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Monseigneur Raymond Seguy, évêque émérite d’Autun, Châlon et Mâcon est décédé le 21 mars 2022 dans sa 93ème année et sa 41ème année d’épiscopat. Il fut évêque de Gap de novembre 1981 à août 1987.
Samedi 26 mars dernier, la messe des obsèques a eu lieu en la Cathédrale Saint Lazare d’Autun. Une célébration sobre et priante à laquelle Mgr Xavier Malle et le père Bertrand Gournay ont pu se rendre.

Obsèques Mgr Seguy

Homélie pour les obsèques de Mgr Raymond Seguy par Mgr Benoît Rivière, évêque d’autun

Lam 3, 17-26
Ps 62
Marc 14, 32-36

« Il est bon d’espérer en silence le salut du Seigneur !
Oui, il est bon, le Seigneur, pour qui le cherche et l’attend. »

Loin d’isoler des autres, cette recherche met en communion avec le meilleur de l’humanité. Dans le fond, chaque être humain désire entendre : « tu n’as pas été créé pour la mort ; et la mort, un jour, sera derrière toi ! »
Pourtant, n’éprouvons-nous pas aussi la vérité de ces mots du livre des lamentations, si actuelle pour les peuples meurtris par la guerre : « j’ai oublié le bonheur, la paix a déserté mon âme » ? Oh oui ! Et qu’elle est douloureuse la mortifère coupure de fraternité, quand l’homme et les peuples s’attachent à leurs pulsions et non pas au grand désir que le créateur a mis en sa création : être en alliance confiante, être frères les uns des autres vraiment.

« Vous me verrez vivant, dit le Seigneur, lui qui n’a pas rougi de nous appeler ses frères, parce que dit-il, je vis et que vous vivrez ».Le cœur humain attend de connaître si oui ou non les promesses du Seigneur sont vraies. Le cœur humain, en son fond, est capable, ô oui, vraiment, d’aimer purement et simplement, d’aimer sans ombre d’amertume, et d’aimer sans retour en arrière.

Cet après-midi nous aspirons à l’amour qui vient d’en-haut, jusqu’à travers le voile douloureux de la mort. Nous sommes entraînés dans l’action de grâce de Jésus à son Père : « je te rends grâce, Père, Seigneur du ciel et de la terre… » Nous prions, appuyés les uns sur les autres, et sur ceux qui nous précédent dans le Royaume des béatitudes. Nous prions en puisant dans le cœur invisible de l’Eglise universelle, c’est-à-dire dans le cœur de Marie, mère du Christ et des chrétiens.

Au début de cette célébration, le livre de la prière des heures a été déposé sur le cercueil de notre frère Raymond. Notre frère était un homme de prière, et un homme profondément attaché à l’Eglise, dont il se recevait comme un enfant. Il savait d’ailleurs fort bien s’adresser aux enfants en partant de la beauté des saints et des saintes, en qui la jeunesse de l’Eglise éclate au grand jour, aujourd’hui comme hier.

Disons-le, Mgr Séguy a senti, à certaines heures difficiles, (un de ses amis, évêque émérite, parle de « tribulations » à cet endroit), il a senti son âme défaillir, et il a puisé la force dans la prière et dans les sacrements de l’Eglise. Il a médité les mystères joyeux autant que les mystère douloureux, en particulier la solitude de Jésus au jardin des oliviers, avec les larmes dans la prière qui engage la vie entière. Regarder devant, et non pas derrière. Nous sommes dans ce temps pour avancer et non pas pour rétrograder. La pâque de Mgr Séguy avec Jésus nous y engage clairement maintenant.

Au début du jour, il y a ce psaume : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride altérée sans eau…Toute ma vie, je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton Nom ! » Dans le soutien invisible mais ô combien réel des saints et des saintes, nous voulons que notre vie soit une invocation amoureuse dans une ouverture constante aux autres grâce à Celui qui vient nous sauver.

Nous avançons dans la foi. Nous nous appuyons sur la foi des saints et des saintes, connus et anonymes, innombrables, qui ont porté leur témoignage sur cette terre de Bourgogne.
D’où vient leur longue persévérance dans l’épreuve ?
D’où vient leur fidélité à la prière des heures de chaque jour, joyeux et douloureux ?
D’où vient leur pudique et loyale fidélité dans les amitiés ?
D’où vient leur renoncement à la gloire superficielle des hommes ?

Cela vient du Christ, en qui nous trouvons la vie, le mouvement et l’être, et en qui nous fondons entièrement notre existence. Cet après-midi, nous remettons dans l’offrande du Christ lui-même, la vie et les actes de Mgr Séguy ; nous n’en connaissons d’ailleurs qu’une toute petite partie, car Mgr Séguy demeurait un homme discret, cachant dans l’humour un cœur sensible et exigeant envers lui-même. Nous savons qu’il aimait le diocèse d’Autun, et il faudrait ici laisser parler la voix des petits et des sans-grades pour l’attester. Je sais qu’il a transmis la charge épiscopale de façon totalement confiante, et avec un vrai détachement vis-à-vis de lui-même.

Nous savons qu’il repose maintenant avec les serviteurs de l’Eglise sur cette terre du diocèse d’Autun. Il connaissait notre terroir, ô combien, avec la sagesse et le bon sens de « l’homme de terre » qu’il était. Il avait ce singulier détachement des agitations mondaines et ecclésiastiques ; il avait ce singulier détachement des idées trop à la mode pour être profondes ! Il n’aimait pas les vaines querelles de mots. Puissent ses successeurs fuir sans bruit les vains bavardages, pour entrer plus avant dans les conversations qui font grandir en humanité et qui laissent davantage de place à l’Esprit-Saint ! L’Esprit agit en effet partout et toujours où se trouvent des êtres vrais et honnêtes.

Déjà pendant les 15 années de sa retraite sur sa terre natale, Mgr Séguy nous a rappelé qu’il est bon d’espérer en silence le salut de Dieu, et d’aimer inlassablement. Nous nous en souvenons aujourd’hui avec une vraie et profonde gratitude.
Que soit reçu dans l’immense bonheur du ciel, notre frère Raymond pour qui nous sommes réunis dans l’eucharistie, pain pour la route !

Texte de présentation de Mgr Raymond Seguy fait par le père Auduc, ancien vicaire général