Homélie de Mgr Xavier Malle, le 1er Juin 2020 – ND du Laus, en la Fête de Marie mère de l’Eglise – Fête des jubilaires

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère. » Le monde vit actuellement un calvaire. Même si en France nous sommes joyeux du déconfinement, de nous retrouver ainsi au sanctuaire Notre-Dame du Laus, le monde n’en a pas fini avec cette pandémie, et notre pays, notre diocèse et notre sanctuaire n’en ont pas finis avec ses conséquences économiques et humaines. « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère. » 

Pendant toute cette période, près de votre croix, Marie Notre-Dame du Laus s’est tenue. Elle était proche visuellement par les moyens de communication modernes ; et en votre nom, je remercie toutes les équipes du Laus, qui sous la conduite du recteur et du directeur se sont dévoués magnifiquement pour soutenir à distance tous les pèlerins. Ceux-ci demandant de continuer à bénéficier à distance du soutien du sanctuaire, nous avons anticipé, dans le projet des travaux « Le Laus 2025 », la tranche de la sonorisation et de la retransmission vidéo automatisée. Elle sera opérationnelle fin juin, nous l’espérons.

Si Marie se tenait là, chacun de nous a reçu le réconfort de sa présence, comme la vénérable Benoîte Rencurel l’a expérimenté : « Benoîte voit la belle Dame dans le vallon, qui la console entièrement » (CA G. p. 11 XIV [57] – année 1664); et personnellement cela m’est arrivé plusieurs fois dans ces mois si difficiles. Elle est bien une mère attentive, consolante, encourageante. D’où l’intuition d’une année mariale diocésaine, pour que chacun puisse l’expérimenter. Notre année mariale diocésaine commencera ici même le 6 septembre prochain, et s’achèvera un an après, le 12 septembre 2021, par la consécration ou le renouvellement de la consécration du diocèse à la Vierge, et la possibilité pour ceux qui le désirent, de vivre une consécration personnelle. Quand j’ai parlé à Mère Françoise, abbesse de Rosans, de cette intuition, elle sentais que c’était important pour redécouvrir la maternité de Marie. Marie est bien la nouvelle Eve, la mère des vivants selon l’expression du livre de la Genèse, notre première lecture. « L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. » Puis au calvaire, Jésus nous a donné sa maman comme mère, et nous a confiée à elle, car l’apôtre saint Jean nous y représentait tous. « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » Vous comprenez pourquoi le slogan de notre année mariale diocésaine sera : « Prenez Marie chez vous ! »

Cette maternité de Marie, le Pape François l’a fortement marquée en instituant cette fête de Marie mère de l’Eglise chaque lundi de Pentecôte. L’Eglise étant le Corps du Christ dont chaque baptisé est membre, Marie étant la Mère du Christ, elle est par conséquence, Mère de tous les membres du Corps du Christ, Mère de tous les disciples qui forment l’Eglise, mère de l’Eglise. Le pape saint Paul VI, dans son discours de conclusion de la III session du Concile Vatican II le 21 novembre 1964 invoquait Marie en disant : « O Vierge Marie, Mère très auguste de l’Eglise, nous te recommandons toute l’Eglise et le concile œcuménique !  ». Nous le faisons aussi aujourd’hui, pour lui recommander notre église diocésaine, et en particulier tous les jubilaires.

En cette fête diocésaine des jubilaires, je voudrais souligner combien Marie est mère de chacune de nos vocations. Car finalement, elle a connue toutes les vocations : jeune fille célibataire, mariée, veuve, et aussi en un sens consacrée, consacrée dans la virginité. Elle est présente à chacune des étapes de nos vies, comme elle l’a été aux moments importants de la vie de Jésus, son incarnation, sa vie publique, sa passion, et selon la tradition sa résurrection, puisque Jésus lui serait apparu ressuscité le premier, et enfin la Pentecôte que nous avons célébrée hier. Elle est mère de fidélité, selon le très beau vocable de l’abbaye Notre-Dame de Fidélité de Jouques, abbaye Mère de Rosans. Votre jubilé chers amis, peut s’appuyer sur la fidélité de Marie.

Cher consacrés jubilaires, par sa propre présentation au Temple, puis par la présentation de son Fils Jésus au Temple, fêté le 2 février, elle est mère de votre consécration religieuse, et la chandeleur est votre fête.

Chers mariés jubilaires, par son mariage avec Joseph, par sa présence à Cana, Marie est mère de votre mariage. Et il est tellement beau à certains mariages, de pouvoir proposer à la mariée d’offrir son bouquet de mariage en hommage à Marie. Et bien en votre jubilé, offrez lui le bouquet de votre prière de reconnaissance. Sa présence ne vous a pas manqué pendant toutes ces années, et ne vous manquera pas.

Chers diacres jubilaires, pas son Magnificat, son chant de la servante du Seigneur, pas sa présence lors de la vie cachée de Jésus, puis son accompagnement lors de la vie publique de son Fils, elle est mère de votre vocation de serviteur.

Chers frères prêtres, par son rôle irremplaçable dans l’Incarnation, dans la Rédemption, et par sa présence à la Pentecôte, elle est mère de votre mission d’apôtre.

Le même saint Paul VI à l’Audience générale du 7 octobre 1964 disait : « Quelles relations et quelles distinctions y a-t-il entre la maternité de Marie, rendue universelle par la dignité et par la charité de la place que Dieu lui a attribuée dans le plan de la Rédemption, et le sacerdoce apostolique, constitué par le Seigneur pour être l’instrument de communication salvifique entre Dieu et les hommes ? Marie donne le Christ à l’humanité ; et, de même, le sacerdoce donne le Christ à l’humanité, mais d’une manière différente, cela va de soi : Marie par l’Incarnation et par l’effusion de la grâce, dont Dieu l’a comblée ; le sacerdoce par les pouvoirs conférés par l’Ordre sacré » Et il est tellement beau de savoir que le Pape François, au départ et au retour de ses voyages apostoliques de par le monde, va toujours déposer des fleurs à Marie, Salut du Peuple romain, dans la basilique Ste Marie Majeure de Rome, pour lui confier ce voyage. Ce lundi de Pentecôte, fête diocésaine des jubilaires, en la fête universelle Marie Mère de l’Eglise, c’est bien la maternité de Marie que nous célébrons.

En accueillant Marie comme mère de l’Eglise, notre Eglise devient à son tour une Mère. Le Concile Vatican II l’écrit dans la constitution sur l’Eglise, Lumen Gentium, au §64 :  « En contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Eglise devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi: par la prédication en effet, et par le baptême, elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle aussi est vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu’elle garde intègre et pure ; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve, par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère. »

Alors prier Marie mère de l’Eglise, c’est prier pour la maternité de notre Eglise. Je confie à votre prière et à celle de Marie notre église diocésaine, qui va vivre ici le 14 juin l’ordination du séminariste Thibaud. Je confie à votre prière et à celle de Marie ceux qui discernent sur une entrée au séminaire. Je confie à votre prière les futures nominations dans notre diocèse, qui seront annoncées seulement vers la fin du mois. « Quand Benoîte voit la très digne Mère de Dieu, elle se réjouit. Mais surtout, cette grande Reine l’égaye et l’encourage ». (CA A. p. 451 [497]) 

Courage frères et soeurs, Marie ne nous abandonne pas, mais intercède pour nous. Amen !

Lundi 1er juin 2020 – Programme au LAUS

7h30 : messe, 8h10 : laudes, 9h : chapelet

10h30 : messe de la fête de Marie, Mère de l’Église. Fête des jubilaires prêtres, diacres, consacrés, mariés, présidée par Mgr Xavier Malle.

NB : l’hôtellerie restauration n’est déconfinée que le 2 juin ; penser à votre pique-nique !

15h : adoration, 16h30 : vêpres.

Fête de Marie Mère de l’Eglise

Conformément à la volonté du Pape, la mémoire de Marie Mère de l’Église est désormais obligatoire pour toute l’Église de rite romain, le lundi après la Pentecôte, cette année le 1er juin 2020.

La Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a publié le samedi 3 mars 2018 un décret en ce sens, signé le 11 février 2018, date du cent-soixantième anniversaire de la première apparition de la Vierge à Lourdes.

Décret sur la célébration de la bienheureuse Vierge Marie Mère de l’Eglise dans le Calendrier Romain Général

La joyeuse vénération dédiée à la Mère de Dieu dans l’Eglise contemporaine, à la lumière de la réflexion sur le mystère du Christ et sur sa propre nature, ne pouvait pas oublier cette figure de Femme (cf. Gal 4, 4), la Vierge Marie, qui est à la fois Mère du Christ et Mère de l’Eglise.

Ceci était déjà en quelque sorte présent dans la pensée de l’Eglise à partir des paroles prémonitoires de saint Augustin et de saint Léon le Grand. Le premier, en effet, dit que Marie est la mère des membres du Christ, parce qu’elle a coopéré par sa charité à la renaissance des fidèles dans l’Eglise; puis l’autre, quand il dit que la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps, indique que Marie est en même temps mère du Christ, Fils de Dieu, et mère des membres de son Corps mystique, c’est-à-dire de l’Eglise. Ces considérations dérivent de la maternité de Marie et de son intime union à l’œuvre du Rédempteur, qui a culminé à l’heure de la croix.

La Mère en effet, qui était près de la croix (Jn 19, 25), accepta il testament d’amour de son Fils et accueillit tous les hommes, personnifiés par le disciple bien-aimé, comme les enfants qui doivent renaître à la vie divine, devenant ainsi la tendre mère de l’Eglise que le Christ a générée sur la croix, quand il rendait l’Esprit. A son tour, dans le disciple bien-aimé, le Christ choisit tous les disciples comme vicaires de son amour envers la Mère, la leur confiant afin qu’ils l’accueillent avec affection filiale.

Guide prévoyante de l’Eglise naissante, Marie a donc commencé sa propre mission maternelle déjà au cénacle, priant avec les Apôtres dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint (cf. Ac 1,14). Dans ce sentiment, au cours des siècles, la piété chrétienne a honoré Marie avec les titres, en quelque sorte équivalents, de Mère des disciples, des fidèles, des croyants, de tous ceux qui renaissent dans le Christ, et aussi de “Mère de l’Eglise”, comme il apparaît dans les textes d’auteurs spirituels ainsi que dans le Magistère de Benoît XIV et de Léon XIII.

De ce qui précède on voit clairement le fondement sur lequel le bienheureux pape Paul VI, en concluant, le 21 novembre 1964, la troisième session du Concile Vatican II, a déclaré la bienheureuse Vierge Marie “Mère de l’Eglise, c’est-à-dire Mère de tout le peuple chrétien, aussi bien des fidèles que des Pasteurs, qui l’appellent Mère très aimable”, et a établi que “le peuple chrétien tout entier honore toujours et de plus en plus la Mère de Dieu par ce nom très doux”.

Le Siège apostolique a ainsi proposé, à l’occasion de l’Année Sainte de la Réconciliation (1975), une messe votive en l’honneur de la bienheureuse Marie Mère de l’Eglise, insérée par la suite dans le Missel Romain; il a aussi accordé la faculté d’ajouter l’invocation de ce titre dans les Litanies Laurétanes (1980) et il a publié d’autres formules dans le recueil des messes de la bienheureuse Vierge Marie (1986). Pour certaines nations, diocèses et familles religieuses qui en ont fait la demande, il a concédé d’ajouter cette célébration dans leur Calendrier particulier.

Le Souverain Pontife François, considérant avec attention comment la promotion de cette dévotion peut favoriser, chez les Pasteurs, les religieux et les fidèles, la croissance du sens maternel de l’Eglise et de la vraie piété mariale, a décidé que la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, soit inscrite dans le Calendrier Romain le lundi de la Pentecôte, et célébrée chaque année.

Cette célébration nous aidera à nous rappeler que la vie chrétienne, pour croître, doit être ancrée au mystère de la Croix, à l’oblation du Christ dans le banquet eucharistique et à la Vierge offrante, Mère du Rédempteur et de tous les rachetés.

Une telle mémoire devra donc apparaître dans tous les Calendriers et les Livres liturgiques pour la célébration de la Messe et de la Liturgie des Heures; les textes liturgiques nécessaires à ces célébrations sont joints à ce décret et leurs traductions, approuvées par les Conférences Episcopales, seront publiées après la confirmation de ce Dicastère.

Là où la célébration de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, est déjà célébrée, selon les normes du droit particulier approuvé, à un jour différent avec un degré liturgique supérieur, même dans le futur, peut être célébrée de la même manière.

Nonobstant toutes choses contraires.

Du siège de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 11 février 2018, en la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie de Lourdes.

Robert Cardinal Sarah, Préfet + Arthur Roche, Archevêque Secrétaire