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Vendredi Saint 15 avril – Office de la Passion19h00 Cathédrale de Gap

« Voici l’homme. »

Ecce homo. Cette parole de Pilate est pleine de sens. Non pas ‘voici votre homme’, mais ‘voici l’homme’, générique, l’homme par excellence. Cette célébration de la passion est traversée par cette question de l’identité de Jésus. Le mystère de la mort et de la résurrection de  Notre Seigneur que nous célébrons est un diamant avec beaucoup de facettes. Comme méditation, je vous propose de le regarder par cette facette : « Voici l’homme. »

Qui cherchez-vous ? demande Jésus aux soldats. Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen ». Il leur dit par trois fois : « C’est moi ». Le contraste est grand avec Pierre qui quelques heures après niera sa propre identité aussi par trois fois avant que le coq chante, comme le lui avait prédit Jésus : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? Non, je ne le suis pas ! »

Jésus se reconnait dans le titre de ‘Jésus de Nazareth’, le fils du charpentier.  Et qu’en est-il du titre de roi ? « Es-tu le roi des Juifs ? » demande Pilate. Jésus réponds : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Les soldats le revête d’un manteau rouge et lui enfonce une couronne d’épine sur la tête, se moquant de lui : « Salut à toi, roi des Juifs ! » Et pourtant c’est cet homme, ridiculisé et martyrisé que Pilate présente : « Voici l’homme. » Puis en le livrant aux juifs, Pilate leur dit : « Voici votre roi. » Et il fait rédiger un écriteau qu’il fit placer sur la croix : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais :
“Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »

Jésus l’homme de Nazareth est un roi humilié. Comme dit la prophétie d’Isaïe, notre première lecture, « La multitude avait été consternée – Il étonnera de même une multitude de nations » Qu’est qui la consterne, qu’est-ce qui l’étonne ? « Il était sans apparence ni beauté … Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs » Ce qui la consterne c’est le ‘scandalum crucis’, le scandale de la Croix, mort réservée aux esclaves en fuite. Le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, meurt comme un esclave sur une croix.

Ce scandale de la Croix a été une vraie pierre d’achoppement pour la conversion des hébreux.

Alors l’auteur de la lettre aux hébreux en donne la clef de lecture : « nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. » Comme prophétisait Isaïe : « En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. … Par ses blessures, nous sommes guéris. »

Déjà dans la passion, en ce vendredi saint, il y a les prémisses de sa victoire sur la mort, qui est notre guérison de la mort éternelle. Je vous en relève quelques unes :

– Le dialogue avec Marie sa mère, à qui il nous confie :« Femme, voici ton fils. Voici ta mère. »
– Son cri « J’ai soif », que mère Teresa inscrivit dans les chapelles des missionnaires de la charité. La soif de Dieu.
– La dernière parole de Jésus en Croix dans cet évangile de saint Jean : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête,
il remit l’esprit.
– Puis après sa mort, les soldats ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ;
et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau…. Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

Frère Charles de Foucauld – vous avez compris que je le prends comme guide spirituel de ce triduum pascal alors qu’il va être canonisé à Rome le 15 mai ; Frère Charles portait sur sa bure blanche d’ermite, un cœur rouge surmonté de la Croix, fruit de sa méditation du coeur ouvert de Jésus.

Je le cite : « Que vous nous aimez, ô Cœur de Jésus ! Il ne vous a pas suffi de contenir tous les hommes, ces hommes si ingrats, pendant toute votre vie, vous avez encore voulu leur être ouvert et être blessé pour eux après votre mort ; vous avez voulu porter éternellement cette blessure comme signe de votre amour, comme signe que votre Cœur est toujours ouvert à tous les vivants, est toujours prêt à les recevoir, à leur pardonner, à les aimer. Par cette ouverture béante, vous appelez éternellement tous les hommes à croire à votre amour, à avoir confiance en lui, à venir à vous, si souillés qu’ils soient. A tous, tous, même aux plus indignes, votre cœur est ouvert; pour tous, tous, il a été percé ! Vous aimez tous les vivants, vous les appelez tous à Vous, Vous leur offrez à tous le salut jusqu’à leur dernière heure, leur dernier instant. Voilà ce que vous nous dites, vous nous criez éternellement par cette bouche béante de votre Coeur, ô tendre Jésus ! »

Ce Vendredi Saint, notre Seigneur est crucifié à Marioupol et à Boutcha. Dans toutes les villes ukrainiennes, son coeur saigne. Nous ajouterons une intention de prière à la grande prière universelle qui suit, « pour tous les territoires ravagés par la guerre partout dans le monde et spécialement en Ukraine. » Dans son message quotidien d’hier, au cinquantième jour de guerre, l’archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne écrivait : « Les cigognes sont revenues dans nos villages et villes d’Ukraine, volant au-dessus des incendies, au-dessus des maisons détruites, au-dessus des tombes fraîchement recouvertes. (C’est) l’espérance qui vient de la foi dans le Christ ressuscité, de la Pâque du Seigneur, à laquelle nous nous préparons. »

Reprenant l’épitre aux Hébreux, « avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. »