« Vous êtes, mes sœurs, spirituellement des nomades, des expatriées », dit Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Mercredi 9 septembre 2015, l’abbaye Notre-Dame de Miséricorde à Rosans célébrait le 10e anniversaire de la dédicace de son église. Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait la célébration. « Vous êtes, mes sœurs, spirituellement des nomades, des expatriées », leur a-t-il dit dans son homélie, faisant ensuite référence au pape François qui a invité « chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère et sanctuaire de toute l’Europe à accueillir une famille de réfugiés ».

À cette messe se trouvaient aussi le Conseil épiscopal, réuni depuis deux jours pour travailler sur l’année pastorale, et des membres de la Société missionnaire de la Miséricorde divine, venus depuis Toulon à l’abbaye pour leur retraite de rentrée.

Ci-dessous des photos et l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Lundi 7 septembre : Le Conseil épiscopal se trouve réuni à l’abbaye pour la rentrée pastorale

Lundi 7 septembre : Le père Daniel Ange, de passage à l’abbaye, salue Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et son Conseil

Mardi 8 septembre : “Fête de famille” des moniales…

… sur le thème de l’Orient Express

Mercredi 9 septembre : Rencontre des moniales et du Conseil épiscopal…

… avant la messe de la dédicace

Mercredi 9 septembre : Mgr Jean-Michel di Falco Léandri préside la messe solennelle de la dédicace

Les chantres entonnent une des pièces grégoriennes

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au cours de son homélie (voir le texte ci-dessous)

Deux des aspirants à devenir membres de la Société missionnaire de la Miséricorde divine, en retraite à l’abbaye, servent la messe
À l’invitation de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, les cinq membres de la Société missionnaire de la Miséricorde divine présents à l’abbaye (deux prêtres et trois aspirants) …

 

… partagent le repas avec le Conseil.

 

 

Homélie

Mes chères sœurs,

Il y a dix ans déjà, le vendredi 9 septembre 2005, cette église abbatiale de Notre-Dame de Miséricorde à Rosans était consacrée par le Cardinal Bernard Panafieu, alors archevêque métropolitain de Marseille, entouré de Mgr Pascal N’Koué, évêque de Natitingou, diocèse jumelé avec celui d’Aix, et de moi-même. La communauté de Jouques était présente, ainsi que des bénédictins et bénédictines venus d’autres communautés, sans compter prêtres, parents et amis de votre communauté. Le souvenir de cette célébration habite encore nos cœurs et nos esprits, et je suppose que, pour celles qui n’étaient pas là, vous leur avez raconté.

Au cours de ces dix années votre famille monastique a connu des épreuves, mais le Seigneur ne vous a pas abandonnées, bien au contraire il vous a accordé la force de son amour pour que vous parveniez à surmonter les épreuves et à panser les blessures. À trop regarder le passé on néglige le présent et on compromet l’avenir.

Ce sont nos propres erreurs et nos propres fautes qui ouvrent notre cœur à la Miséricorde.

Depuis votre arrivée il y a presque un quart de siècle déjà, vous êtes de plus en plus enracinées sur cette terre du Rosanais. Votre cimetière compte déjà quelques religieuses. Le vœu de stabilité que vous prononcez prend tout son sens. Et pourtant vous restez des nomades en ce monde. D’une certaine manière vous nous l’avez démontré hier au soir. [NdlR : référence à la “fête de famille” de la veille, sur le thème de l’Orient Express]

Comme je le dis souvent lors de l’installation d’un prêtre comme curé, le mot installation c’est le terme prévu par l’Église pour l’accueil d’un nouveau pasteur. Mais toute la vie du prêtre est de ne jamais s’installer. Il est l’homme de passage, toujours prêt à aller vers ceux que le Seigneur et son Église placent sur son chemin et lui confient.

Il en est de même pour vous aussi, mes sœurs. Certes vous faites vœu de stabilité. Mais vous êtes loin d’être installées. Car vous faites aussi vœu de conversion. C’est-à-dire que vous êtes engagées à vous laisser guérir et transformer par le Seigneur et par la vie fraternelle. Vous avez décidé de vous laisser transformer, non pas en une seule fois (par votre entrée au monastère), et non pas non plus pour quelques mois (le temps du noviciat), mais vous avez décidé de vous laisser transformer tout au long de votre vie. Vous vous êtes engagées à ne jamais vous installer, ni à vous croire arrivées. Vous êtes en marche dans le désert de vos vies, en route vers la terre promise, avec l’eucharistie comme manne dans vos journées, avec la parole de Dieu comme colonne de lumière dans vos nuits. Ce monastère est bien plus pour vous une tente de toile qu’une maison de briques et de pierres.

Malgré la clôture, vous êtes, mes sœurs, spirituellement des nomades, des expatriées. Vous êtes toujours prêtes à tout quitter pour entrer toujours plus profondément dans votre cœur et pour être toujours plus proches de vos sœurs dans l’amour fraternel. Vous restez ouvertes à l’imprévu. Vous êtes prêtes à tout lâcher sans hésitation comme au premier jour dans ce grand élan de votre générosité qui vous a menées jusqu’en ce lieu. Vous voyagez léger, sans grands bagages, rien que l’essentiel. Vous avez des outils, des animaux, des champs, vous vous servez de choses et d’autres de cette terre et vous l’aimez cette terre, mais vous aimez cette terre sans vous y accrocher désespérément, et sans vous y arrêter. Vous cherchez avant tout le Royaume, et ce que vous aimez en cette terre, c’est le Royaume en germe.

Ce Royaume vous le trouvez dans cette nature qui vous environne. Le Très-Haut n’habite pas dans ce qui est fait de main d’homme. Le ciel est son trône, et la terre, l’escabeau de ses pieds. Ce Royaume vous le trouvez dans cette église abbatiale où vous passez de longues heures, où vous vous adressez à Dieu en notre nom à tous, et où il vous répond – je l’espère –  par une paix qui surpasse toute intelligence. Le Royaume vous le trouvez aussi dans la communauté de vos sœurs, votre Église domestique en quelque sorte. Le Royaume vous le trouvez enfin en votre propre cœur lorsqu’il s’ouvre aux appels de Dieu. Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison, la maison de ton cœur.

Mais où habite le Seigneur ? Où se trouve le Royaume aussi ? On a dit dans la nature, œuvre de Dieu, dans l’église de pierres, dans la communauté, en soi-même dans son cœur, mais où encore ? Eh bien dans l’étranger !

Nous est étranger celui qui est étrange à nos yeux, qui est extérieur à nous. Mais quelqu’un est-il extérieur à Dieu ? Personne. Dieu habite la terre. Il est au plus intime de tout être. Rien ne lui est étranger. Et donc rien ne devrait nous être étranger non plus. Et surtout pas un autre être humain, image de Dieu comme vous et moi.

Si le Christ devient vraiment et de plus en plus le fondement de nos vies et de nos communautés, il ne manquera pas de venir frapper à notre porte en la personne de frères et sœurs en humanité dont la maison s’est écroulée : que ce soit leur maison en dur, ou la maison de leur cœur, ou la maison de leurs communautés. Votre tradition bénédictine d’hospitalité se vit jusque-là, jusqu’à cette extrémité.

Le Saint-Père nous l’a rappelé dimanche. En vue du Jubilé de la Miséricorde, il a invité, je le cite : « chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère et sanctuaire de toute l’Europe à accueillir une famille de réfugiés, à commencer par le diocèse de Rome ». Il s’agit, a précisé le pape, « d’un geste concret en préparation à l’Année Sainte » qui débutera le 8 décembre prochain. Car « la miséricorde est le second nom de l’amour », a-t-il expliqué.

Tout au long de cette année de la Miséricorde nous saurons sans doute trouver les mots pour en parler. Mais ce que le Christ attend de nous ce n’est pas de palabrer sur la Miséricorde mais de la vivre au plus profond de notre cœur, et dans notre chair.

Depuis le début de son pontificat le Pape François, au-delà des mots, est le témoin par excellence de la Miséricorde du Christ. Avec le Pape François, l’image publique d’une Église qui accueille, aime et pardonne se substitue à l’image d’une Église qui juge et condamne.

Mes sœurs, nous fêtons les dix ans de la dédicace de cette église. Mais cette église n’a pas été construite pour que vous y meniez une petite vie tranquille. Et je suis témoin que ce n’est pas ce que vous faites. Cette église abbatiale a été placée sous le vocable de Notre-Dame de la Miséricorde, avec Marie qui étend sur nous son manteau comme une toile de tente pour nous protéger. Et nous sommes tous, nous aussi, appelés à être des tentes, des toits protecteurs, des maisons de Dieu, les uns pour les autres. Le Christ nous confie son amour pour nous, certes, mais aussi pour être auprès de celles et ceux qu’il place sur notre chemin, les relais de son amour.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 3 commentaires

  1. Il est formidable de faire des réunions en plein air avec le soleil en plus!

    Cette Église abbatiale a beaucoup de charme, elle est propice à la prière, permet sans aucun doute de vivre pleinement sa foi et de mettre en pratique les differents messages de notre Pape François
    .

  2. superbe ces album ! Merci pour ce partage . Tellement rafraîchissant de voir toutes ces religieuses .

  3. MONSEIGNEUR,tous les jours je regarde votre agenda et des journées bien chargées avec des déplacements dispersés.Vous aussi,vous êtes un nomade spirituel MONSEIGNEUR,comme ces moniales,à l’Abbaye de Rosans.Des sœurs,un engagement sans faille dans le silence,la paix et la Miséricorde du Christ!,un exemple pour nous Chrétiens.Ce monastère,leur royaume,leur maison,prier pour nous dans l’isolement.Votre visite,leur Evêque qui sait les comprendre,leur donner du courage pour persévérer avec une homélie touchante et humaine.Ces 2 jours avec le Conseil Episcopal,j’ai remarqué la présence du Père Ludovic Frère et votre Diacre et médecin qui s’occupe si bien de vous.Bon début de semaine à Paris et bon courage MONSEIGNEUR.Priez pour nous.

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