« Y’a d’la joie » chez les moniales !
« Là où il y a les religieux il y a la joie »

« Là où il y a les religieux il y a la joie » a dit le pape François aux personnes consacrées. Vérification faite en ce lundi 13 avril 2015 au sanctuaire Notre-Dame du Laus.

Une fois n’est pas coutume, les moniales de la province ont pu sortir de leur abbaye, de leur couvent, de leur monastère, de leur prieuré, pour se rendre à Notre-Dame du Laus dans le cadre de l’année jubilaire du sanctuaire qui se clôturera le 1er mai prochain.

Les sœurs y ont passé toute la journée de lundi, avec la messe présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, un repas en commun, une conférence du père abbé de la trappe de Notre-Dame des Neiges (Ardèche), le père Hugues de Seréville, et les vêpres. Elles ont pu se confesser, passer la porte de l’année jubilaire, visiter le sanctuaire, aller à Pindreau.

Père abbé Hugues de Seréville et Mgr Jean-Philippe Nault

Une journée fraternelle de paix et de joie, à l’image de ce que le pape François invite les consacrées à vivre en cette Année de la vie consacrée.

Mgr Jean-Philippe Nault, nouvel évêque de Digne, était présent et a fêté ses cinquante ans au cours du déjeuner.

Mgr Jean-Philippe Nault soufflant « sa » bougie

Ci-dessous l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, un diaporama de photos, et des vidéos.

À noter que les moniales de France viennent de refaire leur site internet en cette année de la vie consacrée. Plus d’information tout en bas de cette page internet.

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Homélie

par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Mes chères sœurs,

Comme le père Ludovic l’a dit au début de cette célébration, cette journée au sanctuaire Notre-Dame du Laus a été souhaitée par des moniales cloîtrées, afin de vivre l’année jubilaire. Et ces sœurs n’ont pu garder cette grâce pour elles seules. Elles ont voulu la partager. Elles ont donc invité d’autres moniales à se joindre à elles, puis des sœurs apostoliques, puis l’ensemble du peuple de Dieu. Donc un grand merci mes sœurs qui êtes à l’origine de cette heureuse initiative.

Quant à celles qui n’ont pas compris le sens de cette démarche, et si je peux me permettre une note d’humour, elles sont plus papistes que le pape, respectons cependant leur décision en les invitant simplement à ne pas s’instaurer en donneuses de leçon.

Le pape François, par l’intermédiaire du cardinal Pietro Parolin, a permis et béni cette célébration conjointe du jubilé du Laus et de l’année de la vie consacrée. Un signe parmi d’autres qu’il est bien plus attaché à l’esprit de la clôture qu’à la lettre. Qu’il en soit aussi vivement remercié. Et nous le portons dans nos prières.

Alors mes sœurs, je préfère vous prévenir tout de suite, cette homélie va être longue [rires]. Il y a dix pages [rires]. Mais vous voyez, c’est quand même écrit en très gros. Je me suis dit que vous n’étiez pas des habituées du zapping et que vous gardiez intacte une certaine capacité d’attention. Je vous pense donc capable de me supporter pendant dix minutes, peut-être un quart d’heure. Peut-être me fais-je bien des illusions sur votre compte… Nous verrons bien, je garde un œil sur les risques de somnolence. [rires]

À partir des lectures du jour, deux sujets imbriqués l’un dans l’autre se sont imposés à moi : le sens de la clôture monastique, et les liens entre l’action et la contemplation. Plus précisément encore, entre la contemplation et l’action, pour les placer dans l’ordre.

Il n’est pas évident pour nos contemporains, même chrétiens pratiquants, de comprendre le sens de la clôture monastique. Ils peuvent ressentir de la frustration à ne pas pouvoir franchir les portes d’un monastère, à ne pas y déambuler ni le visiter à leur guise. Et à l’inverse il n’est pas évident pour certains moines et certaines moniales, très attachés à la clôture, de comprendre qu’on puisse en sortir sans pour autant la rompre.

Les lectures que la liturgie nous a données à entendre en ce temps de Pâques peuvent nous aider à saisir qu’il ne saurait y avoir d’opposition en soi entre la clôture et une sortie de clôture, ni même entre la contemplation et l’action.

La première lecture nous présente Pierre et Jean relâchés d’une garde à vue et d’un interrogatoire. Libérés, ils se rendent auprès des leurs, autrement dit, ils rentrent dans leur communauté, ils rentrent en clôture. Là ils témoignent auprès de leurs condisciples des faits de Dieu. La reconnaissance des bienfaits de Dieu dans leur vie les amène à prier tous ensemble, comme dans un monastère, si bien qu’à la fin de leur prière le lieu où ils sont réunis se met à trembler. Ils sont tous remplis du Saint-Esprit et ils sortent, comme des religieux apostoliques, annoncer à tous la parole de Dieu avec assurance.

L’évangile, lui, nous présente Nicodème qui vient dans la nuit trouver Jésus. Et la nuit est propice à l’intimité, aux échanges, aux confidences. Et de tout son être Nicodème est dans une attitude de quête, d’attente, d’écoute et de contemplation, comme on peut l’être dans un monastère, lors d’un office dans la nuit, lors des vigiles. Or que dit Jésus à Nicodème sinon qu’il faut naître d’en-haut ? Et qu’est-ce qu’une naissance sinon une sortie au monde ? Une sortie au souffle de l’Esprit sans savoir où il va nous mener. On est alors dans l’action.

Les images et les exemples ne manquent pas de cette interaction nécessaire et réciproque entre la contemplation et l’action, entre la prière et l’apostolat. Le Verbe était tourné vers Dieu dans le sein du Père (Jean 1,1) – contemplation – et il a planté sa tente parmi nous (Jean 1,14) – action. Jésus se retirait la nuit pour prier – contemplation – et il guérissait les foules – action. Dans le Christ se trouvent conjugués le temps et l’éternité, le temps « lieu » de l’action, et l’éternité « lieu » de la contemplation.

[Mgr Jean-Michel di Falco regarde l’assemblée] Je regarde pour voir si… [rires] Bon… Ça a l’air d’aller pour le moment.

Pour nous cela peut se traduire de diverses manières. Du jésuite on pourrait dire qu’il est contemplatif dans l’action [contemplativus simul in actione], d’un dominicain qu’il contemple et communique aux autres le fruit de sa contemplation [contemplare et contemplata aliis tradere], d’un bénédictin qu’il prie et travaille [ora et labora]. Il y a une telle complémentarité entre la contemplation et l’action qu’une carmélite qui n’a jamais quitté son carmel, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, est devenue la patronne des missions !

Et je me souviens que le pape Jean-Paul II, lors de sa venue en France en 1997 pour les JMJ de Paris, avait donné comme modèle aux jeunes une contemplative, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, et un homme d’action, Frédéric Ozanam. Une foi équilibrée conjugue deux forces, pour employer des termes de physique, (dont l’un d’entre eux n’est pas très beau mais je n’y suis pour rien), la force centripète, celle qui nous ramène au centre, la contemplation ; et la force centrifuge qui nous renvoie vers l’extérieur, l’action.

Et autour de nous, aujourd’hui, dans la vie de tous les jours, les laïcs passent eux aussi continuellement d’une attitude plutôt contemplative à une attitude plus active, même s’ils n’utilisent pas ces termes. Ils passent ainsi de la vie de famille à la vie professionnelle, de moments seuls et à des moments conviviaux, de temps de loisirs et de détente [otium] à des temps de productivité et de commerce [negotium]. C’est le rythme même de la vie.

En effet, à tous les échelons de notre être, et quel que soit notre état de vie, nous passons de la contemplation à l’action, et nous avons besoin pour cela à la fois de zones retirées et de zones d’échange, de zones protégées et de zones exposées. Je dis « à tous les échelons de notre être », car regardons déjà ne serait-ce que notre corps. Sur le plan physiologique notre peau est à la fois une barrière protectrice et une zone d’échange avec le milieu extérieur. Regardons aussi au niveau de notre affectivité. Notre pudeur nous permet à la fois de nous préserver, de rester les gardiens de notre propre mystère, et à la fois de nous réserver, de nous livrer pleinement en qui nous avons foi. Regardons au plan sociétal, médiatique, juridique. Régulièrement un fait divers nous invite à réfléchir sur ce qui relève de la vie publique (et peut en conséquence être accessible à tous) et ce qui relève de la vie privée (et doit en conséquence être préservé du regard voyeur ou inquisiteur d’autrui). Regardons même au niveau des échanges commerciaux d’une nation : ne parle-on pas de protectionnisme ou de libre-échange selon qu’on ferme ou qu’on ouvre les frontières aux produits étrangers ? En effet, à tous les échelons de notre être, et quel que soit notre état de vie, et même en tant que corps social, nous avons besoin à la fois de zones de protection et de zones d’échange, d’intimité et de relation.

Et la clôture monastique en est tout simplement la manifestation visible pour une communauté de disciples du Christ.

Dans nos villes, dans nos campagnes, nous sommes environnés de lieux ouverts et d’espaces clos. À commencer par nos maisons et nos appartements ! Dans une famille, on n’ouvre pas la porte à n’importe qui. Et même autorisé à franchir le seuil d’une maison, on s’interdit bien l’accès à certaines pièces à moins d’y être invité. Certaines pièces sont plus intimes que d’autres. On n’entre pas dans la chambre conjugale, lieu de l’intimité du couple, comme on entre dans la salle de séjour ou la salle à manger ! Et on comprend cela pour soi-même, pour nos familles. Je pense qu’on peut à partir de là comprendre le sens de la clôture pour les moines et les moniales.

Pour nous donc qui sommes en dehors de toute clôture monastique, respectons cette clôture des moines et des moniales. C’est leur intimité. Une intimité qui a une dimension nuptiale et sponsale. L’amour sponsal est le don de sa propre personne à une autre personne, et l’accueil de cette autre personne dans sa singularité, comme Autre. Nous comprenons qu’un couple vive la sponsalité conjugale dans l’intimité, à l’abri des regards. Acceptons que la sponsalité d’une personne consacrée se passe aussi dans l’intimité d’un cœur à cœur. C’est par le monachisme que s’est développée la spiritualité des noces avec le Christ. Nos sœurs cloîtrées en sont le signe pour nos Églises diocésaines.

Et pour vous, mes sœurs, qui êtes en clôture, intériorisez cette clôture de manière à ne pas vous sentir perdues lorsque vous en sortez. « Ma fille, bâtis-toi deux cellules, disait sainte Catherine de Sienne, d’abord une cellule véritable, afin que tu ne coures pas […] en tous sens […], à moins que ce ne soit nécessaire, ou que tu ne puisses le faire par amour de ton prochain. Et ensuite, bâtis-toi une cellule spirituelle, que tu pourras toujours emporter avec toi. »

[Mgr Jean-Michel di Falco regarde l’assemblée] [rires]

Mes sœurs, vous pouvez beaucoup apporter à notre monde par la construction d’une clôture extérieure et intérieure qui ne soit pas que pur rempart par rapport au monde extérieur. Les règles concernant la clôture peuvent varier d’une congrégation à une autre, tout comme peuvent varier d’une famille à une autre les règles quant à l’accueil fait aux personnes étrangères à la famille, tout comme peuvent varier d’une culture à une autre, d’une époque à une autre, les codes entre ce qui relève de l’intime et ce qui n’en relève pas. Mais toujours votre clôture se doit d’être synonyme d’intimité, et non pas de fermeture. La richesse de votre vie doit pouvoir filtrer à travers votre clôture. Cette richesse et cette vitalité doivent pouvoir filtrer aussi bien de la clôture toute extérieure de vos bâtiments que de la clôture toute intérieure de chacune de vos personnes. La richesse de vos vies intérieures doit transparaître sur vos visages, par la luminosité de vos regards et de vos sourires ! Rappelez-vous ce que vous a écrit le pape François en lançant l’année de la vie consacrée : « Là où il y a des religieuses il y a [Mgr Jean-Michel di Falco s’interrompt et regarde l’assemblée qui continue d’un seul chœur :] de la joie ! »

Très bien, vous avez bien retenu ce qu’a dit le pape [rires]. Mes sœurs. Parmi toutes les missions qui pourraient vous être confiées, je voudrais vous en confier une qui va dans le sens de ce que je viens de dire.

Avec les bouleversements récents des moyens de communication, nos jeunes en quête de leur intimité et de leur identité sont un peu perdus alors même qu’ils maîtrisent mieux que nous les i-phones, les i-pads, les i-pods et j’en passe [rires]. Avec Facebook, avec twitter, avec les réseaux sociaux, ils sont tentés de croire que ce qui n’est pas montré n’existe pas, qu’ils n’existent que s’ils se montrent. Ces jeunes savent en même temps qu’à trop exposer leur vie sur les réseaux sociaux ils la mettent en danger, si des informations qui sont mises en ligne leur échappent et tombent entre des mains indélicates.

Par votre existence même, vous pouvez témoigner de ce qu’il convient de garder scellé – pas par honte mais par respect de soi tout simplement – et de ce qu’il est important de manifester au grand jour. Par votre existence même, vous pouvez témoigner qu’une vie qui n’est pas étalée sur la place publique gagne en profondeur, en mystère et en densité. Vous pouvez témoigner que la pudeur est un mécanisme protecteur naturel qui permet à l’être humain de se construire à l’abri des regards indiscrets dans toutes ses dimensions, psychique, physique, spirituelle et émotionnelle. L’intime est un lieu de liberté, et la pudeur est une résistance salutaire pour ne pas dévoiler au tout-venant ce qui se met en place dans les profondeurs de son être.

Une vie totalement transparente au regard d’autrui serait insoutenable. Pour ceux qui ont lu 1984, le roman de George Orwell, ou qui ont vu le film : « Big Brother vous regarde » [Big Brother is watching you]. C’est une menace qui pèse sur notre société. On cherche heureusement à s’en préserver. En revanche il est important de se savoir sous le regard de Dieu et de se rendre totalement transparent à ce regard. Le regard de Dieu n’est pas un regard inquisiteur et menaçant. C’est un regard penché sur nos misères, certes, mais ce n’est pas un regard de pitié condescendante, ni un regard voyeur, ni un regard inquisiteur. C’est un regard de miséricorde qui relève et fait grandir. J’espère que vous avez pu en faire l’expérience. Et j’espère que vous en témoignez.

Vous êtes pour la plupart ici aujourd’hui des consacrées contemplatives. Et la contemplation de l’action miséricordieuse de Dieu à l’égard de notre humanité doit se transformer peu à peu en action, en regards et en gestes concrets de miséricorde.

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » nous dit Jésus en saint Matthieu (5, 48). « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » nous précise saint Luc (6, 36). Heureusement que saint Luc nous précise la direction à suivre, sinon nous pourrions être tentés de croire que la perfection réside dans une vie exempte de péchés ! Non, notre perfection n’est pas dans une vie exempte de péchés, elle est dans une vie pétrie de miséricorde et d’amour. La plus grande perfection de Dieu réside dans son infinie miséricorde. Et nous entrons dans cette perfection de Dieu lorsque nous pardonnons à celles et ceux qui nous ont offensés, ainsi que Jésus nous invite à le faire dans notre prière du Notre Père.

La bonté de Dieu est infinie. Elle n’a pas de limites. Là est la plus grande perfection de Dieu. Comme disait saint Jean Chrysostome de manière imagée : « L’Océan a des rives, la Bonté de Dieu n’en a aucune. » Alors n’en posons pas ! Ne déterminons pas nous-mêmes qui aurait droit au pardon de Dieu et qui en serait exclu. Ne posons pas de limites à la miséricorde par nos mesquineries, par nos refus de pardonner, par nos jugements présomptueux. Le don est un acte créateur. Le pardon est un acte créateur. De ce témoignage aussi notre monde a besoin.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Offertoire

par les Sœurs de La Salette

Nouveau site internet pour les moniales de France

Les moniales de France viennent de refaire leur site internet. En cette année de la vie consacrée elles nous demandent de faire connaître ce site et leur forme de vie qui rayonne aujourd’hui encore, bien vivante au cœur de l’Église, enracinée dans la tradition et ouverte sur l’avenir.

www.service-des-moniales.cef.fr

Pour soutenir les monastères,
achetez des produits fabriqués par les moines et les moniales

www.artisanatmonastique.com

Cet article a 4 commentaires

  1. de gois

    quelle vous écoute , nous sommes tous fils et fille du divin , jésus a dit <<< donnez-moi tout se que vous avez et je vous donnerai se que je posède
    il y a dans le monde beaucoups d'homme et de femme qui partage ,aime ,et travaille sur soit
    qui le font en silence , en méditant qui aprenne aussi la

  2. croassant

    J’admire ces Moniales!,qui consacrent leur vie leur intimité pour un “Amour sponsal”.Faire don de sa propre personne à DIEU.Des journées a prier,aider son prochain.Votre homélie,MONSEIGNEUR,ne semble pas longue,tellement vos paroles sont généreuses pour les Sœurs et gratifiantes pour nous.Heureusement les règles de clôture varient par rapport à certaines congrégations.Mais leur bonheur,prier dans la solitude et l’intimité.Moi aussi,en pensionnat chez les sœurs,toute mon adolescence et j’en garde un bon souvenir.Merci MONSEIGNEUR de nous rappeller un peu d’humilité et la pudeur de ces femmes.Beau témoignage de passion pour le CHRIST.

  3. Grimaldi Marie José

    combien j’aime ces femmes (et ses hommes) qui retirées de notre monde si bruyant et pourtant oh !combien au milieu de nous , nous consacrent leurs vies à prier pour nous, pour notre monde délirant avec tellement d’amour et d’humilité ! Belle homélie (et pas si longue que ça) Monseigneur !.

  4. Elisabeth Meyer

    En admiration devant les religieuses qui vouent leur vie à Dieu et aux autres. Elles me rappellent mon enfance au patronage avec les Sœurs de St Vincent de Paul dont les cornettes m’impressionnaient à cette époque.
    Cette Longue Homélie Monseigneur est empreinte de vérité.

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