You are currently viewing Les yeux fixés sur Jésus – homélie à l’abbaye de Rosans le 14 août 2022

Dimanche 14 août 2022 – TO 20

« Les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. » Cette belle expression de l’auteur inconnu de la lettre aux hébreux est peut-être l’un des joyaux de la Liturgie de ce dimanche.

Bien sûr vous auriez pu me citer aussi le célèbre cri du coeur de Notre Seigneur Jésus-Christ : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! ».

Mais comme la suite n’est guère réjouissante :  « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. » Et que la première lecture ne l’est pas plus, avec le martyr programmé du prophète Jérémie, jeté dans la boue de la citerne de Melkias, alors je préfère retenir ce jour cette parole « Les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. »

Toutefois, au moins dans la première lecture, nous avions une très belle figure, celle de Ébed-Mélek, un étranger, un éthiopien, un païen, qui osa dire au roi : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! » La Bible nous donne plusieurs exemples d’étrangers plus respectueux de Dieu et de ses prophètes que les membres du peuple élu, et on pense au bon Samaritain.

On pourrait dire que ce païen a déjà reçu le feu, le feu de l’Esprit Saint, tant il est vrai qu’il souffle où il veut, et donc aussi en dehors du peuple élu et de notre Eglise, mais par une grâce qui vient par elle. Sans doute en avez vous rencontré de ces saints Païens, que le théologien Karl Rhaner appelle les chrétiens anonymes. Il sera un jour révélé que ces hommes et ces femmes, chaque fois qu’ils accomplissent de tels gestes envers les plus petits, les accomplissent à leur insu envers le « Fils de l’homme ».

Priez pour que les chrétiens, et en particulier, nous évêques, ayons ce courage de dire aux puissants : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! »

Je me permets une application contemporaine. Une loi est passée le 24 août 2021, il y a donc une année, avec le titre de vouloir « conforter le respect des principes de la République ».

Elle prévoit, soit-disant pour lutter contre les mosquées extrémistes, que chaque association cultuelle dépose tous le 5 ans une demande d’autorisation en préfecture, y compris les associations diocésaines. Je dis soi-disant, car les autorités ont déjà tous les instruments juridiques pour fermer ces mosquées radicales et ne s’en privent pas. Nous sommes passé d’une loi 1905 de respect des croyances et des cultes à une loi 2021 d’autorisation des cultes.

Comment notre Eglise pourrait accepter de se soumettre à une demande d’autorisation d’exister ? Nous existions bien avant toute structure politique actuelle. Certes, actuellement les préfets sont intelligents et respectueux d’une vraie laïcité; mais imaginons que mes propos répétés sur le respect dû aux réfugiés qui passent par nos montagnes ne plaisent pas au pouvoir en place, et que je lui dise : « Monseigneur le ministre, ce que ces gens-là ont fait aux réfugiés, c’est mal ! » OU alors concernant la défense de la vie, sur les drames de l’avortement et de l’euthanasie.

Alors le diocèse de Gap n’obtiendrait peut-être pas cette autorisation ! Quelles seraient les conséquences, nul ne le sait ! Nouveau vol des biens de l’Eglise, clandestinité de nos structures, etc… ?

C’est une vraie intention de prière que je vous confie. D’autant plus volontiers que les congrégations religieuses se rappellent les lois anti-congréganistes de la fin du 19ème siècle, qui jusqu’à la première guerre mondiale, soumettait chaque congrégation au bon vouloir du pouvoir par un système d’autorisation d’exister ! Les cultes unis sur cette question ont perdu un recours en Conseil Constitutionnel, et actuellement ils font un recours en Conseil d’Etat. 

Il y a 80 ans, le cardinal Jules Saliège, ancien évêque de Gap et alors archevêque de Toulouse, faisait retentir son appel à la conscience chrétienne et humaine, contre les rafles des Juifs.

C’était le 23 août 1942, il écrivait une lettre destinée à être lues dans les églises. M. Haïm Korsia, a demandé à tous les rabbins du Consistoire de lire ou faire lire dans leurs synagogues la lettre du cardinal Saliège, le samedi 16 juillet dernier, anniversaire des rafles du Veld’hiv à Paris.
La voix du cardinal Saliège a atteint beaucoup de cœurs et d’esprit, et encouragé une authentique résistance aux mesures inhumaines prises par le gouvernement et exécutées par la police. Pour le 15 aout, toutes les paroisses du diocèse sont invitées à lire cette lettre de Mgr Jules Saliège.

« Mes très chers Frères,

Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.

Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ?
Pourquoi sommes-nous des vaincus ?
Seigneur ayez pitié de nous.
Notre-Dame, priez pour la France.

Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.

France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.

Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement. »

Jules-Géraud Saliège,  Archevêque de Toulouse

Chères soeurs, il nous faut aussi du courage, devant cette laïcité qui se durcit, ces atteintes à la vie humaine qui se multiplient. Je pense que notre Eglise va vers des temps de plus en plus difficiles, que la liberté religieuse est remise en cause.Ajoutez-y la guerre d’invasion de la Russie en Ukraine, la menace de la Chine sur Taïwan, et de nombreux autres conflits, et nous sommes bien dans une guerre mondiale par morceaux, selon l’expression du pape François. 

Alors la seule voie pour nous est de garder « les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine – c’est notre histoire sainte, notre rencontre avec Jésus, notre appel vocationnel – et au terme de la foi – c’est notre fin dernière, le coeur de Jésus dans l’éternité-. »

Demandons au Seigneur la grâce d’être courageux et confiant dans les grâces de foi, d’espérance et de charité qu’il ne cesse de nous donner. Amen !