florence
Mgr Félix Caillet au cours de son homélie
Prostration pendant la litanie des saints chantée en malgache
Sœur Florence prononce ses vœux de pauvreté, chasteté et obéissance entre les mains d’Élisabeth Guiboux, supérieure générale des Sœurs de la Salette
Puis c’est au tour de Sœur Miora de faire de même.
Prière de Mgr Félix Caillet sur les nouvelles religieuses
Remise de l’alliance, signe du lien au Christ
Accueil dans la Congrégation
Célébration eucharistique
L’ensemble des prêtres et diacres présents, au cours de la célébration eucharistique
Mgr Donald Pelletier, évêque émérite de Morondava
Ultime danse malgache…
…avec des enfants venus rejoindre les Sœurs

 

 Homélie

Entre rires et larmes, le silence, la prière et le chant !

Assise, la tête dans les mains, les coudes sur les genoux, dans une attitude de profonde tristesse, la Grande Dame pleure.

Cette femme, c’est celle qui laissa jaillir de son cœur le Magnificat, chant de foi, d’allégresse et d’espérance.

Sœurs Florence et Miora, vous allez tout à l’heure vous engager devant nous mais aussi devant l’Église universelle et devant le monde entier, à la suite du Christ dans l’Amour du Père, disponibles à l’Esprit. Oui, votre engagement concerne l’Église et le monde. Il est pour l’Église et pour le monde.

Entre rires et larmes, la vie spirituelle, la vie religieuse.

Quand Marie, la grande Dame, se présente en larmes, c’est Dieu, dans son abaissement, qui se manifeste. « On dirait une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait sauvée dans la montagne pour pleurer », déclare les récits d’apparition. Elle paraît en même temps grande et toute de lumière. Par là, Marie ouvre votre cœur et notre cœur à cette Béatitude, « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ! » Oui, heureux ceux qui pleurent et malheureux ceux qui ne peuvent pas pleurer, ceux qui ne veulent pas pleurer, ceux à qui on a dit, tu ne pleureras pas ! Une vie religieuse sans compassion serait le fruit sec d’une vie désincarnée.

Ayez assez de cœur pour pleurer ! Ayez assez de cœur pour sécher les larmes de celles et de ceux auprès de qui vous vivez ! Ayez assez de cœur pour vous laisser émouvoir par les drames personnels et collectifs des femmes et des hommes de notre temps ! Vous savez de quoi je parle, mes sœurs, vous, dont le cœur est ouvert aux malades, ouvert aux jeunes avec leurs questions, leurs recherches, leurs doutes, ouvert aux personnes toutes ordinaires de nos villages, aux prêtres et mêmes aux évêques. Les fleurs sur une table de maison épiscopale deviennent, pour un évêque et ses invités, un rayon de lumière dissipant les fatigues, les inquiétudes et éclairant les raisons de bonheur pour un chemin de confiance et d’espérance.

Entre rires et larmes…

Saint Augustin a écrit : « Suivez le chemin. Chantez en marchant. C’est ce que font les voyageurs pour alléger leur fardeau. […] Chantez un chant nouveau. Ne laissez personne venir vous seriner les vieux refrains. Chantez les chansons d’amour de votre pays. […] Comme chantent les voyageurs, et ils chantent souvent la nuit. Tous les bruits qu’ils entendent alentour sont effrayants. Mais ils chantent même quand ils ont peur des bandits. » (Enarrationes in Psalmos, 66,6)

En relisant ces mots cette semaine, j’imaginais bien le père Sébastien sur les chemins de Saint Jacques chantant, sifflant pour se donner du courage et accueillir la grandeur de cette expérience du pèlerinage.

Mais, je pensais surtout à vous mes sœurs. Faites-vous quelque chose sans sourire ?… Vous avez le secret de la joie. Oui, vous savez pleurer mais vous savez aussi chanter, danser, faire la fête. La tristesse se mue très vite en rires paisibles. Je garde le souvenir de dimanche dernier autour du lit de Sœur Claire-Odette. De la vivacité dans sa tête, de la malice dans son regard. Pour ceux qui en douteraient, je dispose d’un certain nombre de photos de danses, de chants, corbeilles de fruits ou gâteaux, voire même bouteilles, sur la tête. Pas seulement les toutes jeunes qu’on pourrait penser plus turbulentes mais aussi provinciales et mère générale. Cette joie est communicative et construit la communion. Si parmi vous tous, certains, certaines craignent la solitude, surtout vous les jeunes, choisissez la vie de communauté, investissez dans la vie communautaire. Vous connaîtrez vite un retour sur investissement. Là où beaucoup semblent désespérer, édifiez une communauté qui, entre rires et larmes, ouvre à l’Espérance. À celles et ceux qui sont écrasés et désespérés par la violence de la vie, offrez vos communautés comme havre de paix pour s’ancrer de nouveau dans la vraie vie.

Entre rires et larmes, le silence et l’adoration.

Vous n’aurez pas trop de toute votre vie pour réaliser la plénitude de l’Amour du Seigneur sur vous. Son amour saisit dans tous les sens du terme. Son Amour saisit notre main pour nous entrainer au-delà de nous-mêmes, au-delà de nos faiblesses, voire de nos lâchetés, de nos peurs, de nos timidités. Un amour tellement saisissant qu’il en arrive à nous donner des frissons de tendresse et de bonheur quand nous réalisons de quel Amour nous sommes aimés.

« Tu es mon serviteur. Je te choisis et ne te rejette pas. Ne crains rien car je suis avec toi. Ne promène pas des regards inquiets car je suis ton Dieu. Je te fortifie. […] Je viens à ton secours. » Ces paroles sont pour vous, Florence et Miora. Elles sont aussi pour chacun d’entre nous. Elles sont pour vous les jeunes. Ayons l’esprit d’adoration dans le silence avec Celui qui nous aime. Son Amour est pour tous. Il est de tous les jours.

Entre larmes et rires, la prière et le chant.

La puissance du Christ repose sur nous. Sa grâce nous suffit. Saint Paul parle d’expérience, lui qui a été comme rattrapé par les cheveux pour être remis sur le chemin du salut. Il nous livre ces paroles : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ! »

La prière est ce moment d’intimité dans l’Amour. Un moment, comme le dit Saint Jean, où l’on demeure en Dieu. De la prière, les fruits jaillissent, nombreux les ouvriers qui attendent à la porte pour cueillir les fruits de l’Amour dont la douceur fait oublier les raisins de la colère.

N’entendez-vous pas, mes sœurs, cette musique qui monte du plus intime de vous-mêmes : « Tu es mon Père, je m’abandonne à toi ! Tu es mon Père, je me confie en toi ! »

Entre larmes et rires, le silence, la prière et le chant.

Mgr Félix Caillet



Cet article a 1 commentaire

  1. C’est beau, c’est bon, ça fait du bien !
    Merci Monseigneur Caillet pour cette homélie dont la lecture est un vrai moment de bonheur ; elle nous rassure, nous invite, renouvelle notre Espérance en cet Amour qui est pour tous, cet Amour « de tous les jours ! »
    Merci également à vous, Sœur Florence et Sœur Miora, ainsi qu’à toutes les religieuses. Votre Foi joyeuse, généreuse s’exprime si bien dans vos sourires, dans vos chants, dans vos danses !
    Merci pour votre disponibilité et surtout pour le don de vos vies !

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