« Alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : La paix soit avec vous ! »

L’Evangile nous rapporte l’apparition de Jésus ressuscité aux disciples, au Cénacle, le soir de Pâques. Ils sont dans une situation périlleuse, risquant à tout instant d’être eux-aussi arrêtés. « La paix soit avec vous ! » « Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté, et leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! » La paix qu’il leur donne est obtenue par ses saintes plaies, grâce à la victoire sur le mal et sur la mort. Nous sortons d’une période anxiogène. La mort a été partout présente, comme me l’a écrit dernièrement un prêtre pour d’une manière très belle m’inviter à réfléchir sur ce sujet : « Chaque soir le directeur général de la santé énumérait des statistiques et les défunts devenaient un nombre plus ou moins élevé ; le drame signalé dans les Ehpad ou les services d’urgence, laissant imaginer seulement la solitude et l’angoisse de milliers de personnes séparées de leurs familles; l’effet anxiogène généré plus largement dans les populations et les familles quant au devenir des plus anciens parmi nous, marquant la fragilité de notre condition humaine. » On peut ajouter la mort en solitude, les enterrements sans toute la famille. Alors qu’auparavant, la mort était cachée dans les hôpitaux ; elle était là étalée dans nos journaux. Mais d’une manière anxiogène. Alors il est bon d’entendre ce matin Jésus nous dire « La paix soit avec vous ! » Et de le laisser nous montrer ses mains et son côté transpercé. Comme le chante la séquence de la Pentecôte, cette prière avant l’Evangile : « Viens, Esprit Saint.. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. »

Oui, la mort éternelle a été vaincue par la Résurrection de Jésus. Et la Pentecôte est le don de l’Esprit Saint qui permet aux apôtres de vivre déjà de cette vie éternelle, dans une paix profonde. Une baptisée reçue dernièrement à ma permanence me demandait : comment Dieu a t’il pu faire la création alors qu’il savait que tant d’hommes et de femmes souffrirait ? Cela m’a fait réfléchir. D’abord la création n’est pas comme Dieu l’a faite, car l’homme dès le péché originel l’a abimée. Nous le voyons aussi sur le plan de la préservation de la Maison commune. Et le pape a eu une belle intuition dimanche dernier de nous inviter à une année LaudatoSi, pour relire son encyclique après la Pandémie.

Ensuite, Dieu n’a pas abandonné sa création à son triste sort, il lui a envoyé son Fils. Et le Fils, avec le Père, à la Pentecôte, ont envoyé l’Esprit : « Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » Souffler sur les apôtres, c’est le même verbe que dans l’acte créateur. Dieu insuffla la vie à ses créatures. C’est une nouvelle création. Demandons à L’Esprit d’être recréés aujourd’hui, d’être remis dans la paix et la confiance après la pandémie.

L’Esprit Saint est la voile du bateau disent les pères de l’Eglise, qui nous permet d’avancer dans le monde en chrétiens, vers la vie éternelle. Les effets de sa présence sont nombreux. Ainsi, « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » A ses apôtres, Jésus leur donne une part de son pouvoir : remettre les péchés, c’est-à-dire, accomplir pour chaque homme l’acte re-créateur, l’acte rédempteur. C’est le miracle de la confession, qui est une recréation.

Puis 50 jours après Pâques, Jésus recommence. C’est une raison pour laquelle l’Eglise sépare Baptême et confirmation : on reçoit déjà l’Esprit Saint au baptême, mais notre confirmation est notre pentecôte personnelle. C’est saint Paul dans les Actes des Apôtres, qui raconte ce grand évènement. Il détaille les conséquences du don de l’Esprit, avec cette image des langues de feu se posant sur chacun des apôtres. Il communique sa chaleur, il embrase le coeur des apôtres et les envoie dans le monde entier. C’est impressionnant : 11 apôtres peureux, avec la Vierge Marie, bientôt rejoint par Matthias, qui va remplacer Juda, vont partir en mission dans le monde entier connu à l’époque. Et pourtant, les circonstances n’étaient pas moins dangereuses qu’aujourd’hui, et d’ailleurs tous les apôtres sont morts martyrs. Tous. Et qui est celle qui les a tous unit ? Marie. C’est aussi le sens de l’année mariale que nous allons vivre à partir de septembre prochain.

Quel fruit missionnaire pour les apôtres ! Jésus ressuscité est annoncé dans toute la terre connue. La mission, c’est dans nos gènes. Beaucoup de haut-alpins sont partis en mission au loin. Cette année, nous célébrons le jubilé des 300 ans de la mort à Pékin du jésuite Embrunais Pierre Jartoux. Il a été envoyé par le roi Louis XIV à la cour de l’empereur Chinois, sous prétexte qu’il était scientifique. Et notre beau diocèse a de tout temps reçu des missionnaires. Je pense avec reconnaissance aux bretons, réfugiés climatiques de l’asthme. Et actuellement, aux pères Salettins malgache dans le champsaur, et aux franciscains congolais dans le Veynois. C’est une grande grâce pour nous. Venant d’une autre culture, ils vont peut-être nous aider à sortir de nos conflits de chrétiens gaulois. Vous savez, dans une BD d’Astérix, il y a toujours des grosses bagarres, mais à la fin, comme si l’Esprit de Pentecôte avait soufflé, il y a un banquet final qui unit tout le monde dans la joie, à l’exception du barde, car il chante vraiment trop faux ! Notre Eglise française, et particulièrement notre église des Hautes-Alpes, et notre grande paroisse de Gap, me fait parfois penser à ce village gaulois. Reprenons le récit des Actes des apôtres : « Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes. » Pourquoi est-ce que saint Paul prends le temps de citer la grande diversité des croyants réunis à l’occasion de la grande fête de la Pentecôte ? Assurément pas seulement pour que cela soit aujourd’hui une épreuve pour le lecteur de notre première lecture ! « Tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu »

Voilà ce que fait l’Esprit Saint frères et soeur : En respectant notre diversité, l’Esprit nous enseigne les merveilles de Dieu. Et il nous envoie, à la suite des apôtres, les proclamer, comme disciples missionnaires.

Briançonnais, Queyrassins, Embrununs, Champsaurins, Gapençais, Veynois, Laragnais, etc, tous nous entendons les merveilles de Dieu, chacun dans ce que nous sommes, dans notre diversité. Et Dieu sait qu’un  Laragnais n’est pas un Briançonnais. Pourtant tous sont Haut-Alpins. Lecteurs de La Vie, lecteurs de Famille Chrétienne, lecteur du Figaro ou lecteur de Libération, tous nous sommes chrétiens. Assidu des relectures à la mode jésuite ou de la louange à la mode charismatique, tous nous sommes chrétiens. 

Frères et soeurs, quand est-ce que nous comprendrons que nos diversités sont légitimes ? Mais que nos divisions, nos critiques les uns contre les autres sont des péchés ? Que nos manoeuvres pour imposer nos idées sur tel ou tel aspect de notre vie en église est une violence faite à l’autre, un non respect de la personne de mon frère chrétien ? Il nous faut relire st Paul au Corinthien, notre seconde lecture : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit

en vue du bien. » Frères et soeurs, oui, à chacun de nous, dans notre diversité, est donnée « la manifestation de l’Esprit en vue du bien. » St Paul poursuit avec son image préférée du corps : « le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps… C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. » Fin de citation de Paul. C’est seulement dans la mesure où nous seront désaltérés par l’Esprit que nous serons chrétiens, que nous serons des disciples missionnaires. Nos divisions viennent du fait que nous ne l’écoutons pas, mais que nous nous écoutons nous-mêmes, que nous pensons avoir raison. Saint Ignace demandait de toujours chercher à sauver la proposition de l’autre. Dans mon homélie de mardi dernier de la Messe Chrismale, que je vous invite à relire sur le site internet du diocèse, je relayais des réponses de chrétiens à ma question : comment avez-vous vécu le confinement ? Une personne disait : « On s’est aperçu de ce qui était précieux dans nos vie. » Une autre : « on a vite repris les règlements de compte ». Frères et soeurs, est-ce que la Pandémie nous a recentré sur l’essentiel ? Est-ce que la mort de notre curé nous a recentré sur l’essentiel ? Est-ce que l’essentiel n’est pas l’amour de Dieu et du prochain ? La non critique, mais la valorisation de l’autre ? 

Ste Mère Teresa a eu une belle parole sur l’amour : « Hier n’est plus. Demain n’est pas encore. Nous n’avons qu’aujourd’hui. Commençons. »

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière.                     Amen !